Lellre du l«''acût, Corrispond. (jener.^ I
si bien la cause de sa congrégation, que le prélat, alors influencé pet z* de nombreux et puissants intercesseurs, lui promit enfin un r&pport favorable.
Mais il était dit que ce séjour à Naples ne serait qu'une suite d'agonies intérieures. Pendant tous ces débats, Tarchevèque de Palerme, don Dominique Rossi, étant venu à mourir, le roi dit à Brancone : u Le pape fait de bonnes promotions, mais je veux en faire une meilleure que le pape ». Et il lui annonça qu'il avait fait choix d'Alphonse pour gouverner l'église de Palerme, nul n'étant plus digne que lui par la noblesse de la naissance , les talents et le zèle des âmes, d'occuper ce poste très important au double point de vue de l'Eglise et de l'État. Brancone ne put qu'applaudir à cette élection, et s'empressa d'en faire part au saint fondateur. Un instant celui-ci resta comme foudroyé; puis, les yeux pleins de larmes, il supplia le ministre de faire valoir auprès du monarque les raisons ^ciile forçaient à refuser Tépiscopat. Il avait fait vœu de n'accepter aucune dignité et de ne jamais briser les liens qui l'attachaient ^ la congrégation : quel scandale pour ses compagnons, s*il allait les quitter pour devenir archevêque de Palerme! Le roi portait gT*and intérêt aux missions rurales : cette œuvre des missions, non encore sufGsamment affermie, n'allait-elle pas crouler si on lui enlevait l'appui de son fondateur? Ce serait donc lui briser le cœur ^t lai ôter la paix de Tàme que de le forcer à sacrifier l'œuvre capi- ^e de sa vie. Brancone, cédant à ses supplications, promit de pré- ^Qter ses réclamations au roi ; le roi répondit que si Alphonse avait h^it des vœux , le pape l'en dispenserait , et que le meilleur évéque était précisément celui qui ne voulait pas l'être. Cette insistance du prince mit Alphonse dans de telles alarmes qu'il écrivit au père Ca- Jaro : « C'est le moment de prier, car je me vois en butte à une terrine persécution. Le roi veut absolument me nommer archevêque de ^alcrme, mais j'irai me cacher au fond d'un bois plutôt que d'accepler cette dignité*. » Alors, comme dans toutes ses angoisses, il eut ^ours aux austérités et aux macérations ; il demanda des prières ^Ux membres de ses communautés, aux religieuses, aux saintes âmes , f ^ ne cessa d'importuner son ami Brancone , lui suggérant tous les i^ursun nouvel argument pour fléchir le roi. Cette sainte opiniAtreté fiiiit par triompher de Charles III. Un jour que Brancone lui démon- **^it pour la dixième fois qu'Alphonse ferait plus de bien comme Visionnaire que comme archevêque de Palerme , et que l'œuvre
^' LeUrean P. Cafaro, fin juillet 1747. Conisp, gêner., (, 136.
des missions des campagnes, privée de son chef, tomberait avaj3< peu, le monarque, bien qu'à regret, se rendit à ces considérations- D'abord assez mécontent de ce refus, il en fut ensuite très édifie ^ n'en apprécia que mieux la congrégation. Aussi tenta-t-il pIusieuT"^ fois d'élever à l'épiscopat quelques-uns de ses membres, nia#-^ Alphonse parvint toujours à l'en dissuader. « Ce qui manque au-^^^ églises, disait-il, ce ne sont pas des évèques, mais des ouvriers qu ^ travaillent au salut des âmes, surtout dans les villages. On trouv^^ peu d'hommes assez généreux pour se dévouer à cette œuvre pénible, et si Tesprit d'ambition pénétrait dans leurs rangs, bientôt on n'en trouverait plus. »
