‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 89 sur 190 · Lettre à M^^ Galiano, juillet · texte numérisé non relu

Lettre à M^^ Galiano, juillet

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demaa^a du temps pour réfléchir. La question lui parut tellement Çrave qu'il prit l'avis de ses consulteurs, leur laissant entendre cependant qu'il opinait pour la réunion. « Nous devons préférer la volonté de Dieu à nos propres idées, leur disait -il. Si Dieu veut la ^union, nous devons la vouloir aussi. » Les consulteurs, aussi ^fonblés que lui , ne répondirent que par des doutes et des hésitafaons, au-dessus desquelles on voyait planer la crainte de Tunion avec Mandarin! et le désir de voir ajourner à une époque plus favorable la poursuite de l'approbation. Ces réponses évasives ne firent qu'augmenter les perplexités d'Alphonse. « En vérité, répondit-il, si la congrégation n'était pas en jeu , je laisserais tout à Tabandon et j'irais m'enfermer dans ma cellule à Ciorani , sans plus me mêler de rien. Avec vos scrupules, vos conditions et vos craintes, vous me laissez dans l'embarras et je ne sais que faire. Vous me dites d'attendre un temps plus favorable , mais songez donc qu'aujourd'hui l*a£bire est en bonne voie : Brancone s*en occupe avec zèle, le roi incline en notre faveur, le grand -aumônier nous appuie de son crédit. Demain les circonstances changeront et les bonnes impressions se dissiperont. Cette grave afl'aire, dont dépend la stabilité de la congrégation, une fois manquée, il n'y aura plus de remède. Vous ne considérez que les difficultés de l'union. Je les vois aussi l>ien que vous, et je n'y prêterai les mains que si je ne puis l'éviter. J^ ne parle pas ainsi pour faire le fondateur ou le maître : vous savez vous-mêmes que je sais demander conseil et me soumettre ^nx lumières d'autrui; mais il ne faut pas mettre des bâtons dans les roues quand on voit que les choses se font avec maturité et discrétion. Je demande à Jésus-Christ qu'il ferme les yeux sur mes péchés et ne détruise point à cause de moi une œuvre qui est ^nne. Pour vous, continuez à nous aider de vos prières '. »

Alphonse travaillait d'ailleurs à séparer sa cause de celle de Man- ^^i, bien que sans grand espoir de succès. « Dans un nouvel en- *Wien avec le grand-aumônier, écrit-il le 22 juillet, j'ai tAché d'é- ^«Ptep cette idée de fusion en insistant sur la différence des deux ^ïistituts; mais M*' Galiano, j'en suis convaincu , ne favorisera notre approbation que si l'on approuve en même temps son protégé, ^'est-il pas mieux, dans ce cas, d'obtenir du roi cette double approbation, de laquelle dépend celle de Rome, et par suite tout le reste? ^P^cela, Deus et dies : Mandarini fera ses affaires, et nous les nô- ^'^^s î, ), Il allait sans doute s'arrêter à cette solution quand l'affaire

*• LeUre du 4 juîUet 1747, Corrispoml. gêner., 1, 132. ^' Lettre da 22 juillet, Ibid., I, 133.

de la fusion passa au second plan par suite d'un chang-ement front de M^' Galiano. Le courtisan se sentait de moins en moins c posé à formuler dans son rapport des conclusions qui lui para saient inconciliables avec la politique du gouvernement. « Demanc à Jésus-Christ qu'il m'accorde force et lumière , écrit Alphonse V août, car j'ai perdu le sommeil et l'appétit. Hier matin, le grai aumônier nous débouta presque absolument, puis l 'affaire s'est peu raccommodée, mais j'ai bien peur que son rapport ne nous s défavorable. La Madone peut seule nous sauver : faites donc cou nuer les prières *. »

On priait de tous côtés à cette intention. Les religieuses de Nap et d'autres villes et nombre d'âmes pieuses ne cessaient de demi der à Dieu le succès des négociations. Les pères du Saint-Sauve offraient partout dans le même but leurs pénitences et oraisoi Pendant qu'ils s'efforçaient de faire ainsi violence au ciel, Aiphoi multipliait les démarches auprès des puissants de la terre. Il ne p nait plus le temps de manger ni de dormir, dit le père de Rober Même aux heures les plus accablantes de la journée, on le voyi trempé de sueur, accablé de fatigue, courir d'un palais à un au pour mendier une recommandation. Certains seigneurs lui témi gnaient toutes sortes d'égards et l'assuraient de leur protecti« mais souvent il avait à dévorer les affronts et les mépris. Un gen homme très influent à la cour lui ayant fermé sa porte, il s'adrc au frère de ce seigneur, qui lui fît le même accueil, puis à un chevêque, digne parent de ces deux personnages peu courtois, réconduisit de la même façon. Un jour qu'il attendait son t d'audience dans l'antichambre d'un prince , la princesse vint à | ser près de lui. Elle le connaissait, mais elle ne put retenir un g^ de mépris en voyant ce gentilhomme affublé d'un vrai costume mendiant : « Oh! le déguenillé! s'écria-t-elle. — Je ne vous ce prends pas, répondit humblement Alphonse. — Vous êtes d- Calabrais! » répliqua la grande dame en lui tournant le dos. phonse acceptait ces avanies par amour pour Jésus-Christ, bien c sa fierté naturelle eût beaucoup à souffrir. « Je n'en puis pi écrivait-il à un de ses consuUeurs; ces ministres de Naples font prendre la vie en dégoût. Je me sens tourner en fiel, je voudi m'enfuir, et il n'y a pas moyen. » Toutefois ses peines ne furent ] infructueuses. Après avoir cinq fois essayé vainement de s^abouc avec le grand-aumônier, il fut enfin admis à son audience et pla

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