‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 86 sur 190 · Procès de béaii/Uation, Summ. super Virtut., p. 2i et · texte numérisé non relu

Procès de béaii/Uation, Summ. super Virtut., p. 2i et

mémoire a été lu en assemblée générale, et personne n'a trouvé la moindre objection contre votre opinion. Aussi la congrégation croitelle nécessaire, tout en usant de prudence à Tégard. des évêques qui se sont réservé ce cas , d'éclairer la conscience des fidèles et de leur expliquer qu'il n'y a faute grave, et par conséquent réserve, que si le coupable a réellement eu l'intention d'appliquer ses malédictions aux âmes des morts. » Les autres congrégations donnèrent: des réponses identiques. Alors, ne consultant que le bien des àme& Alphonse publia une dissertation fortement motivée, dans laquelle ^ il expliquait son sentiment et combattait l'opinion contraire, f grande majorité des théologiens lui donna raison, et le regarda d ^ lors comme une autorité en théologie morale.

De ces travaux ascétiques et théologiques, Alphonse, se faisa :m] tout à tous, passait aux occupations les plus humbles. Il enseigaFs^i la géographie et la cosmographie à son petit Apiciello. Il ne d. ^• daignait même pas de reprendre ses pinceaux pour lui peindre msMi magnifique planisphère, aujourd'hui conservé comme une reliq^u^ au noviciat de Rome, ainsi que nous l'avons dit. Afin de stimuL^i la piété de ses chers novices, il composa la scène de l'Adorati <:>i des bergers et retoucha, dans l'église d'Iliceto, l'antique table^ii de Notre-Dame de Consolation, auquel il rendit son lustre et s^ fraîcheur. Au réfectoire, il avait représenté sur la toile le cada^r P' d'Alexandre le Grand mangé par les rats et les vers, sans do«-^* pour engager ses novices à ne pas trop engraisser un corps deviendrait bientôt la proie de ces vils rongeurs; mais, hél« cette peinture servait plutôt à leur prêcher la résignation, car J^^ pauvres enfants manquaient du nécessaire.

L'insuffisance des ressources, ce cauchemar d'Alphonse dans ^ beau séjour d'Iliceto, se faisait d'autant plus sentir que le noV ciat se multipliait davantage. On ne croirait pas aux souffrance de cette maison si ceux-là même qui les ont endurées ne nous eo avaient laissé le récit authentique et détaillé. « Nous mangions, écrit le père Garzilli , du pain de seigle , mélangé de farine et de son, noir comme du charbon, et encore en manquions-nous asseï souvent. Nous devions alors recourir à la charité d'un vieux paysan, nommé Benvenuto Soriano, qui vivait dans sa misérable cabane du produit de ses chèvres et des fruits d'un petit champ voisin de notre maison. Pour potage, nous n'avions le plus souvent qu'une panade, ou de la semoule à l'eau, ou encore des fèves concassées, vieilles de plusieurs années et aussi noires que le pain. Jamais nous ne voyions de viande; tout au plus mettait-on parfois dans la soupe

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^û peu de lard ou un morceau de bœuf mort d'épuisement. Nous croyions faire alors un grand régal. Nos fruils étaient des châtaignes sauvages, des pois grillés, des sorbes sèches et tellement dures que l'eau bouillante seule pouvedt les amollir. Le peu de vin qu on nous donnait était si mauvais, qu'il débilitait Testomac au lieu de le fortifier. Le linge nous faisait également défaut. Nos chemises avaient été tant de fois réparées que Tétolfe primitive était complètement disparue. J'en avais apporté vingt de Foggia; elles servaient à tous et furent bientôt en lambeaux. Nos soutanes se composaient de pièces et morceaux achetés au ghetto de Naples. Quelques vieux chiffons nous tenaient lieu de mouchoirs. Nos couvertures de lit étaient presque transparentes à force d'avoir servi. Quanta la maison, vieux couvent supprimé sous Innocent XI, ce n'était qu'un, amas de ruines et de décombres. Le vent soufflait, plus froid qu'au dehors, à travers les parois crevassées ou à demieffondrées. Au lieu de vitres, nos fenêtres étaient garnies d'un papier huilé qui laissait passer à peine quelques rayons de soleil. Us toits crevés, les cellules sans plafond, permettaient à la neige de tomber parfois jusque sur nos lits... Je m'arrête, car si je disais tout, on refuserait d'y croire. »

