Lettre du 16 juillet
Joseph, qui, tout chrétien qu'il fût, s'en occupait beaucoup
vt^op. Alphonse ne craignit pas d'attirer son attention sur ce
çoiïit : « Croyez-moi, mon vénéré père, lui écrivait-il en 1737,
vi"\rez habituellement plus uni à Dieu, confessez-vous plus sou-
^^^Kit, et tenez vos comptes prêts. Quand Jésus frappe à la
poxte, il n'est plus temps de s'amender. Songez que vous voilà
a^Vôncé en Age : qui sait combien de temps vous avez encore à pas-
SGxrea ce monde? La chose certaine, c'est qu'il faudra tout quitter,
çvic vous le vouliez ou non. Chaque matin je prie pour vous à la
sainte messe, car je crains vraiment beaucoup pour votre salut
étemel. La Vierge Marie nous viendra en aide, je l'espère; mais si
vous n'y mettez la main, la mère de Dieu elle-même ne pourra
rîen pour vous ^ »
Jdarie exauça ce fils assez aimant pour oser dire à son père une vérité qui trouble l'àme mais qui la sauve. Pendant cette année 1741, Alphonse vit arriver un jour à Ciorani l'ex-capitaine des galères. Il ne venait pas lui apporter une mitre, mais un cœur brisé par la grâce de Dieu. Don Joseph avait réfléchi à la grande pensée de l'éternité , et tout son désir était de se préparer à la mort par une sainte retraite. Alphonse , au comble de la joie, lui donna, pour le diriger dans la voie de Dieu, le père Rossi, celui qui devait l'assister aux derniers moments. Le bon vieillard suivit k règle du couvent avec la ferveur et la simplicité d'un novice. Le ^ence, le calme, la piété qui régnaient dans cette sainte maison, ï'odeur des vertus qu'on y respirait partout, lui donnèrent comme ^e idée du ciel, et, en pénétrant son âme d'une sainte joie, la détachèrent des choses du monde. A mesure que les jours s'écoutaient, il comprenait mieux la sagesse de ce fils qui avait tout Quitté pbur se donner à Dieu, le bien immense que son institut 'serait aux âmes, et même le grand honneur qui en rejaillirait sur sa 'Emilie. Il en vint à se demander pourquoi, lui aussi, ne renonce- ^•^it pas au monde afin de s'attacher uniquement à Dieu. Plein de ^^^tte pensée, il alla trouver Alphonse, le serra dans ses bras, lui JE^^^irla de son bonheur, et lui demanda humblement de vouloir bien ^^ garder à Ciorani en qualité de frère servant. Le saint mêla ses ^^rmes aux larmes deson père, mais répondit qu'il devait retourner *-• '^ns sa famille pour l'édifier et la soutenir à travers les embarras ^^^ ce monde, ajoutant que Dieu lui tiendrait compte du sacrifice ^ï"^-^'il avait voulu faire. Don Joseph insista d'abord, puis vaincu par
• Lettre d'octobre 1737.
la résistance de son fils, il reprit le chemin de Naples, où il \écuM dès lors, non plus seulement comme un gentilhomme pieux er ^ vertueux mais comme un véritable anachorète. On ne le trouvais J qu'à Téglise ou dans sa chambre, occupé à prier, à faire de pieuses^ lectures, à méditer les livres saints. Il entretenait avec son lils une ^ correspondance suivie sur tout ce qui pouvait intéresser son salut 3 et la perfection de son âme, et c'est ainsi qu'à la grande consola — tion d'Alphonse, il continua de se sanctifier jusqu'aux derniers e jours de sa vie.
