‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 82 sur 190 · I. £a date da 16 juin · texte numérisé non relu

I. £a date da 16 juin

1, Lettre à Tabberô de l'Annonciade, janvier 1746.

des pères , la tristesse se peignit sur tous les fronts. Un Calabn impénitent, ayant manifesté sa joie, manqua d'être lapidé par peuple.

Pendant que les pères Sportelli, Cafaro, et sept autres de leu compagnons , allaient évaogéliser deux autres villes de la Pouill Rochetta et Lacedogna, où Dieu les combla de ses bénédictions, A phonse reprit le chemin dlliceto, emmenant avec lui deux suj€ précieux, le chanoine Garzilli et le prêtre Corsano, qui tous dei se rendaient au noviciat.

Don François Garzilli avait alors cinquante-cinq ans. Il avait éti dié à Naples au collège des nobles, où il s'était distingué part science comme par sa vertu. Puis il s'absorba dans les études thé< logiques, se préoccupant beaucoup de savoir s'il valait mieux i servir simplement du texte de saint Thomas ou s'aider de commei taires, question qui trouble assez peu nos modernes étudiant Devenu, jeune encore, chanoine de Foggia, il fut chargé de dir ger une maison de repenties fondée par M**" Cavalieri. Grâce au lè et aux largesses du chanoine, ce refuge devint si florissant qu< malgré ses désirs de quitter le monde , on lui fit un cas de coni cience d'abandonner l'œuvre avant de Tavoir complètement affei mie. Enfin, au mois de mai ilkb, six mois avant la mission c Foggia, étant venu faire une retraite à Iliceto pour apaiser si scrupules, il déclara au père Cafaro qu'il se croyait appelé à la coi grégation. Celui-ci pensa que le chanoine , avec ses cinquante-dc ans et sa santé délicate , s'habituerait difficilement au régime d'il ceto et à la vie de missionnaire. Il était doue d'avis de ne pi l'admettre, mais le saint fondateur consulté lui répondit par cet prophétie : « Le chanoine peut entrer sans crainte dans notre m titut. Sa santé s'y -rétablira parfaitement, et il vous survivra, bie que vous soyez jeune encore. Vous, mon père, vous mourrez aval peu d'années, et le chanoine Garzilli vivra très longtemps. » I fait, le père Cafaro mourut à quarante-six ans et le chanoine quatre-vingt-dix-sept ans. Il fut donc admis au noviciat par lu intervention manifeste de Dieu. Aussi , après avoir réglé ses affair et pris une part active k la mission de Foggia, le chanoine Gand venait-il , plein de joie , s'exercer à la vie religieuse dans la soUta< d'Uiceto. Il y fut rejoint quelques jours après par Dominique Go sano , dont Alphonse avait aussi décidé la vocation pendant son f jour à Foggia.

La maison d'Uiceto ne s'était pas enrichie durant ces quelqi mois. C'était toujours la même indigence , et par suite le même i

