‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 73 sur 190 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

^■^^^eux ot séculiei'S. — Levéo do boucliers. — Appol au roi. — Calomnies ot vio- ^^tices. — Les syndics et le peuple pnmnent paili pour le couvent. — InteiTontion ^^* iVvèque. — Un complot déjoue^. — Cantaldi révoque sa donation. — Procès à 2j ^ploR. — Procès en cour do Rome». — .Jugement favorable aux pères. — Triomphe ^^la charité. — Admirable générosité^ d'Alphonse.

j Jusqu^ici saint Alphonse n'avait bâti aucune maison sans que le

V [^^^^^ essayât de labattre. 11 en fut de même pour Nocera. Les

^^^ Contents des premiers jours avaient dû désarmer devant Ten-

^^^oasiasme du peuple et de la majorité du clergé, mais ils ne tardè-

jZ"^^nt pas à rallumer la guerre. L'envie et l'intérêt leur suscitèrent

1^"^ nombreux partisans. En voyant s'élever les murs du couvent et

i^^- chapelle Saint-Dominique se remplir de personnes pieuses, de

^ ^"^^Durgeois et d'artisans, certains curés et même certains religieux

"^^jssèrent pénétrer dans leurs cœurs des sentiments de jalousie, qui

^^^ manifestèrent bientôt par des actes de violence. On ne craignit

E^ ^as de mépriser et de vilipender les pères aux yeux de la popula-

^- ^on. Bientôt, pour exciter les passions, on répandit le bruit que

aumônes des fidèles s'en iraient désormais à des étrangers dont

ville s'était infatuée, et cela au détriment du pays. « Que res-

^ ra-t-il à nos jeunes clercs, s'écriait l'un des meneurs, quand ces

^^uveaux venus auront accaparé toutes les chapellenies, toutes

confréries, tous les honoraires de messes, tous les legs pieux? »

^•'"ingt-cinq prêtres séculiers et plusieurs religieux, aidés de cer-

^^•-ins administrateurs de Pagani et de plusieurs cousins de Can-

*^^ldi, organisèrent une campagne qui avait pour but de forcer les

VYiissionnaires à abandonner la fondation. Il est triste sans doute

de voir une pareille trame ourdie par des ecclésiastiques, mais

il faut se rappeler que, sur le grand nombre de prêtres existants

à Nocera, ces en\deux ne composaient qu'une petite minori ensuite, qu'aucun homme, clerc ou laïque, n'est à l'abri des rai vaises passions.

Ce groupe de conjurés, plus régalistcs que le roi, n'eurent j honte d'envoyer un recours à Charles III contre la fondation qi avait autorisée. Le meilleur avoué de la ville fut chargé crexpoi leurs griefs, mais il eut beau se creuser la tète : son esprit, pourt( très inventif, ne trouva aucun motif plausible à l'appui de s recours. Il remit son travail au lendemain; mais le lendemain, moment de formuler par écrit quelques arguments plus ou moi spécieux, une force invincible lui détourna le bras du papier. Api quelques instants de stupeur, il reprit la plume : à peine avait tracé quelques lignes, que Tencrier se renversa de lui-même et h bouilla ce qu'il venait d'écrire. C'en fut assez pour le déterminai congédier ses tristes clients. « Cherchez un autre que moi pc plaider votre cause, leur dit-il, je ne veux point procéder contre i missionnaires. » Ce désistement aurait dû éclairer les opposan mais, loin de rentrer en eux-mêmes, ils cherchèrent un homme loi moins scrupuleux pour rédiger leur réquisitoire.

Celui-ci s'eilbrça de prouver que la supplique des missionuaii à l'efTet d'obtenir l'autorisation reposait sur des faits complet ment faux, et que par conséquent le décret d'autorisation, obte subrepticement, devait être considéré comme non avenu. « Il n'< pas vrai, disait le mémoire, que la cité manque de secours spi tuels. Outre l'église paroissiale, on compte à Nocera neuf églis desservies par des prêtres séculiers, et quatre monastères. Parmi prêtres figurent d'excellents prédicateurs, des théologiens, des de teurs de mérite. Les neuvaines, les octaves et les catéchismes abc dent. Il n'y a pas dans le royaume de ville mieux pourvue secours spirituels ni plus religieuse que Nocera. Quant aux missic naires, ce sont des vagabonds, composant une congrégation n autorisée, réduits pour vivre à soutirer dans les paroisses le pain < prêtres et des religieux. Leur permettre d'envahir le pays et d'ac< parer toutes les aumùnes, c'est forcer les clercs indigènes, privés prébendes, à s'expatrier ou à mendier à la porte des nouves venus. Encore si ces intrus rendaient quelque service, mais h leur savoir-faire, à part quelques sermons aux campagnards, c< siste à s'entourer d'enfants et de femmelettes pour chanter a^ eux des cantiques plus ou moins spirituels. » En somme, Alphoi et ses compagnons, qu'on exaltait comme autant d'apôtres avi leur établissement à Pagani, n'étaient plus, six mois après, que <

LXSURRECTION A NOCERA. 2G9

iS^iorants. On se demande pourquoi ces docteui's craignaient tsixit la concurrence de ces ignorants, mais la passion raisonne- 1elle? De cet exposé le mémoire concluait que l'autorisation, basée î»vir Tutilité de la fondation, devait être rapportée, et qu'au lieu de P<3xmettre l'érection d'une nouvelle église, non seulement inutile ncàais nuisible au pays, le roi devait obliger ces étrangers à quitter la ville au plus tôt.