Mais Dieu mélange toujours les joies et les peines. Au mois de^ juin de cette année, le père Samelli, l'ami de cœur de notre saint, ^. brisé par dix ans de fatigues inouïes, tomba bient<^t pour ne plus se^ relever. Resté seul, en 1742 et 1743, à la tête des missions napo— ^ litaines, il pouvait à peine se traîner. « Je célèbre la messe chaque^ matin, écrivait-il, presque mourant et l'àme sur les lèvres. » A cetto* époque, Naples était menacé de la peste. Alphonse et Sarnelli firent m: vœu de se dévouer aux pestiférés si le fléau venait à exercer ses s ravages. Les Napolitains ayant organisé une procession de péni-i tence pour demander grâce, Sarnelli la suivit durant trois heures^; la tète découverte. 11 en revint tellement exténué qu'il faillit expif^ rer. Dès lors, incapable de prêcher mais toujours brûlant de zèle, f reprit sa plume et écrivit en quelques mois plusieurs ouvrag^^ sur les fléaux, les devoirs des ecclésiastiques, la dévotion à HP sainte Vierge, et la charité envers les morts. A tous ces travaux qi i3i répuisaient. Dieu ajoutait encore un crucifiement intérieur qv// fait frémir. Le k avril, il écrivait à la supérieure de Scala, Marie- Angèle du Ciel, qu'il avait dirigée dans les voies de la plus haute perfection : « Je suis plongé dans un abime de douleurs. Après une peine des plus vives en vient une autre plus amère encore. A toute heure du jour et de la nuit j'éprouve de mortelles angoisses. Voici trois ans que l'enfer me persécute et veut m'abattre; voici un an et trois mois que ma santé va de mal en pis; voici cinquante jours que j'ai assisté ma mère à son lit de mort. Je ne sais si je suis sur la terre ou en purgatoire; il me semble plutôt que je suis en enfer. Si encore je pouvais prier! Mais voilà huit jours que je ne dis plus la sainte messe, et si je récite le rosaire ou si je fais un peu d'oraison, c'est uniquement pour remplir mes obligations. C'est ma faute, et mes péchés en sont la cause. Malgré cela, j'espère en la miséricorde de Dieu, dans les mérites de Jésus-Christ, dans rintercession de Marie, dans la charité des saints, et j'adore les jugements de Dieu. »
le 16 juin, il fut obligé de se mettre au lit, et celte fois pour ne f>I «s le quitter. « Courage, sœur Marie-Angèle, écrit-il pour la dérx^i^re fois, courage! Cupio dissolvi et esse cum Christo ^ Je me c^onsume d'heure en heure sur ma pauvre couche, et me voici £>r*ès de Téternité. Sacrifiez-moi à la volonté de notre Bien-aimé toujours juste et aimable, de notre grand Dieu, notre créateur, notre providence, notre père, notre bienfaiteur, notre glorifica- %^MJv. Pour moi, je me suis sacrifié tout entier; j'ai tout oublié, la -vî^, les œuvres, le monde, moi-même. Je souffre jour et nuit des peines cuisantes. Priez pour moi, pour mon heureux passage; je pv-ierai pour vous dans le ciel. Priez pour moi maintenant, priez pour moi quand je serai en purgatoire, et n'oubliez pas que je suis un grand pécheur, comme je vous Tai toujours dit. S'il plait à I>m«a, je vous écrirai encore ; mais non, je ne le pourrai plus, car je Xxr^kOd ces lignes, réduit à Tagonie, n'ayant plus que la peau sur les Aimez Jésus et Marie... Au revoir en paradis!... Janvier Marie, Loribond. »
Cnfin les désolations intérieures cessèrent et firent place, non seulement & une grande paix, mais à un ardent désir de quitter la tertre pour la patrie céleste. « Dieu vous rendra la santé, lui disait un serviteur. — Ne me parlez pas de guérison, répon- Axt.-il; ma seule consolation, c'est de penser que je vais mourir. » l-^ chanoine Sersale, qui devint plus tard archevêque de Sorrento, ferait venu le voir, lui parla aussi de guérison. « Monsieur le chanoine, lui dit-il, je meurs tranquille. Ce que j'ai fait, je l'ai fait ^Mla pure intention de plaire à Dieu. Mon sacrifice est consommé ; ^e me parlez plus de vivre, je ne veux d'autre vie que mon Dieu. » ^^ demanda lui-même les sacrements et les reçut avec transport; puis, se voyant près de mourir, il se répandit en affections touchantes : « 0 mon Créateur, voici pour moi le temps de retourner à ^ous. Seigneur, je soupire après le moment où je verrai votre lace si tel est votre bon plaisir, car je ne veux ni mourir, ni vivre; je ne veux que votre sfldnte volonté. Vous le savez, ù mon Dieu : tout ce que j'ai fait, tout ce que j'ai pensé, je l'ai fait et pensé pour rotreplus grande gloire. ».
