‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 58 sur 190 · LES SOLITAIRES DE CIORANL · texte numérisé non relu

LES SOLITAIRES DE CIORANL

Travail do san«'tification. — Ix^s neuf solitaires. — R«\soliiiions d'un supiTieur. — La retraite de quarante jours. — Nouvelle Thébaïde. — Coui*ses apostoliques. — F***lmna^'e au couvent. — La pluie miraculeuse. — Un soulèvement. — Le cheva- |i^r (le la Porta \uova. — Deux déserteurs. — Le vœu de pers<'*v«''rance. — Le j^'ine porte-étendai*d.

Jamais œuvre ne fut plus traversée que Tœuvre de notre saint, ^s premiers compagnons Tabandonnent, ses novices désertent Tun ^près lautre, ses meilleurs sujets ne trouvent pas moyen d'arriver ^O sacerdoce, ses maisons s'écroulent après quelques années. Et Ta- ^«nir ne parait pas plus rassurant que le passé. Devant lui se dressent toujours les barrières du droit canonique, l'opposition intéressée ^^une partie du clergé, et les lois persécutrices que prépare dans * ombre le despotisme régalien. Il semblait <|u'en pareille circonstance la prudence commandât de ne pas lutter plus longtemps <îonlre l'impossible et de ne pas courir au-devant d'un échec cer- ^^: mais l'amour, dit Y Imitation, ne connaît pas d'impossibilité. Alphonse aime le peuple, et le peuple désire la parole du salut comme le cerf altéré désire l'eau des fontaines; Alphonse aime ^^us, et le Dieu rédempteur lui crie de sauver les âmes rachetées P«fson sang : confiant en Dieu, il n'abandonnera pas sa sublime location, mais plus ferme encore que le juste d'Horace, il avancera ^D8 crainte à travei-s les ruines, impavidum ferlent ruims,

'^in de considérer la perte de ses deux premières maisons ^nime on désastre, il y vit une nouvelle grâce, car en rétrécis- ^ût le champ de bataille, Dieu lui procurait l'inappréciable avan- "^8^ de concentrer la petite troupe qui combattait sous ses ordres. ^ H Dons faudra réfléchir mûrement, écrit-il à Falcoia, avant d'ac- ^pter de chétives fondations. Notre petit nombre exige que nous

soyons réunis. Dieu a permis les dernières épreuves, et c'est ce q me console, parce que nous étions trop dispersés. Là où les suje — s ne sont pas assez nombreux, j'en ai fait la triste expérience, To^B servance se relâche, la ferveur se refroidit, la persévérance e^ en danger. Qu'un père s'absente du chœur pour prêcher ou confe — ser, ce qui arrive fréquemment, il n y a plus d'office en commu^M Les exercices de piété, les retraites même se font difficilement, conférences domestiquer, les chapitres, les récréations perdent lei attrait. Je vous assure que tout cela mérite considération *. » Il résc=:>lut donc de mettre à profit ces quelques années de concentrati(^xr forcée pour affermir ses sujets dans la vie religieuse.

Heureusement la nouvelle maison de Ciorani, son unique refuge, pouvait abriter tous les exilés. On n'avait encore construit qu'une aile du couvent, mais le bâtiment contenait assez de cellules pour y installer la petite communauté, et au besoin quelques novices et retraitants. A côté de la maison s'élevait une modeste chapelle, qu'Alphonse bénit au mois de juillet 1738. U y plaça le saint Sacrement, le Dieu de son cœur, et la statue de Marie, sa tendre Mère. Dès lors c'est dans ce pieux oratoire qu'il exerça son ministère : c'est là qu'affluèrent les pénitents, non seulement de Ciorani, mais des pays les plus lointains. Depuis deux ans, confiant dans son zèle et sa prudence, l'archevêque de Salerne l'avait investi de ses pouvoirs pour tout l'archidiocèse, de sorte que, dit Tannoia, « la petite chapelle de Ciorani devint bientôt une autre basilique vaticane ».

Cette organisation matérielle facilitait singulièrement l'observance régulière. Le moment était donc venu de travailler, tout en continuant les missions, à la sanctification des sujet4S, afin de faire de ces premiers membres de l'institut des colonnes assez fortes pour résister aux vents et aux tempêtes. Falcoia sous ce rapport pensait comme Alphonse : « II faut rentrer au nid, lui écrivait-il, pour fortifier ses ailes, afin de pouvoir prendre son essor sans danger. Mieux vaut former de bons missionnaires que de prêcher beaucoup de missions et de produire des fruits chétifs et sans saveur, au détriment de la plante peu enracinée. Vous avez entre les mains une œuvre sublime, une œuvre divine, qui produira dans l'Église de très excellents fruits, fruiti grandissimi. Faites bien ce que vous faites; dévouez-vous entièrement à cette œuvre *. »

Du reste, l'acier était de bonne trempe et ne demandait qu*à

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