‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 77 sur 190 · Lettre da 28 décembre · texte numérisé non relu

Lettre da 28 décembre

Il exhorta Tinitiateur de ce projet à reporter sur la fondaiion de Bari le legs qu'il voulait lui faire ^

De retour à Iliccto, Alphonse trouva les permissions nécessaires pour entrer en possession de la maison et de Téglise. Les missions de la Fouille ayant surtout pour objet de porter secours à des paysans dont le grand nombre travaillaient sur les terres de la couronne, le roi s'en montrait satisfait. Le marquis Brancone priait le saint « de continuer des travaux si utiles aux colons abandonnés. » Charles III ordonna même, comme nous Tavons vu, aux persécuteurs de Nocera, de cesser leurs poursuites jusqu'au retour d'Alphonse. Toutefois, six mois après, reparaissait la note régaliste : « Sa Majesté, écrivait Brancone, voit avec un extrême plaisir le profit spirituel que retirent de vos travaux apostoliques les pauvres populations de la Fouille. Elle vous prie donc de continuer et même de multiplier vos missions. A cet effet, elle autorise les travaux d'agrandissement que vous jugerez nécessaires , à la condition toutefois que la maison d'Iliceto ne prendra pas la forme dun couvent, mais d'une simple résidence pour vos missionnaires ou vos étudiants, lesquels restent soumis aux évêques comme les autres prêtres séculiers. » C'est toujours la même peur des couvents et de la mainmorte, contre laquelle Alphonse luttera sans succès toute sa vie, et qui fera de l'existence de sa congrégation un miracle continuel.

Le saint évêque de Bovino, M*^*" Lucci, n'avait pas de ces terreurs. Il ne connaissait pas non plus cet art royal de couper les vivi*es aux ouvriers tout en les excitant à travailler beaucoup. Son approbation part d'un cœur large et généreux. « Depuis longtemps, dit-il, je désire voir arriver dans ce diocèse , pour en arracher les ronces et les épines qui y croissent de toutes parts, de véritables serviteurs de Dieu et des âmes. J'aurais voulu surtout repeupler ce couvent de Notre-Dame de Consolation, autrefois la maison principale des ermites de Saint-Augustin , d'un nouvel essaim d'ouvriei*s évangéliques qui , du fond de ce désert, rayonneraient dans toutes les parties de ce diocèse, des diocèses voisins, et de la Fouille entière, à la recherche des laboureurs et des pâtres perdus dans ses vastes plaines. Je vous reçois donc, vénérables pères, comme un secours venu du ciel. Je connais votre charité, votre esprit d'obéissance et de mortification, votre excellente doctrine. J'ai examiné vos règles et statuts, que j'approuve entièrement. Déjà je vous ai vus à

1. Nolizie délia Fondazione in IHceto, luanuicrit de saint Alphonse.

l'ceuvre el je sais du reste tout le bien que vous avez opéré dans les diocèses de Salernc et de Nocera. C'est donc avec une joie infinie que je vous remets le couvent et Téglise de Notre-Dame de Consolation à Iliceto, et que je vous recommande à la bienveillance du clergé et des fidèles de mon diocèse K » Le chapitre de la collégiale, bénéficiaire des revenus de la chapelle, ratifia de tout cœur la concession de l'évêque. Dans une assemblée générale, Tarchiprêtre et les chanoines décrétèrent à Tunanimité que « tous les droits et émoluraents attachés à Notre-Dame de Consolation seraient transférés aux pères du Saint-Sauveur, à charge pour eux de desservir Téglise et de prêcher des missions et autres exercices spirituels aux populations circon voisines. » Muni de toutes ces pièces, Alphonse entra en possession du couvent et de Téglise le 28 mars 17^5. Le vicaire grénéral de Tévèque de Bovino lui en remit solennellement les clés après Taccomplissement de toutes les formalités canoniques.

La maison d'Iliceto fut immédiatement occupée par des sujets décidés à faire revivre les beaux temps du bienheureux Félix. Alphonse en prit la direction et nomma le père Cafaro son ministre. Outre les quatre missionnaires incorporés au couvent, Tortora, d'Antonio, Sanseverino et Amarante, Alphonse appelait des auxiliaires de Ciorani ou de Nocera à Tépoque des travaux extérieurs. I^e plus, cet ermitage lui parut si propre au recueillement et à l'oraison qu'il se résolut à y transférer le noviciat de Ciorani. Les quelques novices non encore admis à la profession, le primicier Jacques de Nola, Paul Muscati, Nicolas Moscariello, vinrent y rejoindre leur excellent maître, le père Cafaro. Au mois de juillet, (^lestin de Robertis, fidèle à sa vocation, suivit enfin les conseils d'Alphonse et quitta le monde pour s'ensevelir dans ce désert. Trois frères, à la tête desquels se trouvait Vitus Curzius, servaient la comnxunauté naissante.

