‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 88 sur 190 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

^*^'s iJlustres postulants. — L'institut non autorisé. — Alplionse à Naplcs. — Jean

-'**vieri. — Audience du roi. — Le grand-aumûnier Galiano. — Encoj^e Mandarini.

""" Alphonse échappe à Tarchc^vAché de Païenne. — Étrange rapport du grand-

*^'ïi'*>nier. — Refus d'approbation. — Une tentation. — Les prédicateurs à la mode.

l»a maison de Ciorani jouissait à cette époque d'un calme relatif, * la vie religieuse s'y développait sans obstacle. Le père Rossi ache- ^^ît les constructions commencées, les missionnaires travaillaient ^^ec zèle, les novices se perfectionnaient sous le gouvernement ^^dent et ferme du père Villani. « Notre maître nous poussait si ^^«n à la mortification, raconte naïvement le chroniqueur Landi, ^^on trouva certain jour notre frère Apice tout ensanglanté, pres- ?^e inanimé dans sa cellule, à la suite d'une violente discipline ï^'il avait prise. A la chapelle nous étions si recueillis qu'on venait "^^fort loin pour admirer ce noviciat dont on disait des merveilles. ^"•^s aspirants se multipliaient au point que notre quartier devint ^suffisant. » Et le narrateur n'exagère pas trop, car, avant la "^^ de cette année 1747, arrivèrent six nouveaux postulants, des ^i^nes gens, des prêtres, des professeurs, tous désireux de marcher ^ï* les traces du saint fondateur. L'un d'eux, Thomas Petrosini , de • ^Cera, avait quitté sa famille le jour de sa promotion aux ordres ^^■ieurs sans confier à qui que ce fût le secret de sa vocation. Un ^ ses voisins, l'ayant rencontré sur la route, lui demanda : « Où ^^^tu donc à pareille heure? — Je vais à Ciorani pour me faire ^iot, répondit Thomas , ayez la bonté de le dire à mes parents. »

l^armi ces nouveaux venus, trois surtout illumineront la congré- '^^îon par leur savoir comme par leurs vertus, et méritent pour "^t-te raison une mention spéciale.

Le premier, Alexandre de Meo, appartenait à une chrétienne .^i antique famille. D'une intelligence très vive, il étonnait ses maltr* ^^es par sa précocité et les désespérait par ses espiègleries. Il n'avait ^ ^ts quinze ans, que son oncle le surprit un jour dévorant un traité ^dc théologie. « Laisse-là ce livre, lui dit-il, tu es trop jeune pour le comprendre. » Piqué au vif, Alexandre lui rendit compte sur-I>echamp des pages qu'il venait de lire avec l'exactitude et TaplorBCil) d'un professeur émérite. Au séminaire il éclipsa tous ses condiscipl^^^s, et cependant l'cvèque, impuissant ù maîtriser ce caractère fc^^ugueux, eût cédé à la tentation de le renvoyer si son vicaire génér-^aal grand admirateur du jeune indiscipliné, n'eût in terc^é pour l-^i-

s, dit-il, et ne

«( Si vous le renvoyez, il donnera dans mille travers, dit-il, et nc==>us perdrons un talent hors ligne. Les années modifieront son car^^^ctère. » La sainte Vierge, qu'il aimait beaucoup, se chargea n .^•o^ pas seulement de le modifier, mais de le transformer.

Avant de lui conférer les ordres mineurs, Tévêque l'envoya fa -^^^ une retraite à Ciorani. Il fut si touché des prédications, qu'il s'e^^^^' gagea par vœu, devant une image de Marie , à ne plus boire que - ^® Teau durant un an. Quelques mois plus tard, il entrait au novici^-^**; décidé à se donner tout à Dieu. Après une assez longue épreuve cg:^' *1^* le laissa parfaitement calme, il commença la retraite préparatoir la vêture. Mais alors une violente tentation le poussa à s'enfuir couvent, et il y eût certainement succombé sans une grâce parties lière de la sainte Vierge. « L'esprit infernal, dit-il, me représet tait si vivement les austérités de la vie religieuse, la séparati^^ d'avec ma famille, la privation de mes amis, que mon âme ^ était accablée. Il me soufflait ensuite à l'oreille que dans le mon^ je deviendrais une célébrité, tandis qu'au couvent je ne serais qu'ur méprisable nullité. Ensuite, me disait-il, on peut se sauver dans monde aussi bien qu'au couvent; j'aurais même eu l'avantage, — restant au pays, de réparer les scandales que j'y avais donni Sous cette impression , j'écrivis furtivement à mes parents que bîenl je rentrerais à la maison. Cependant le remords déchirait mon ào J'entendis le père Alphonse, sur le point d'entreprendre un voya^ nous parler de la fidélité à la vocation , et même nous exprimer '*