Le témoignage du père Garzilli s'accorde parfaitement avec celui de Dominique Corsano, son conovice, et des nouveaux arrivés, Tannoia et Landi. « Nous avons souffert, conjointement avec notre père Alphonse , dit Corsano, par suite de notre extrême pauvreté, des angoisses véritablement indicibles. » Tannoia cite les pages de Garzilli que nous venons de transcrire, et ajoute : « J'ai eu ma part des souffrances qui assaillirent les membres de cette commuïiauté. » Landi raconte que les novices allaient presque nu- pieds, Dialgré les neiges et les glaces de l'hiver. « Nous soufl'rions donc borriblement du froid qui gelait l'eau dans nos cellules, dit-il, et je me souviens que notre père Alphonse, écrivant alors sa Morale, pour réchauffer ses mains engourdies, les appliquait de temps en temps sur un fer chaud, placé à côté de sa table; mais jamais il ïïe s'approchait du feu, sous prétexte que la chaleur l'incommodait. Jugez, continue Landi, quelle était l'affliction de notre père Alphonse à la vue de notre misère. Par charité pour notre àme, il désirait sans doute nous voir endurer quelques privations, mais Don pas nous voir mourir d'inanition. Sa désolation était d'autant plus vive que plusieurs bons sujets, incapables de supporter plus longtemps un pareil régime , avaient quitté la congrégation , enire autres le prêtre Paul Muscati, de la famille du marquis Muscati,

don Ignace Martucci, d'Eboli, et don François Sanseverino , qi entré depuis chez les pieux-ouvriers, devint dans la suite arch vêque de Palerme. » Landi aurait pu nommer encore le primici Jacques Nola, de Nocera, dont la faible santé ne put s'accommodi du régime d'Uiceto.

Ces souffrances et ces départs navraient le cœur d' Alphonse Dans sa détresse , un jour que le roi se trouvait aux environs à u rendez- vous de chasse, il lui députa deux de ses pères pour h exposer Tétat d'indigence de la maison et solliciter une subventio annuelle en raison des services que la congrégation rendait au payi Le roi emporta le mémoire qu'Alphonse avait rédigé à Tappui de s demande. Après examen de la question, le tribunal nûxte décid qu'il serait accordé aux missionnaires d'iliceto la somme de mil! ducats une fois donnée. Alphonse insista pour obtenir un secooi annuel, seul moyen de remédier à Tinsuffisance de ses revenus mais le tribunal fit la sourde oreille et ne délivra pas même les mil] ducats déjà octroyés.

A la misère s'ajoutaient, pour désoler le noviciat, des menace de persécution. Une partie du peuple et du clergé, dominée pari chanoine Maffei, était alors en pleine révolution contre M«^ Lucci, I saint évèque de Bovino. Aussi longtemps qu'avait vécu son vei tueux frère, don Joseph Maffei, qui pendant vingt ans administrait vastes domaines du prince de Castellaneta sans faire un seul mécoi tent, le chanoine passa pour un ecclésiastique régulier et consciei cieux; mais son frère étant mort, il devint, au nom de son jeuc neveu, le véritable intendant du prince, et prétendit régenter E commune, le peuple et le clergé. Malheur à qui osait contredii l'ambitieux personnage ! Le prince lui-même tremblait devant ce t; ran, qui le menaçait de faire revendiquer par la commune cei taines propriétés dont les titres étaient plus ou moins contestables Voyant ainsi tout le monde à ses pieds, le chanoine entreprit c dominer l'évèque. U s'ingéra dans l'administration du diocèse prit la défense de prêtres justement frappés par l'autorité, et vo* lut imposer au choix épiscopal, pour les postes vacants, des siges notoirement indignes; mais il se trouva en présence d'un homnc qui jamais n'avait transigé avec le devoir.