Les frères Romito et Tartiglione, envoyés par Alphonse, le servaient pendant sa maladie. Le 30 juin, fête de saint Paul, il leur dit : « Préparez pour m'ensevelir mes vêtements les plus usés : ainsi rien ne sera perdu à cause de moi. » Puis il avertit le médecin que
] . Je désire la mort afin de m'unir au Christ.
2m APOTRE ET FONDATEUR.
ce jour serait son dernier jour : « Aigourd'hui, dit-il avec une -:joie tranquille, j'entrerai en agonie. » A ce moment, son visage^ s'éclaira d'une flamme céleste, et il s*écria : « Bienvenue, bienve» < nue soit ma mère Marie. » Un instant après, il dit au frère Romito « Ne manquez pas de me faire réciter le rosaire, je veux mouK: rir en le récitant. » Le frère obéit, mais, à la troisième dizaine, h^^ letant, abattu, le malade sentit la sueur couler de ses membres « « Voici les sueurs de la mort, dit-il. » On appela un prêtre pour l'— suggérer de pieuses affections, mais de sa vol\ mourante il pr<-^ fera lui-même de tendres aspirations jusqu'au moment de V ^ gonie. Alors il éleva la main pour bénir les deux frères qui Tass^S. taient. Une demi-heure après, il expira en baisant son cruci^B 11 n'était âgé que de quarante-deux ans.
A peine le serviteur de Dieu avait-il rendu le dernier sou^^ qu'un doux sourire se dessina sur ses lèvres. De son corps extém.m:3 par la souffrance et la mortification, s'exhala une odeur suave, <j m embauma longtemps la chambre mortuaire. De tous côtés un t^M s'éleva dans la ville de Naples : « Le saint est mort ! le saint ^s* mort! » On l'invoquait à haute voix, et chacun demandait de ses reliques. En apprenant son trépas, Alphonse s'écria : a Noutf avons perdu don Janvier sur la terre, mais nous avons gagné a» intercesseur dans le ciel. » Pour perpétuer sa mémoire au sein de la congrégation, on exposa le portrait du vaillant missionnaire daii^ une salle du couvent de Ciorani, avec cette inscription : « Don Janvier Sarnelli, de l'institut du Très-Saint-Rédempteur. D'une sainteté éminente et d'une grande doctrine, il se distingua par sa charité envei*s les pauvres, spécialement envers les malades des hôpitaux» et par son zèle très ardent pour le salut des âmes. Mortifié jusqu** l'excès^ doué d'une patience invincible, il eut beaucoup à souffiî^ pour Jésus-Christ, surtout quand il fit chasser de Naples les femmes de mauvaise vie. Enfin chargé de niérites et de bonnes œuvres, ii rendit son àme à Dieu l'an du Seigneur 1744, le 30 juin, à Tâge de 42 ans. » Quelques années après, Alphonse lui consacra une notice biographique, dans laquelle il relève ses hérolqnes vertus et exprime Tespoir de le voir sur les autels. Cet espoir ne sera pas trompé, nous en avons la ferme confiance. Plusieurs miracles opérés par son intercession ont attiré sur lui l'attention de l'Église, et depuis 1874 le procès de béatification introduit en cour de Rome nous permet de l'appeler vénérable, en attendant q[iic nous puissions lui donner le titre de saint et l'honorer sur les autels.