Débarrassé de ce souci, Alphonse attendait avec impatience le rapport du grand-aumônier. Enfin, le 22 août, H^^ Galiano, désireux de plaire aux régalistes sans écarter absolument la demande d'approbation, présenta au conseil d'État des considérations et des conclusions qu'il est bien difficile de concilier. « Je représenterai d'abord à Votre Majesté, dit-il, qu'en ce qui concerne l'État, fonder une nouvelle congrégation, c'est exactement la même chose que fonder un ordre religieux. Les pères de la Mission, par exemple, forment une congrégation de prêtres séculiers^ et non un ordre religieux comme les dominicains ou les franciscains, mais qu'importe à l'État? Les uns et les autres se multiplient de la même ma- — nière et acquièrent tous les jours de nouveaux biens, qui, retirés de <e la circulation, tombent dans le domaine de la mainmorte. Donc ^^ l'autorisation demandée par les pères du Saint-Sauveur de s'ériger -r^
en congrégation sous un supérieur général et des règles particu j
Hères , fera de leurs maisons des communautés légitimes ayanW^ ^ droit d'acquérir et de posséder. »
Cette première considération n'était pas de nature à passionnées pour la nouvelle congrégation des conseillers royaux qui avaienS'-^ horreur de la mainmorte. La seconde parait encore plus étrange-. '^ « On ne peut nier, dit-il, que le père de Liguori et ses compagnonsa^^ travaillent aujourd'hui utilement et avec succès & l'instruction des^^pauvres villageois, ni que la vie de ces missionnaire soit très édifiante ; ^ ' mais tous les ordres et congrégations de séculiers ou de réguliers, ^ ^ Votre Majesté ne l'ignore pas, ont commencé par être utiles et exem- - — ^ plaires; puis insensiblement on les a vus déchoir de leur première ^^ ferveur et devenir, avec le temps, une charge pour l'État sans au- — cune utiUté pour le peuple. L'expérience du passé, cette grande ^ maltresse de l'avenir, doit nous faire appréhender qu'il n'en soit de • même de la nouvelle congrégation, et qu'après la mort des premiers
LW GRAVE ÉCHEC. 339
fondateurs, l'œuvre ne dégénère comme tant d*autres pour aboutir biontôt à une complète décadence. »
£)€ ces prémisses, on pourrait s'imaginer que le grand-aumônier va, conclure à la non-approbation de Tinslitut; mais n'a-t-il pas promis au saint fondateur que les conclusions de son rapport lui servaient favorables? En dépit de la logique, il propose donc au conseil d'approuver la congrégation, mais avec toutes sortes de restrictions. « D'abord, la nouvelle congrégation, comprenant les quatre maisons de Ciorani, de Nocera, d'Uiceto et de Cuposele, devra recevoir dans son sein les missionnaires du Saint-Sacrement, lesquels désirent se réunir au père de Liguori pour ne former qu'un seul institut sous le nom du Saint-Sauveur. » On voit que le SK^nd-aumônier n'a pas oublié Mandarini; mais il y a d'autres <^onditions à l'approbation : « Les missionnaires ne pourront s'é- ^blir dans aucun lieu du royaume sans la permission de Sa Majesté. Si jamais ils s'écartent du but de leur institut, qui est de ti^vailler à instruire les bergers et les campagnards, Sa Majesté <5onserve le droit de supprimer la congrégation ipso facto. Le 'ïléme pouvoir appartiendra à ses successeurs, sans qu'il soit besoin pour cela de recourir au pape. En ce cas, les biens acquis par ces religieux seront employés à des œuvres pies au gré de Sa Majesté et de ses sérénissimes successeurs. Les missionnaires ne pourront accepter d'héritage ou de donation si le donateur a des parents pauvres, et cela jusqu'au quatrième degré inclusivement. U ue leur sera permis de posséder pour chaque maison qu*un revenu de mille ducats, ou moindre encore s'il plalt à Sa Majesté. »
Moyennant ces restrictions et ces précautions, le rapporteur estime que la congrégation pourrait rendre des services, au moins dans certains endroits du royaume : « Votre Majesté n'ignore pas qu'on rencontre dans plusieurs districts des populations presque ^uvages, ramassis de brigands, d'assassins et de criminels de toute espèce y comme par exemple les montagnes du Cilcnto et ^rtaines campagnes de la Calabre et de la Basilicate. Avec l'esprit qui les anime aujourd'hui, les missionnaires du Saint-Sauveur iraient d'une grande utilité pour civiliser les habitants de ces entrées et empocher les homicides qui s'y commettent tous les Jours. »