M^ Lucci, doux comme un agneau, devenait un lion quand s'agissait de défendre les droits de l'Église et de l'opprimé. Mafia ne craignit pas d'accuser l'archiprêtre d'Uiceto d'avoir lacéré a portrait du roi Charles lil, ce qui était une insigne fausseté; l'évê que justifia son subordonné, et punit le calomniateur en lui enlevac

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^^ litre de vicaire forain qu*il lui avait conféré. En 1746, plusieurs vacances s*étant produites dans le chapitre d'iliceto, le Saint-Siège, sur la présentation de Tcvêque, nomma trois nouveaux chanoines : Maffei souleva contre eux une partie du peuple et du clergé sous prétexte qu'ils n'étaient pas originaires de la commune. Les bénéfices de la collégiale, disait-il, appartiennent de droit aux prêtres du pays, et par suite l'évêque et le pape frustraient le clergé en conférant les canonicats à des étrangei*s. Ces assertions n'avaient aucun fondement, mais elles flattaient la cupidité. C'en fut assez pour déchaîner les passions contre Tévèque. I^ populace l'insulta publiquement dans les rues d'Uiceto. On inventa contre lui les plus noires calonmies, et finalement on lui intenta un procès en cour de Rome pour abus de pouvoir.

Tout cela se passait dans les derniers mois de 1746. « Au début de mon noviciat, dit Tannoia, je me rappelle avoir souvent entendu nos pères, et particulièrement notre saint fondateur, parler des vertus éminentes de M^' Lucci et des persécutions dont il était en ce moment l'objet à lliceto. Le chanoine Maffei, je l'ai su depuis, faisait signer par le peuple, par le clergé, par des ignorants, des bouviers, des laboureurs, les dénonciations les plus calomnieuses contre leur évoque. Ces malheureux, terrorisés par lui, faisaient tout ce qu'il voulait pour ne pas s'exposer à sa vengeance *, » En présence de pareils attentats et de la perte des âmes qui en était la conséquence , M'' Lucci supplia le roi d'exiger du prince de Castellaneta qu'il enlevât aux Maffei Tin tendance de ses domaines, <^harge dont ils abusaient pour opprimer tout un pays. Avant de fedre droit à cette requête, le roi s'informa des principaux chefs d'accusation contre le chanoine, et ordonna une enquête; mais le ^commissaire enquêteur, corrompu par les Maffei, n'interrogea que l^s adhérents du coupable ou bien dénatura dans son rapport les dépositions des adversaires. Le chanoine tenait surtout à se faire décerner un brevet d'innocence par les pères du Saint-Sauveur, principalement par Alphonse , dont le jugement devait être d'un (prand poids près du tribunal. Il espérait du reste que, par recon- ^^ssance ou par crainte, le fondateur hésiterait à charger l'homme lui avait été le grand promoteur de la fondation d'iliceto et qui pouvait en être le destructeur.

S*ylé par Maffei, l'enquêteur se présenta au couvent le 25 janvier "*7. « On accuse le chanoine, dit-il, de tyranniser le pays : avez-

' ^position au procès de Béalif, du Vénérable Lucci, Noyîss. Summ. addit., p. 5.

\o\xs personnellement à vous plaindre de lui? » A cette question piï cise, Alphonse put répondre négativement, car Maffei s*était to jours montré bienveillant pour la congrégation. Encouragé p^ cette réponse, Fenquèteur demandait une déclaration plus général mais il ne put Tobtenir. Cela ne faisait pas le compte de Ha£V Voici comment, avec son complice, il traduisit dans son rapport déposition d'Alphonse : « Nous nous sommes transportés au couvej des missionnaires pour recevoir la déposition des pères Alphons de Liguori et Paul Cafaro. Us nous ont déclaré que les accu sations de Tévèque contre le chanoine Haffei étaient autan d'impostures et qu'ils estimaient le susdit chanoine comme un homme très charitable et de mœurs très régulières. Il est vrai qu'ils ont refusé de signer cette déposition, parce qu'il ne sied point à des religieux, ont-ils dit, de signer une déposition en justice, bien qu'ils en autorisent la manifestation verbale. » Rien de plus indigne ni de plus ridicule en même temps que ce rapport. Alphonse déclare n'avoir pas à se plaindre personnellement du chanoine, et on lui fait dire que toutes les plaintes de l'évèque contre HafTei sont autant d'impostures ; Alphonse aurait refusé de signer sa déposition , et autorisé l'enquêteur à la publier!