crainte de ne pas nous retrouver tous à son retour. Profond -^*®' ment ému, j'allai me jeter aux pieds de la Madone, et tout à cou-^'^P une voix intérieure, dont Taccent resta longtemps gravé dai^ ^^ mon âme , me fit entendre ces paroles : « Si tu quittes la congr^'*'^ gation, tu mourras avant un mois; peut-être même seras-t^^^" frappé au moment de franchir le seuil de la maison. » Je cor

ïnençaî à trembler pour mon salut, je promis à ma bonne Mère Marie de faire sa volonté, et la tentation disparut. » Alexandre de Meo, comme nous le verrons, deviendra une des gloires de Tinstitut. Religieux fervent, prédicateur célèbre, écrivain distingué, le grand sauveur d'âmes sut se venger de l'infernal esprit qui l'avait ainsi entraîné jusque sur le bord de Tabime.

Avec lui se présentait au noviciat Jérôme Ferrara, brillant professeur d'humanités au séminaire de Conza. il avait trente ans et ne pensait nullement à se faire religieux; mais, ayant entendu notre saint à la mission de Caposele, il se sentit attiré vers lui par un niouvement de grâce extraordinaire. Après un long entretien, Alphonse lui donna, sur sa demande, un exemplaire des Visites an Saint Sacrement. « Dès que j'eus ce petit livre entre les mains, écri- ^'«it-il plus tard, je ne manquai plus un seul jour de faire ma ^~^ite; et s'il m'arrivait d'y lire quelque considération sur la vanité ^^ï monde ou le détachement des parents, une voix intérieure me ''^prochait de ne rien faire pour Dieu, et je portais envie à ceux ^^i quittent tout pour le servir. Mais je me disais aussitôt, la tris- *^sse dans l'âme, qu'il m'était impossible d'abandonner mes sœurs ^^ ma famille. » Six mois après la mission de Caposele, le père Ca- ■^Co prêcha au clergé de Conza les exercices spirituels. Vivement ^'ïiu, Ferrara lui exposa ses idées de vocation et les difficultés qui ^ empêchaient de les mettre à exécution. Le père lui démontra si ^ien l'inanité de ces prétendus obstacles qu'il fit à l'instant même *e vœu et le serment d'entrer eii religion avant Tannée révolue. L^ 7 juin 1747, sans prévenir sa famille, il partit en effet pour *uceto; mais la nouvelle de son départ ayant transpiré, il se trouva ^^ lendemain matin face à face avec son frère et un autre de ses P^ï^rents, qui le conjurèrent en pleurant de rebrousser chemin. Il ne put les calmer qu'en leur avouant son vœu , et en leur promettant ^ne si le père Alphonse le déliait de cet engagement, il retournerait ^u pays.

Ce n'était là que le commencement de ses luttes. Presque en

*^èine temps que lui, arrivait à lliceto une de ses sœurs pour le

**^pplier de renoncer à son projet, perrara refusa de la recevoir.

*^eux jours et deux nuits elle rôda autour de la maison, poussant

^^ cris et des gémissements qui eussent attendri des tigres, comme

^* le disait lui-même en racontant cette scène. Afin de le soustraire

* Ces obsessions, le père Cafaro le fit partir nuitamment pour

^^orani. Quand, le lendemain, la pauvre sœur apprit ce départ,

^We tomba dans un véritable accès de fureur et de désespoir. Mais

bientôt elle reconnut sa faute et en demanda pardon à Dieu, ii épreuve plus terrible encore attendait Ferrara. Quelques joi après son arrivée à Ciorani, il apprit la mort subite de son frè Ce coup de foudre Técrasa , surtout à la pensée que ses deux sœi restaient seules en ce monde. Néanmoins, Alphonse lui ayant c montré qu'elles n'avaient nullement besoin de lui ni pour subsis ni pour faire leur salut, il resta fidèle à sa vocation. Un homi de cette trempe deviendra facilement un saint religieux.