NOTRE-DAME DE CONSOLATION. 3ùo

rxn^e. A la longue, les plus durs, même les plus mortifiés, fiuissaient ?a.r le juger intolérable. A son retour, Alphonse écouta ces doléances trop légitimes et réconforta les courages par cette prédiction : « Prenez patience encore un peu de temps, Dieu et Marie viendront à notre aide. » Quelques jours après, il partit pour Sainte- A^gathe, où les missionnaires de Lacedogna devaient le rejoindre. II y ouvrit les saints exercices le 22 janvier, mais bientôt une fièvre ardente le força de laisser à ses compagnons les travaux les plus pé- Qililes. Cependant il paraissait quelquefois en chaire, dit Tannoia, fit sa seule présence opérait des conversions prodigieuses, parce que sa vie était un prodige de vertu. Or la mission de Sain te- Agathe n'était pas terminée, que Dieu, par un événement inattendu, vint en aide, comme Alphonse Tavait annoncé, aux pezzenti d'Iliceto. Un courrier lui apporta la nouvelle que le chanoine Casati , frappé ^ mort, réclamait sa présence. Incapable de monter à cheval, le saint se fit porter jusqu'à Iliceto, et le lendemain 3 février, le chalioine expirait dans ses bras, lui demandant la grÀce d'être enterré dans Téglise du couvent, aux pieds de la Madone vénérée qu'il JLvait instituée son unique héritière. Le chapitre en deuil, les pères observantins, les confréries, et plus de six cents personnes, accompagnèrent le défunt jusqu'à la demeure qu'il s'était choisie. Une inscription gravée sur son tombeau perpétua le souvenir des vertus et des bienfaits du pieux chanoine Casati. Quelques jours après, les pères furent mis en possession des biens es à Notre-Dame de Consolation par le généreux donateur, et, par suite, des revenus dont il s^était réservé la jouissance jusqu'à 8a mort. Ces revenus, de trois cents ducats à peine, ne suffirent jamais pour entretenir une communauté nombreuse. Les souffrances elles privations, moins dures pour le moment, augmenteront avec le nombre des novices, jusqu'au jour où ils seront forcés d'énaigrer pour ne pas mourir de faim. Cet état de pauvreté, même de misère, n'empêcha pas les mécontents de faire sonner bien haut la richesse du couvent. Les pères avaient trouvé dans la succession du chanoine Casati une somme de neuf cents ducats, dont ils durent consacrer le tiers aux funérailles et aux aumônes : on répandit k bruit qu'une cachette découverte par eux renfermait un trésor de quatre-vingt mille ducats. Cette invention absurde, propagée par des malintentionnés dans un temps où Ton en voulait partout aux couvents, faillit, comme nous le verrons bientôt, causer la ruine de la congrégation. Les gens sensés, dans le clergé comme dans le peuple, n'en regardaient pas moins la situation matérielle

306 APOTRE ET FOxNDATEUR.

des pères comme très précaire. La sœur du chanoine Cicconi, archiprètre de la collégiale, leur laissa en mourant les quelques parcelles de terrain qui constituaient tout son avoir. Le saint évéque de Bovino,M*'Lucci, disposa aussi en leur faveur d'une chapellenie dotée de quelques rentes, « tant pour reconnaître leurs éminents services, dit Tacte de concession, que pour suppléera rinsuftisance de leurs revenus. » Cette insuffisance était telle qu'en ce même mois de février, Alphonse fut obligé, pour parer à ses besoins, d'exiger de son frère le règlement de la succession paternelle, que celui-ci, gêné lui-même dans ses affaires , semblait vouloir accaparer tout entière ^ De plus il voulut, par une cession de tous ses biens, subvenir aux nécessités de ses trois maisons, plus pauvres les unes que les autres. « J'établis, dit-il, la très sainte Mère de Dieu, Marie , ma Mère , et par elle la congrégation du Très Saint-Sauveur, héritière de tous les biens qui me reviennent, en particulier d'une rente viagère de cent cinquante ducats- que doit me servir ma famille depuis la mort de mon père; d'un capital de trois cents ducals que je me réservai par acte notarié lors de ma renonciation à mon droit :

d'aînesse; et enfin de la légitime de deux cents ducats que mon j

père m'a laissée par testament sur les biens qu*il possédait au i

moment de sa mort -^ ]>

Ces ressources pécuniaires lui permirent d'alléger quelque peu c

les souflrances de la communauté, mais il n'en resta pas moins, ^

comme il l'avait dit, un chef de pezzenti. Ceux qui ont vécu avec ^

lui à cette époque nous ont dépeint sa vie pauvre et mortifiée. Laissant à ses compagnons les cellules habitables, il s'était réfugié &

dans un taudis qui servait de bibliothèque. C'est là que, vers ^

minuit, s'arrachant à l'oraison ou à l'étude, il prenait sur un ^^

grabat dur comme une planche, quelques heures de sommeil. Ses ^

vêtements, dont on ne reconnaissait plus l'étoffe, consistaient en ^

pièces et morceaux cousus ensemble. Il ne portait du reste que de ^

vieilles défroques achetées à la friperie, soutanes de jésuites plus ^

ou moins ajustées à sa taille, ou même manteaux d'observantin '

passés au noir. Avec ces guenilles sur le dos, ses souliers roussis, son chapeau dont nul n'aurait donné un carlin, on l'eût facilement pris pour la personnification do la mendicité. Dans les froids de l'hiver, qui sont trî^s rigoureux sur cette montagne d'Iliceto, on le voyait grelotter dans sa misérable chambrette, toujours sans feu.

Page 1