‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 85 sur 190 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

LE NOVICIAT D'ILICETO 17i6-17i7

Alphonse au noviciat. — Bernard Apicc et Antoine Tannoia. — Le saint i^assecr^ les matériaux de sa Thénbtgic. — La • malédiction des morts ». — Démlmen'VB tréme. — Le chanoine Malfei et l'évèque Lucci. — Le persécuteur et la viclim-^e Une enquête frauduleuse. — Le noviciat transféré à Ciorani. — Alphonse ({W^Mi Iliceto.

Pendant que Sportelli se dévouait à la fondation de Caposels, Alphonse, rentré dans son désert d'Iliceto, s'occupait spécialemeuf du noviciat. Sorti dLx-huit mois auparavant de Ciorani avec à0a maisons en construction , il en avait maintenant quatre, qu'il falbâ remplir de bons religieux. Dieu le bénit encore sous ce rapporti car aux postulants déjà mentionnés vinrent s'adjoindre, dans le cours de l'année 1746, six autres jeunes gens dont plusieurs jouèrent un grand rôle dans la Congrégation.

L'un d'eux, Bernard Apice, de Caslellamare , a écrit lui-mèmei en arrivant à Iliceto, la naïve histoire de sa vocation. « Tout enfant, dit-il, j'avais grande envie d'être missionnaire. A quaton* ans je me présentai à M^ Falcoia pour recevoir l'habit clérical. 0^ de mes parents entra chez les franciscains, et je voulus l'y suivît* On me dit que j'étais trop jeune , mais que dans un an je serais re$V* L'année suivante, j'avais si bien perdu le goût d'être franciscain que je me cachais pour n'en pas rencontrer. Mes camarades medi* saient : « Si tu veux te faire religieux, choisis un ordre plus* vue , les dominicains par exemple , et tu feras ton chemin. • C* père de saint Dominique me fît entendre que j'avais la vocatio&t mais je ne me sentais pas attiré de ce côté.

« Un jour le maître d'école nous raconta en classe les beltai actions et la sainte vie du père Alphonse de Liguori, qui, peu A temps auparavant, avait prêché des missions dans le diocèse de

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taslellamare. Ces récits m'émurent tellement que je fus obligé de î^itter mes compagnons. Je me retirai sous un escalier, où je me ttiis à pleurer en pensant au saint missionnaire , puis je résolus cl aller le trouver à Naplcs, où je croyais qu'il demeurait. Le maître ^no ayant retrouvé tout en larmes, me demanda ce que j avais. Je i li communiquai mon projet, et il me dit qu'on reparlerait de cela i'*Jiiver suivant. J'allai prier aux pieds du saint Sacrement, et i ^idée me vint encore de partir pour Naples , mais au port je ne *«*ouvai ni barque ni cbaloupe. Je me rendis alors chez le prêtre •-•^Dsepli Cerchia pour lui parler de ma vocation. « Fais-toi mission- ^^^dre le plus vite possible, me dit-il, mais il faut avertir ta mère. » J^^n parlai à ma mère, qui/ondit en larmes, me reprocha de vou- ^^r l'abandonner après tous les sacrifices qu'elle avait faits pour ^ï^oi. Joseph Cerchia vint la raisonner, si bien qu'elle finit par ^ire : « Faites de lui ce que vous voulez. » Huni d'une lettre de recommandation de Joseph Cerchia, je me présentai à Pagani au t^re Sportelli. Ayant appris que je n'avais que quinze ans, il me ^t de revenir quand j'en aurais dix-huit. Cela me mit dans un

1 véritable désespoir. Impatient, le cœur brisé, j'allai tous les quinze jours à Pagani ou à Ciorani, suppliant les pères de me recevoir. Ves compagnons et les prêtres de Castellamare me répétaient que, ô^je continuais, je deviendrais fou. « D'ailleurs, me demandait Tim d'eux, pourquoi choisis-tu un ordre si austère? Tu ne vois ^nc pas que ces pères du Saint-Sauveur, à force de pénitence et de ^gue, tournent tous à la phtisie? » H^ Milante me disait aussi 9>e j'avais le cerveau troublé , mais tout cela ne faisait qu'accroître mes désirs.

« Après deux ans passés de la sortie, un père de Ciorani, touché

4 ma peine, me conseilla d'écrire au recteur majeur. J'écrivis

^kox lettres à tout hasard, et le père Alphonse me répondit qu'il me

livrait aussitôt que je pourrais lui présenter un titre patrimonial

«l des lettres d'ordination. Vite je me fis constituer un titre et de-

^dai la tonsure, avec l'intention de m*enf uir le jour même de l'or-

^tion. Je fus tonsuré le 16 mars 174*6. Je préparai mon linge

pODr partir le soir; mais ma mère, qui m'avait deviné, cacha le

piquet. Comme elle refusait de me le donner, je pris la porte pour

■9 kir : elle me retint par mes habits. Je déchirai ma redingote en

■ ttsayant de me dégager de ses mains : alors ma pauvre mère se

m wiik pleurer et me laissa suivre Jésus qui m'appelait à lui. Je cou-

P ebai ce soir-là chez Joseph Cerchia, et le lendemain, de bon matin,

je m'enfuis de Castellamare. Je ne portais aux pieds que de mauvais

souliers, mais, pour avoir la chaussure neuve que j'avais conimand il m'eût fallu attendre le réveil du cordonnier. « Et qui sait, dis-je, si pendant cette heure d'attente, ma vocation ne sera exposée? » Épouvanté à cette pensée, je courus sans soulier Pagani et je fus envoyé le lendemain à Iliceto, où j'arrivai 30 mars 17i6. » Alphonse reçut à bras ouverts Tespièple m courageux Apiciello, comme on l'appelait alors, et lui fit coi nuer ses études jusqu'à Tàge de dix-huit ans. 11 entra alors noviciat et devint un missionnaire de premier ordre.