Le troisième novice, l'abbé Margotta, Tun des promoteurs de fondation de Caposele, venait de léguer au couvent, sur s patrimoine, une rente annuelle de cent ducats. Il avait été toa avocat, gouverneur de cités, supérieur de séminaire, et main nant il aspirait à n'être rien. Après avoir donné ses biens, il v< lait se donner lui-môme. Malgré ses quarante-huit ans, il sollic humblement la grâce d'être admis dans l'institut du Saint-Sauve On ne peut exprimer la joie que causa cette demande à notre sai « Mon cher et bien-aimé François , lui écrivait-il , on a lu hier s ici la lettre par laquelle vous nous annoncez l'établissement défi tif de la maison de Caposele et ensuite la résolution que vous a' prise de vous joindre à nous. Je ne sais si la communauté a été p heureuse de la première nouvelle que de la seconde. Oui , mon cl François, je vous reçois dans la congrégation comme notre frè et votre noviciat commence dès maintenant, quoi que vous a; besoin d'un peu de temps pour mettre ordre à vos affaires. V( nous avez donné tout ce dont vous pouviez disposer; mais, sachei bien, nous vous portons une telle affection que, l'institut ne n eût-il aucune obligation, nous vous recevrions avec le même € pressement, sûrs de posséder en vous un confrère qui veut être sa et qui le deviendra, j'en ai la ferme confiance. »

Alphonse avait donc , en cette année 1747 , mille motifs de bé la Providence. Depuis quinze ans qu'il s'était mis à la suite Christ pour lui gagner des âmes, que de tribulations mais ai que de grâces! Il avait vu ses premiers compagnons s'éloigner, deax premières fondations s'écrouler, d'implacables ennemis charner contre ses œuvres, la faim désoler ses enfants; mais, dépit de ces revers et de ces oppositions , l'institut s'était impla dans le royaume, ses missionnaires en évangélisaient les dive provinces, des hommes de Dieu , Mazzini à Nocera , Sportelli à posele, Cafaro à Iliceto, Villani à Ciorani, maintenaient fermen l'esprit religieux. Enfin le noviciat, peuplé de bons sujets, pert tait d'espérer un avenir prospère.

Et cependant, tout en remerciant Dieu de ces bénédictions, Mphonse ne pouvait s'empêcher de trembler à la pensée qu'un coup de vent, un simple décret royal, suffisait pour renverser cet édifice construit avec tant de peine. N'ayant aucune existence légale, l'institut dépendait du bon plaisir du monarque et du caprice de son ministre Tanucci. Il est vrai que le roi avait approuvé ses quatre fondations, mais simplement comme maisons de missionnaires diocésains, ce qui excluait toute idée de congrégation. Les actes d'autorisation stipulaient même que ces maisons de « prêtres séculiers » oe constituaient nullement des « couvents » , c'est-à-dire des maisons religieuses, restriction qui détruisait l'institut dans son essence, omettait ses membres en contravention perpétuelle avec les lois du royaume, et permettrait toujours à leurs ennemis, témoin les pro- ^s de Nocera, de les poursuivre devant les tribunaux comme faisant partie d'une société non autorisée. De plus, n'étant pas veMfîeux aux yeux de la loi, ils ne pouvaient posséder en commun, Dovivelle source de très graves difficultés; enfin cet état précaire ^xxdait presque impossible l'approbation de l'institut par l'autorité P^^nfificale. Ces préoccupations et ces craintes troublaient parfois le s^iïit fondateur jusqu'à lui ôter le sommeil. Aussi, peu de temps *t^«^s son retour à Ciorani, résolut-il de tenter un eflbrt pour obtôï^ir du roi l'approbation tant désirée.

te vent qui soufflait à Naples n'était guère favorable. Au lieu d'^^utoriser de nouveaux instituts, les ministres pensaient à sup- P^^imer les anciens. Dans un concordat conclu en 1741 avec le Sa.intSiège, Charles lil avait réduit singulièrement les immunités ^^olésiastiques : « Prince religieux, disait-il, je n'ai point cru pou- ^c>îp taxer les biens ecclésiastiques, ni toucher aux immunités loc^^les ou personnelles sans une entente préalable avec le pape*; » ''^«.is il s'était bien gardé d'aborder la question des ordres religieux. Après le concordat comme auparavant, il maintint son décret *e 1740, qui portait « défense absolue d'ériger un couvent, un "Ospice, une église, une nouvelle congrégation, sans une autoris^tion royale formellement exprimée ». Il ne se croyait pas le droit "® toucher aux immunités ecclésiastiques sans une entente préa- '*i>Ie avec le pape, et il s'arrogeait le droit de vie et de mort sur '®s Ordres religieux, en vertu « d'un droit inaliénable et impres- ^"^ptîble de la souveraineté ! » Est-ce que les ordres religieux ne *^^t pas des créations ecclésiastiques, et partant soumises à la ju-

^* I-ettre du roi Charles m sur le concordat, 2C mai 1741.