Des lors commença pour tous une vraie vie d'anachorète. Alphonse donnait l'exemple, plus austère et plus mortifié que jamais. Le père Cafaro, disciple des Arsène, des Antoine, des Hilarion, des Boudon, se réjouissait de se trouver au désert, qu'il appelait, <ioinme ce dernier, « le pays de Dieu ». Il priait son directeur, le père Hazzini, de l'autoriser « à coucher sur une planche, la tête appuyée sur un in-folio, à ne manger à midi qu'un potage et des fruits, et le soir deux ou trois onces de pain, le tout assaisonné <l'herbes amères. » On le comprend, avec de pareils supérieurs,

*• Lellre du !•' mars i:45.

2Q-> APOTRE ET FONDATEIK.

Il cxliorta rinitiatcur de ce projet à reporter s» -^ dans la voie du Bari le legs qu'il voulait lui faire ^

De retour à lliccto, Alphonse trouva leF../^nté. Pour les forcer à pour entrer en possession de la maison . U chanoine Casati s élanl de la Fouille ayant surtout pour oh* .. /^^ens légués à la congrégasans dont le grand nombre tr- ,..>mniunauté avec les cinquanteroune, le roi s'en montrait ,,trenU^ ducats pi-ovenant éventuelle sauit « de continuer dr ^>.. On avait bien parlé de gros renés. » Charles III ord- . jW^^ ^^^ honoraires de messes et les pei'sécuteursdeNor : ;;^>êlerins, mais ceux-ci, généralomeut d'Alphonse. Toutp' ; .;>/(>t disposés à recevoir qu'à donner. Lv « Sa Majesté, ..-"^tP^"^^^ ^^ bénéfice rapportant vingt-deux profit spirit. - ^%ii q^'^^^^ promesse. Alphonse comptait aussi DODulatir ^jr*"^/ prioce de Castellaneta et sur une subvention

j 1 •'V^''"%^deux cents ducats en reconnaissance des missions

d'a^ ^ i^!/i'"."'5iiries terres du prince et du monarque, mais juste' ''//*^^^o« ^® paraissait soupçonner qu'il pût avoir besoin i^"y:v f* ^|. nourrir ses sujets et restaurer le couvent qui tombait

^/<"''^j^unauté connut alors, en outre des rigueurs de la pau- ^ ^jjioflfaire, la tyrannie de rindigcnce et du dénùment le •i^'''jl^Iu. Célestin de Robertis, dans son journal, raconte les souf- /''"^ qu'on endurait dans ce couvent délabré où « le vent, la Tie. '* ûeige, pénétraient de tous côtés, jusque dans les cellules ^ curies misérables grabats des novices. Pour toute nourriture, du -,in noir, un grossier potage, des fèves, rarement un peu de ^jgnde, et de mauvaise qualité; pour tout dessert, quelques châtaines; pour vêtements, des habits rapiécés ou en lambeaux. » C'était ^Taiment la maison des pezzentl , des religieux en guenilles, comme Tavait prédit Alphonse eu y entrant. Heureux de souffrir, mais navré des souffrances imposées à ses compagnons, il les exhoHait doucement à la résignation , comme le rapporte encore le père de Robertis. « Mes chers pères et frères, leur disait-il souvent, nous vivons bien misérablement, mais que sommes-nous venus chercher sur cette montagne si ce n*est la souffrance pour Tamour de Jésus- Christ? •> En même temps, il cherchait à se procurer des ressources et se plaignait A André Calvino, le gentilhomme qui lui avait vanté les nombreuses offrandes du pèlerinage : « J'attends en vain , lui écrivait-il, les honoraires de messes et lesoblations dont vous m'avez parlé. Si Dieu ne vient à notre secoui*s, je serai obligé de congédier mes compagnons pour ne pas les voir mourir de faim. Nous no

lïiangeons que des fèves, nous ne buvons que de l'eau, et me voilà déjà endetté de soixante ducats. » Dans sa détresse, il eut recours à un expédient qui fut pour lui loccasion d'une vive douleur.

Depuis treize ans, son fidèle Vitus Curzius grandissait en grâce

et en vertu. Il Tavait réellement conduit par la main, ainsi que

Vitus l'avait vu en songe , jusqu'au sommet de la montagne sainte.

L.* orgueilleux et insolent gentilhomme d'Acquaviva était devenu le

plus humble et le plus doux des serviteurs de Dieu. On le voyait

bêcher la terre comme un paysan, se charger de lourds fardeaux

comme un portefaix, se livrer joyeusement à de viles et répugnantes

besognes devant lesquelles aurait reculé le dernier des mercenaires.