De ce facétieux rapport Ton pouvait conclure que la nouvelle Congrégation avait surtout pour but de renforcer les brigades de ^Udarmerie opérant contre les brigands calabrais. Les conseillers ^^ roi trouvèrent que ce mince avantage ne compensait pas l'im-
mense inconvénient de déroger à la politique du gouvernemer^ contre la mainmorte et les ordres religieux. Ils votèrent en ma
jorité contre les conclusions du prélat, et le roi, confirmant leu sentence, décida qu'on resterait dans le statu quo. C'était mx:^^^ échec sans doute, mais échec providentiel, car si ces restriction^^^ eussent été acceptées, c'en était fait de la congrégation. Comment, -^ après l'accession des Mandarinistes, conserver à l'institut sa phy- ' — sionomie primitive? Comment se mouvoir, les fers aux pieds et les ^ menottes aux mains? Comment se présenter à Rome avec une livrée d'esclave pour recevoir l'approbation pontificale? Cette dernière réflexion, Galiano la fait lui-même en terminant son rapport : « Il est vrai, dit-il, qu'en face de ces conditions Rome soulèvera plusieurs difficultés; mais, comme il s'agit d'une fondation non existante, je ne les crois pas insurmontables, et il faut laisser au père de Liguori le soin de les aplanir. » Le grand-aumônier -r était-il assez naïf pour croire que le pape concéderait au roi la ^a faculté d'abolir, sans prendre son avis, une congrégation approuvée ^ canoniquement? En tout cas, Charles III se montra plus sensé que ^3k ce régaliste, car un des motifs pour lesquels il refusa d'accepter -tbi les conclusions du rapport, c'est qu'il ne pourrait pas user du jtjl droit qu'on lui conférait sans se brouiller avec le pape.
Le 25 août, après deux mois de sollicitations et d'angoisses, le^^c
saint apprit que sa demande était rejetée. Pour le consoler, le mar — -
quis Brancone lui transmit en même temps ces paroles du roi =r : « Dites au père de Liguori qu'il compte sur ma protection et qu'il -S.I continue à travailler avec le même zèle pour la gloire de Dieu et l^^ ^ bien de l'État; je le seconderai de tout mon pouvoir ». Alphons^^-^ adora la volonté de Dieu, mais néanmoins il ne put fermer Tœil lî^^^ nuit suivante, tant son àme était troublée. Le démon en profît^^-^ pour lui suggérer une tentation de désespoir. Dans la matinée du 27^ ^^ pendant qu'il célébrait la messe, il lui vint à l'esprit que ce refila -■■•' d'approbation entraînerait à bref délai la ruine de son institut. Se^ss^^^ contradicteurs de Pagani allaient en profiter pour détruire cettc^^^-^ maison, et quand celle-ci aurait succombé, les autres ne tarde— — ^ raient pas à périr. La tentation croissant toujours et Dieu le pri— - — ^ vaut de toute lumière , il se dirigea , la tête en feu, le front baigné^^^ de sueur, vers la demeure du marquis Brancone pour lui communi— — ^ quer son inquiétude avant que le décret royal fût libellé. La porte ^^ ^ du palais étant encore fermée, le saint, incapable de se tenir ^^-^ debout, s'assit au milieu des pauvres sur les marches de Tesca- -^-^ lier. Heureusement Brancone l'aperçut de son balcon et donna l'or- ^^^
dre de Tintroduire à Tinstant. Mis au courant de ses terreui»s,le ministre s eflbrça de le rassurer en lui expliquant que les décrets particuliers autorisant chacune de ses maisons suffisaient pour les maintenir. « Le cas n*est pas aussi désespéré que vous vous Timaçinez, ajouta-t-il, et la piété du roi saura bien trouver un moyen d'aflFermir votre congrégation. » Et comme la tempête intérieure ne paraissait pas se calmer, le pieux marquis puisa dans son cœur le mot le plus propre à rendre au fondateur toute sa sérénité : « Avec vos découragements, lui dit-il, vous donneriez à penser que vous mettez ici-bas votre confiance ! » Aussitôt Alphonse leva les yeux au ciel, et la tentation disparut.