332 • APOTRE ET FOXDATEUU.

ridiction du pape? Si le gouvernement n'eût voulu que le redres^^. ment des abus provenant de la multiplicité des couvents ou cfïe l'excessif développement des biens de mainmorte, il fût entré ^n arrangement avec le Saint-Siège sur ce point comme sur les autt*^s. La vérité, c'est que les régalistes, sous prétexte d'abus, cherchaieiifct un moyen de détruire les congrégations et de confisquer leurs biens ; et comme ils désespéraient de trouver un pape assez conciliant pouir autoriser leurs attentats, ils décidèrent « qu'il appartient à la couronne, en vertu d'un droit inhérent à la souveraineté, de créer ou d'abolir les ordres religieux, selon qu'il les juge utiles ou nuisibles à l'État ».

11 était donc évident qu'en demandant au roi de créer par son approbation un nouvel institut religieux, Alphonse allait directement contre la politique bien connue du gouvernement napolitain; mais, pour triompher de la raison d'État, il comptait sur la piété de Charles III, son zèle pour le salut de ses sujets, et sa bienveillance envers les missionnaires du Saint-Sauveur, surtout depixi^ les missions de la Fouille. Sans doute Tanucci froncerait le sourcil» mais dans le conseil royal il se trouvait des catholiques, comice' ^ Brancone, dont l'avis contrebalancerait l'influence du sinistre ma-^' quis. Et puis il fallait compter sur Dieu , qui tient dans sa main \^^ cœurs des rois et de leurs conseillers.

Vers la mi-juin, il se rendit à Naples pour entamer cette grav^ . négociation. Il était accompagné du frère Tartiglione, et il y fu' ^^ bientôt rejoint par le père de Robertis, dont les connaissances ju — ^^^^ ridiques pouvaient lui être utiles. Comme d'habitude, il logea non^^^^ au palais des Liguori, mais chez un gentilhomme de ses amis, Jean-^^^^ Olivieri, dont nous avons raconté la conversion. Vingt ans aupara-^ — vant, comme il confessait froidement de nombreux et énormes pé- '^^ chés, Alphonse lui dit avec véhémence : « Vraiment, pour être un -^j. turc, il ne vous manque que le turban. Quel mal vous a donc fait Jésus-Christ pour que vous le traitez de la sorte? » Ces paroles percèrent le cœur du pauvre pécheur. « Je me mis à pleurer, ^ racontait-il plus tard à Tannoia, et je pensai mourir de douleur. » ^^ Dès ce moment, Jean Olivieri, pénitent et ami d'Alphonse, vécut ^ comme un saint jusqu'à sa mort. Receveur au département des fi- "^^ nances, il se serait fait scrupule de détourner une obole, tandis ^ que les principaux officiers étaient convaincus d'avoir volé au -^ trésor plus de cent mille ducats; sa sœur Angela tenait sa maison ^ et rivalisait avec lui de piété et de vertu. Tous deux se dirigeaient -* par les conseils d'Alphonse, et se faisaient une fête de le recevoir "^

lors de ses voyages à Naples. Leur maison devint sa maison de Béthanie, et il les affectionna comme Jésus aimait Lazare et ses siPui's. Quand son ami fut sur son lit de mort, Alphonse alla le consoler. « Je n'aurais pas entrepris ce voyage pour rarchevèc|ue de Naples, lui dit- il, mais je ne puis laisser mourir Jean Olirâri sans l'assister à ses derniers moments. » Angela survécut à son frère ainsi qu'à notre saint. Un soir qu'elle pleurait ces chers défunts, Alphonse lui apparut environné d'une clarté toute céleste. Cette vision dissipa sa tristesse, et dès lors, comme Marie de Béthanie, Angela ne fit plus qu'aspirer au ciel, où l'attendaient son frère et son saint directeur. C'est dans de pieux entretiens avec ces âmes d'élite que chaque soir, durant son long séjour à Naples, Alphonse viendra se consoler des tribulations de la journée.