Ces machinations ne sauvèrent pas Maffei. En punition de S6S méfaits dûment constatés, le roi commanda au prince de Castellaneta de lui enlever l'intendance de ses domaines et même il exil^ d'Iliceto cet oppresseur du peuple. Mais une année ne s'était point écoulée qu'à force d'intrigues et de feintes réconciliations, Maffei avait obtenu sa grâce et persécutait son évéque avec plus d'acba^ nement que jamais. M^' Lucci était sur son lit de mort, que le chanoine l'accusait encore de conspirer contre la vie du roi. La Pro* vidence se servit de ce prêtre ambitieux pour sanctifier l'évèque d« Bovino et manifester au monde des vertus que l'Église , par un àkcret solennel, a proclamées héroïques ^

1. Le procès de béatificalion du saint éréque fut introduit à Rome en 1764, etoo*^ nué jusqu'en 1841. A cette date fut proclamée Théroïcité des vertus. Le Promoteur^ la foi ne manqua pas d'objecter contre la sainteté du serviteur de Dieu le prétends t** moignage d'Alphonse sur les impostures de M?^ Lucci, témoignage exhumé du x^l^ de l'inquisiteur Carapella. L*aTocat de la cause traita ce rapport d'ignoble roisiisoBt^ putidum mendacium. « Comment! s'écria-t-il avec indignation, vous pourriei croît* qu'Alphonse de Liguori déclarait inconvenant de signer une déposition, et en oM temps permettait de la publier.^ Voilà cependant ce qu'arfirme le rapport. Vous p(MUriez croire qu'Alphonse a qualifié d'imposteur l'évèque de Bovino, son ami inUme, qi*!! estimait un des grands serviteurs de Dieu, et dont il a demandé maintes fois la canountion? Et il l'aurait flétri de cette épilbète au temps même où, d'après la déposition èi P. Tannoia, il s'entretenait journellement avec ses religieux des persécutions dont l'évè-

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^.'indigne chanoine ne pardonna jamais à notre saint de lui avoir refusé le certificat de bonne vie et mœurs dont il eût voulu se faire une arme pour battre en brèche le réquisitoire de W^ Lucci. La suite de cette histoire montrera comment Toncle et le neveu travaillèrent jusqu'à leur mort à détruire, non seulement la maison d'Iliceto, mais la congrégation. Dieu permit qu'ils se détruisissent eux-mêmes. « J'ai pitié des MafTei , avait dit un jour M*"' Lucci, bientôt on dira de cette famille : comme elle est déchue de sa splendeur d'autrefois ! » Cette prédiction se réalisa d'une manière saisissante, car nous verrons Alphonse faire Taumùne aux enfants de don François MalTei, le neveu et le complice du chanoine persécuteur.

Ces graves incidents présageaient à la maison d'iliceto des vexations de tout genre. L'absence de tranquillité allait se joindre au manque de ressources pour en expulser le noviciat. Quelques jours après la fameuse enquête, le 5 février 17i7, le saint fondateur envoya la plupart de ses jeunes gens à Ciorani, avec l'intention de les y suivre au plus tôt. Du reste il n'avait jamais eu l'intention de fixer sa résidence à Iliceto. « Je n'ai pas dessein, écrivait-il au début de cette fondation, de m'installer ici d'une manière définitive, nnais il me paraît nécessaire de ne pas quitter cette maison avant de l'avoir organisée. Quand Dieu le voudra, je retournerai à Ciorani ^ » Deux ans et quelques mois s'étaient écoulés depuis lors; les questions difficiles disparaissaient par la translation du noviciat. Le montent était donc venu pour lui de rentrer au couvent de Ciorani qui, par sa position plus centrale, facilitait l'exercice de sa charge.

Avant de quitter ce Val-in-Vincoli où il avait subi bien des traverses mais aussi goûté de grandes joies, il voulut laisser un souve- J^durableaux habitants d'Uiceto. Pendant la semaine de la Passion, ïl les convoqua dans l'église de Notre-Dame de Consolation pour ïeup prêcher les saints exercices. Nombre de prêtres et de gentilshommes se rendirent à son appel. Ses prédications produisirent un ^ffel prodigieux sur toute l'assistance. « Je me rappelle tout spécialement, raconte un témoin, un sermon qu'il nous prêcha sur la passion de Noire-Seigneur Jésus-Christ. Il nous dépeignit l'amour do divin Rédempteur avec tant de force et d'onction que toutes ses paroles, comme autant de flèches, pénétraient jusqu'au plus

70e était Ticlime! » L'orateur aurait pu ajouter que, si saint Alphonse avait traité d'impotlares les accusations dirigées contre le chanoine MalTei, celui-ci, reconnaissant d'un

j>treil service, ne fût pas devenu le persécuteur implacable du saint fondateur et de sa

foogrégation.

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