Ces démarches et ces tribulations qui firent de son séjour à Naples un vrai purgatoire, comme il le disait lui-même, ne Tempôchèrent pas de travailler au salut des âmes. Souvent, sur Tinvita- Won du directeur du séminaire, il prêchait aux nombreux élèves l'amour de Dieu et Thorreur du péché. Il les exhortait à méditer Sd^Qs cesse la passion du Sauveur et à placer toute leur confiance en "^rie. Maîtres et élèves ne se lassaient jamais de Tentendre. De même, il se rendait fréquemment au collège des Chinois, dont la chapelle lui '^^ppelait les doux souvenirs de sa jeunesse sacerdotale , pour exci- ^1* le zèle des jeunes gens qui se préparaient à évangéliser les idolâtres. Les religieuses des divers monastères Tinvitaient à leur donner les saints excercices; lésâmes pieuses sollicitaient ses conseils : le ^iat se multipUait pour être utile à tous. Le curé de Saint-Jean, don *oseph Porpora, le pria de prêcher dans son église la neuvaine de ^ Assomption. Surpris à l'improviste, Alphonse n avait ni sermons ni loisirs pour en composer, mais il s'agissait des gloires de Marie et ^^ salut des âmes : il n'eut pas le courage de refuser. « Je répéterai, '^*-il,les paroles que la sainte Vierge me mettra sur les lèvres. » Les ^^Uf sermons qu'il prêcha prouvent qu'il n oubliait jamais son rôle *^^ convertisseur. Il montra comment l'humilité de Marie contraste ^^ec notre orgueil, son amour envers Dieu avec notre froideur, sa ^^ïtformité parfaite à la volonté divine avec nos révoltes et nos dé- ^^t^issanccs. Puis il dépeignit la sainte mort de Marie et Thorrible ^^t*t du pécheur; les assauts que le démon livre aux méchants qui P^t quitter ce monde, et les secours que Marie accorde à ses ser- ^t^urs, surtout à leurs derniers moments; Tépouvante qui saisit le ^^r-ibond à la pensée de Tenfer, et la douce paix du protégé de Ma- 5^^* Elnfin, après un vivant tableau des joies du ciel et des peines de . ^^fer, il établit que le vrai serviteur de Marie se sauve sûrement. Le i^xir de l'Assomption, il retraça le triomphe de la reine du ciel
d'une manière si saisissante qu'il excita Fadmiration générale. « Ainsi, dit le père Tannoia, cette neuvaine devint une véritable mission, pendant laquelle des milliers d'àmes qui avaient vieilli dans le péché, remuées par ces discours émouvants, se convertirent sincèrement à Dieu. »
Un incident qui fit grand bruit dans le monde ecclésiastique, montre avec quelle sainte indignation Alphonse s'élevait contre ces prédicateurs ou plutôt ces rhéteurs qui , loin de partager son zèle pour la conversion des âmes, s^amusent à faire des phrases et se prêchent eux-mêmes au lieu de prêcher Jésus- Christ. La ville de Naples avait longtemps admiré un de ces prédicateurs à la mode, dont la voix venait de s'éteindre, le père Giacchi, de Tordre de« capucins, panégyriste très en vogue. Ses sermons, pleins de mots recherchés, de périodes cadencées, de tirades pompeuses, ressemblaient à des bouquets de fleurs. Les mondains n'avaient pas assez d'éloges pour célébrer cet artiste, et les jeunes orateurs de la chaire, même à la Propagande, s'étudiaient à reproduire ses tours de phrase afin de gagner les bonnes grâces de leurs auditeurs. Cette profanation de la parole de Dieu révoltait notre saint, et il ne s'en cach9.it pas. Pendant qu'il parcourait les rues de Naples en quête d'un ministre ou d'un protecteur, il rencontra certain jour son ami, Nicolas Borgia, alors préfet des missionnaires de la Propagande, qui l'invita, en qualité de confrère, à faire la conférence hebdomadaire aux membres de la société. 11 y consentit d'autant plus volontiers qu'il y trouvait l'occasion, en attaquant un abus préjudiciable aux âmes, de décharger son cœur et sa conscience. S'adressant à des missionnaires, il montra que le missionnaire plus que tout autre est tenu de prêcher Jésus crucifié sans se rechercher luimême. Avec une liberté tout apostolique il flétrit ces prédicateurs qui, méprisant la simplicité de l'Évangile, couvrent la parole de Dieu des oripeaux du siècle , et la déshonorent sous prétexte de l'embellir. Sortant des généralités, il condamna dans les termes les plus véhéments et les plus expressifs le trop fameux père Giacchi « lequel s'est montré, dit-il, par sa manière de prêcher, ennemi des âmes e1 traître à la parole de Dieu. » Il déplora l'illusion de certains membres de la Propagande, dont l'engouement pour le célèbre pané^riste avait perverti les idées et faussé la prédication. « Tous veulent imiter le père Giacchi, s'écria-t-il, mais quel profit en résulte-t-il pour les âmes? Si l'on prêche des panégyriques, ce ne doit être que pour porter les auditeurs à imiter les vertus des saints. Si nous ne prêchons pas à l'apostolique , nous ne produirons aucun