En mai de cette année ilk-k, deux jeunes gens d'Eboli, audioo de Salerne, Dominique Vacca et Joseph Landi , se décidaient ai à quitter le monde. Le premier était prêtre depuis quelques ^ nées, l'autre aspirait au sacerdoce. Tous deux, unis par une être amitié, s'entretenaient un jour de leurs projets d'avenir. «< J'aii autrefois, disait Dominique, une retraite à Ciorani pour me p parer aux saints ordres, et je me souviens très bien que Dieu pressait alors de me joindre aux missionnaires de cette sainte m son. — Si Dieu vous y appelle, dit Landi, pourquoi ne lui cl riez-vous pas aussitôt? — Voulez-vous m'accompagner? demai Dominique : je quitte tout à l'instant même. — Si vous partex. pars avec vous, reprit Landi d'un ton décidé. » Sans perdre temps, les (}eux amis sollicitèrent leur admission et furent re au noviciat d'Iliceto.

Trois autres novices arrivèrent au mois d'octobre, et parmi < Antoine Tannoia, l'immortel auteur des Mémoires sur saini phonse et sa Congrégation. Élevé par une mère très pieuse, josq dix ans jamais il ne l'avait quittée. Il priait avec elle, Taccom gnait à l'église, et communiait avec elle tous les huit jours, amusements consistaient à peindre des images de Marie, à élever petits autels, à imiter les cérémonies de la messe. Hais vers l'âge dix ans , des camarades d'école déjà pervertis flétrirent cette è innocente par leurs paroles et leurs mauvais exemples. L'en! tomba dans l'abime du péché sans trouver, hélas! le courage d sortir. Pendant plus d'une année, il continua extérieurement exercices de piété, tout en souffrant au fond du cœur, comme i rapporte lui-même, les tortures de l'enfer. Enfin la vierge Ma qu'il ne cessait d'invoquer, le tira du précipice. Il fit l'humble a de ses fautes et retrouva, avec la pureté du cœur, les joies de premières années. Dès ce jour, dégoiUé du monde qui Ta perdu, il conçut un ardent amour de la vie pauvre et pénitent< l'Age de dix-huit ans, il vint supplier Alphonse de l'admettre d

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^la ÎDsiitut. « Je ne Tavais jamais vu, disait-il cinquante ans après; jamais môme je n'avais entendu parler de ses vertus; mais, au premier aspect de cet homme humble et pauvre, je restai comme frappé de stupeur, et je me formai une très haute idée de sa sainteté. Ce premier jugement ne fit que se fortifier en moi durant lesquarante années que j'eus le bonheur de le fréquenter et de Tentreleoir'. »

Heureux de se retrouver au milieu de ses chers novices , Tespérancede sa congrégation, Alphonse leur consacra tous ses moments libres pendaut les deux années de son séjour à Uiceto. Déjti il avait composé pour eux le livre des Visites; il y ajouta, pour leurs méditations du soir, les Réflexions et Affections sur la Passion, publiées quelques années plus tard. Préoccupé des études auxquelles les jeunes profès devaient se livrer après Tannée du noviciat, il entreprit alors un travail important sur toutes les matières de la théologie morale. Dans ce premier essai, qu'il publia plus tard sous le titre d'Adnotationes àBusembaum, « il avait pour but, dit-il, de fournir à ses étudiants un livre où la science si difficile de la morale serait exposée brièvement et méthodiquement. » C'est donc dansée désert d'iliceto et pour l'utilité de ses jeunes gens, qu'il se nùt à rassembler les matériaux des grands ouvrages ascétiques et tbéologiques dont la publication, à diverses époques de sa vie, produisit une salutaire révolution dans le monde chrétien.

Ud opuscule de cette année 1746 sur un cas de conscience intéressant les confesseurs de la Fouille . attira l'attention des théologiens. Parmi les habitudes grossières du peuple, celle de maudire fcs morts était tellement invétérée que les évêques, pour essayer de ^déraciner, s'étaient réservé l'absolution de cette faute. Or, en exanûnant de près l'intention de ceux qui prononçaient ces sortes de t malédictions, le saint crut y découvrir moins de haine contre les ' fliorls que de colère contre les vivants. Ces prétendus blasphémateui-s assuraient tous n'avoir jamais eu la pensée de maudire les âmes du purgatoire, ni à plus forte raison les habitants du ciel, et partant Alphonse doutait qu'il y eût dans ces formules imprécatoires un péché mortel. 11 s'affligeait de voir cette faute classée parmi les cas réservés, ce qui n'empêchait nullement les rechutes et forçait grand nombre d'àmes à se priver des sacrements. 11 consulta sur ce sujet les congrégations de Naples, en particulier la <( Propagande, » qui lui répondit par l'organe de son secrétaire : « Votre

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