Il acceptait sans mot dire les humiliations les plus mortifiantes et

les plus imméritées. Pénitent jusqu'à l'excès, il crucifiait son corps

jour et nuit, dormait sur une planche, portait des ceintures de fer

a.rniées de pointes aiguës, se donnait la discipline jusqu'au sang,

et ne prenait souvent pour toute nourriture qu'un morceau de

pain noir et les restes de la pauvre minestra qu'il servait à ses

ii^ères. Aussi celui qui se plaît à exalter les humbles Tavait élevé

j visqu'à la plus haute contemplation. Souvent, emporté par la grâce

^^ns ces régions sublimes où Dieu lui-même illumine Tàme de

^^lartés surhumaines, il disait en sortant de l'oraison : « J'ai eu

'^'intention de m'unir à Dieu, mais il me serait bien difficile de

^îrece que j'ai fait et ce que j'ai pensé ^ »

Alphonse aimait de tout son cœur cet ami de Dieu, ce serviteur ^^voué de la congrégation. Pendant le mois de juillet 174-5, se Voyant sans ressources et presque sans vivres, il lui demanda d'al- *^rà Troia chez quelques amis du couvent pour leur exposer sa t^énible situation et réclamer de leur charité quelques secours, ^"îtus obéit comme toujours avec une simplicité d'enfant; mais soit ^U'il se sentit malade, soit que Dieu lui eût donné le pressentiment ^e sa mort prochaine, il dit confidentiellement à un père : « Je •^'en vais, mais j'en mourrai. » Il resta quelques jours à Troia, ^'a.cquitta des commissions dont il était chargé, et reprit, bien qu'un P^u souffrant, le chemin d'Iliceto à travers les campagnes brûlantes ^e la Pouille. Vers le soir il demanda l'hospitalité dans une maison '^iigieuse, mais Dieu permit qu*on lui refusât cette charité, en sorte lo'ilse vit contraint de passer la nuit au milieu des champs. Le ^^tin, en proie à une fièvre violente, il s'efforça de se traîner jus- Ttt'àson couvent. Obligé de s'arrêter à Iliceto, un prêtre charitable

■ • ï^i« de VUu$ Curzius, par saint Alphonse.

le recueillit dans sa maison. II y resta quarante-neuf jours, édifia^^r par son admirable patience ceux qui le soignaient ou venaient

visiter. Son confesseur lui demanda un jour s'il désirait vivre.

« Non, répondit-il. — Alors vous désirez mourir? — Non, dit-il e=-=^i core, je ne veux que ce que Dieu veut. Cependant, libre de cboi& :5i je préférerais mourir pour être délivré du danger d'offenser USk « et pour le voir dans le ciel s'il me fait la grâce d'y arriver Avant de lui administrer le saint viatique, on lui demanda s'il m^ésirait se confesser. « Non, dit-il, par la grâce du Seigneur, je ne me rappelle aucune faute. » Et il rendit son âme à Dieu d^iu une paix toute céleste, le samedi 28 septembre 17i5.

Les habitants d'Iliceto connaissaient la vie et les vertus béroïq-ues du frère Vitus. A peine eut-il rendu le dernier soupir qu'on s'écria de tous côtés : « Le saint est mort ». Le chapitre accompagna son cercueil jusqu'aux confins de la commune. Grand nombre de prêtres et de fidèles se joignirent aux pères pour le conduire processionnellement à l'église du couvent et assistèrent à ses funérailles, plus disposés à invoquer son intercession qu'à prier poor le repos de son àme. Alphonse chanta la messe les yeux pleins dLe larmes; plusieurs fois il dut interrompre les prières parce que les sanglots étouffèrent sa voix. La renommée de sainteté du frère Vitus Curzius se répandit dans les diocèses voisins. L'évêque de Lac^dogna, très dévot au serviteur de Dieu , conserva son crAne pendat^t vingt ans sur le prie-Dieu où il s'agenouillait chaque jour pour fair* son oraison ^ Quant à saint Alphonse, en mémoire de ce servitett' fidèle , il publia quelques années après ^ un abrégé de sa vie ^* de ses vertus, comme il l'avait fait pour le père Sarnelli, cet autr* compagnon des premiers jours, afin que l'un et l'autre servisseïB-^ de modèles aux pères et aux frères de sa congrégation.

La saison des travaux apostoliques vint faire diversion à la tri^^ tesse d'Alphonse. Le pape Benoit XIV avait lancé dans tout I ^ royaume l'encyclique sur les missions dont nous avons parlé, e^^ tous les évêques de la province réclamaient le concours des pèrcs'^ du Saint-Sauveur. Outre ses confrères d'Iliceto, Alphonse s'adjoignit des auxiliaires, entre autres le père Villani et le père Sportelli, qui venait d'être remplacé comme recteur de Nocera. Dès le mois d'octobre commença cette campagne ou plutôt cette croisade qui laissa

1. Après la mort de ce pieux prélat, cette précieuse relique fil retour à U maisoa d'Iliceto. On la conserve aujourd'hui avec vénération dans la maison généralice de ii congrégation.

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