Voulant donner un peu de crédit à leurs inventions, les conjurés ftxitreprirent alors de détacher Févêque des missionnaires ; mais ils «.Privèrent à des résultats tout opposés. Le prélat, indigné, choisit l'iui des pères pour son confesseur, et se fit accompagner de deux autres dans ses visites pastorales pour évangéliser le peuple, ce qui acheva d exaspérer leurs ennemis. Sans plus garder de mesure, ils accusèrent les pères d'usurper les droits des curés, et de s'immiscer dans la direction du séminaire et des congrégations. Ils s'emportèrent jusqu'à se répandre en invectives contre les pasteurs assez imprudents pour les appeler dans leurs paroisses, et même jusqu'à prétendre interdire aux pères, les jours de fêtes, toute prédication et tout ministère dans leur chapelle. A ces folles prétentions l'évêque répondit en invitant le père Sportelli , recteur de la maison, à prêcher tous les samedis en Thonneur de la Madone, et à faire tous les dimanches, en dehors des heures assignées aux offices parois- ^ux, des exercices pieux avec instruction.

De ces accusations il résulta néanmoins qu'une partie de la population, se croyant lésée dans ses intérêts, considéra les missionnai- '^ comme des malfaiteurs qu'il fallait chasser à tout prix. On les accabla d'outrages dans les rues et jusque dans les églises. Un pire se vit arracher des mains l'amict dont il se revêtait pour dire -•^ sainte messe. Un frère travaillait au jardin quand un furieux ^'^procha de la haie pour lui débiter force injures. Comme le *«^re semblait ne pas l'entendre, Tinsulteur franchit la haie et lui ^<Dnna un vigoureux soufflet. Sans dire mot, le frère se mit à S'Çnoux et présenta l'autre joue, ce qui désarma le misérable et le ^^uvrit de confusion. Pendant la nuit, des bandes de libertins burinent sous les fenêtres des pères toutes sortes d'impiétés et de blasphèmes, imitant les prédicateurs ou prophétisant à Cantaldi, sur ^H ton lamentable, une mort terrible et la damnation éternelle pour avoir amené dans le pays un fléau pire que la peste. Un soir, l'un de ces blasphémateurs, frappé d'apoplexie, tomba raide mort. Alphonse, vénéré comme un saint quelques mois auparavant, ne fut pas plus épargné que les autres. Dans une de ses visites à Pagani,

on rinjuria en pleine rue; on le poursuivit jusque dans la mai de Cantaldi, lui reprochant de prendre le pain des enfants aCn d donner à un tas de vagabonds. Comme ses compagnons, le se; teur de Dieu supportait ces avanies avec une patience héroïq Une personne lui ayant fait un affront sanglant, il s'humilia prol dément, puis il écrivit avec son sang cette parole d'amour : « i Jésus, tout pour vous! » et il déposa le papier sur sa table de tra^ aux pieds de son crucifix.

Cependant, tout en acceptant pour son compte ces indignes tj tenients, il n'abandonnait pas la cause de Dieu. Il rappela i ministres le décret royal autorisant la fondation, demanda aide protection contre « les personnes malintentionnées qui molestai les missionnaires afin d'empêcher les missions et les retraites, rappela que les hameaux voisins de Nocera, comptant plus de vin cinq mille âmes, avaient réellement besoin des secours spiritueb c leur offrait la fondation ^ . En même temps il demandait aux person pieuses de s'unir à ses pères et à lui pour supplier le Seigneur prendre en main sa cause. Dieu intervint en effet au moment plus critique. Pendant que ce procès s'instruisait à Naples, le i dont la bienveillance envers Alphonse était connue, partit pour Abruzzes, alore menacées par TAutriclie, de sorte que l'aflEa tomba entre les mains du vice-roi, Michel Reggio, dont il él plus facile de surprendre la religion. Les opposants ne manquer» pas de lui dépeindre les pères sous les plus noires couleurs, m ces calomnies nuisirent à leur cause au lieu de la servir. Les min très connaissaient parfaitement la sainteté d'Alphonse et l'exc lence de son œuvre. Ils n'eurent pas de peine à démontrer au vi< roi que le mémoire n'était qu'un tissu de sottes et grossie; inventions, et que d'ailleurs la fondation de Nocera, regan comme utile et même nécessaire par l'autorité compétente, n ritait toute sa bienveillance. Là-dessus le vice-roi reconnut le i cours non fondé et débouta les opposants.

Loin de les abattre, cette déconvenue ne fit qu'exciter leur a mosité. Battus sur la question d'opportunité, ils attaquèrent légitimité de la fondation, et résolurent de la dénoncer tani Rome qu'à Naples comme également contraire aux lois civiles aux lois canoniques. Leur audace s'accrut d'autant plus que curé de Saint-Félix, jusque-là favorable aux pères, prit ouvertem» parti contre eux et parvint même à entraîner dans l'opposition

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