Ses premières visites furent pour le ministre Brancone et le cardinal Spinelli. Tous deux lui donnèrent quelque espoir, mais tous deux s'accordèrent à lui conseiller, s'il ne voulait pas aller au-devant d'un échec certain, de ne pas faire mention des vœux de religion dans la supplique et l'exposé des règles qu'il devait présenter ^u roi. Comme il ne s'agissait que d'une formalité civile, Alphonse se rendit à cette observation; toutefois il remplaça le vœu de persévérance par le serment, afin de ne pas relâcher, même extérieureïïient, les liens de conscience qui unissaient les sujets à la congrégation. « J'ai dû agir ainsi, écrit-il à 3fazzini, tellement on a peur ^cide nous voir fonder un ordre religieux. Continuez de prier : il ^*agit d'une affaire de la plus haute importance, mais il faut que Dieu ^ousaide^ »

Quelques jours après, Alphonse fut admis à l'audience du roi. A^près lui avoir représenté le but particulier de l'institut et les nécessités spirituelles dans lesquelles se trouvaient les pauvres habitants des campagnes, il lui proposa de donner l'approbation royale 4 l'institut et d'autoriser ses diverses maisons à se constituer en congrégation au même titre que les établissements de Saint- Vincent de Paul. Le roi, touché de son zèle, accueillit avec bienveillance la pétition et l'exposé des règles. « Ces pièces, dit-il, seront transmises ^u grand-aumônier, lequel fera un rapport au conseil d'État sur laquestion. » Il y eut toujours deux hommes en CharlesIII, le catholique et le régalîste. « Le roi se fait de notre œuvre une haute idée, écrivait Alphonse à Mazzini, mais le fantôme d'un institut nouveau i'épouvante, et c'est pourquoi, avant de se prononcer, il veut avoir

l.JLeUre da 4 juillet 1747.

Tavis du grand-aumônier et du conseil. Sa Majesté cependant corn- ^ prend si bien Timportance de nos missions qu'elle demandera au pape de lui céder quelques-uns de ces couvents déserts, si nombreux aujourd'hui, pour les mettre à notre disposition ^ »

De Taudience royale Alphonse passa au cabinet du grand-aumônier, pour solliciter de ce prélat un rapport favorable. M^ Galiano, c'était le nom de ce prélat, le reçut avec amabilité mais sans enthousiasme. Bien que religieux lui-même, de Tordre des célestins^ il avait épousé les idées du jour et les préventions de la cour contre la création d'ordres nouveaux. Il croyait, selon les préjugés du temps, que tous les corps de TÉtat, civils ou religieux, sont dans la main du roi, qui leur donne Texistence ou la mort par un acte de son omnipotence. Le saint lui expliqua le but particulier de Tinstitut et les motifs qui en démontraient la nécessité. « C'est un fait, lui dit-il , que , malgré les travaux évangéliques des missionnaires de Naples et d'autres villes, un grand nombre de communes rurales sont privées de secours spirituels. On en trouve dont les habitants n'ont pas eu de mission depuis vingt et trente ans, et qui ne connaissent pas même les principaux mystères de la foi. Il était donc urgent de créer une congrégation comme celle des pères du Saint- Sauveur pour évangéliser les villages, instruire les pauvres, remédier aux mauvaises confessions, et consolider ensuite le bien opéré par des retours fréquents au milieu de ces peuplades abandonnées". »

Le grand-aumônier promit de tenir compte de ces considérations quand l'arrivée à Naples d'un nouveau solliciteur. vint compliquer la situation, déjà si difficile. C'était le fameux Mandarini qui, instruit des démarches d'Alphonse et appuyé par de hautes influences, accourait auprès du grand-aumônier pour lui proposer la fusion des deux instituts et leur approbation simultanée. Désespérant d*obtenir du saint fondateur une réunion qu'il demandait en vain depuis quinze ans, il espérait ainsi la lui imposer de force. Le prélat se laissa circonvenir, embrassa la cause de Mandarini, et mit Alphonse dans l'alternative de consentir à la fusion ou de voir sa supplique rejetée. Ce dernier eut beau représenter les inconvénients d'un tel amalgame d'éléments contraires, plus propres à dissoudre les deux congrégations qu'à les unir : Galiano ne voulut rien entendre. Placé ainsi entre deux maux, l'union avec Mandarini qui lui semblait dangereuse et le refus d'approbation qui lui paraissait mortel, il

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