f^*viît et nous perdrons notre temps. Fasse le ciel que le père Giacchi, pour avoir noyé la parole de Dieu dans sa brillante phraséologie, i^'siit point à expier sa vanité en purgatoire jusqu'au jour du juge- XXI eut! »
Cette vigoureuse sortie offensa quelques-uns des jeunes prédicateurs qui se sentaient plus ou moins atteints et condamnés. L'un cl"*entre eux surtout ne craignit pas de reprouver tout haut la franchise du censeur. « Prononcer Tarrêt du pèreGiacchi, disait-il, et cela en public! » Cette parole fut rapportée au saint fondateur : « ie n'ai point parlé en public, répondit-il, mais dans une réunion privée. » Du reste , ces murmures, en lui révélant la gravité du mal , ne firent que stimuler son zèle. Borgia et les anciens avaient trop de sens et d'expérience pour ne pas lui donner raison. Ils l'invitèrent donc à s'expliquer dans une seconde conférence. 11 reprit le même thème, avec de nouveaux développements. « On m'a rapporté, dit-il, que plusieurs d'entre vous se sont offensés de m'entendre réprouver le style fleuri et la façon de prêcher du père Giacchi. J'ai pensé d'abord que je devrais m'en confesser, mais Comme le ferme propos me faisait absolument défaut , je m'en suis abstenu. » Il prouva de nouveau que cette adultération de la parole ^e Dieu est une trahison envers les âmes et un crime envers Jésus- Christ. Il s'éleva aussi contre la mise élégante de certains socié- ^ires de la Propagande , dont les gens du monde eux-mêmes blâmaient la vanité. Celte fois chacun profita de la leçon, et tous s'en allèrent la tète basse.
Au procès de béatification, le Promoteur de la foi, reprenant *^ thèse des mécontents, ne manqua pas d'incriminer la mercu- ^'lale du serviteur de Dieu contre la pompeuse rhétorique de Giacchi. ** Sans doute il avait raison, dit-il, de vanter aux missionnaires le ^kyle évangélique, mais il n'est pas défendu d'orner le discours de Quelques fleurs pour de justes fins, et n'est-ce pas excessif de condamner au purgatoire jusqu'à la fin du monde un panégyriste un peu trop coloré? » On lui répondit « qu'il s'agissait non d'un prédicateur qui pare comme il convient la parole de Dieu, mais d'un ^ain discoureur qui la charge d'ornements profanes pour s'attirer *^ applaudissements, en sorte que les prédications ne profitent qu'à ^n amour-propre, et nullement aux fidèles, qui n'y comprennent ^^^n. Moins tolérant que le serviteur de Dieu, ajouta le défenseur, ^int Bernard ne se contente pas de mettre ces vaniteux en purga- ^^ire, il les traduit au tribunal du souverain juge, où les pauvres Qu'ils ont laissés sans nourriture deviennent leurs accusateurs. « Ils
seront damnés, dit Corneille de la Pierre, non seulement pour av fait servir la parole de Dieu à leur propre gloire , mais encore p< avoir empêché le salut de beaucoup d'àmes dont Dieu les a\ chargés. »
En somme, si Alphonse n'obtint pas ce qu'il était venu cherche Naples, son séjour de trois mois dans la capitale ne fut pas s profit pour son œuvre et pour le monde. Le peuple eut sous yeux le spectacle assez rare d'un véritable saint, puissant, corn le Maître, en œuvres et en paroles, humble et doux comme lui il admira le Dieu qui fait les saints. Les seigneurs napolitains fiers de leur noblesse et de leurs richesses, ne rencontrèrent p sans rougir de leur faste, ce patricien leur égal, devenu par am< pour Jésus-Christ plus pauvre que le dernier des pauvres. Qui aux prédicateurs, il leur apprit, nous venons de le voir, une véri alors rarement enseignée, que pour faire du fruit dans les âmes faut s'oublier soi-même et tâcher de se faire oublier. Il leur rév en même temps par son exemple la source où Ton puise, mit qu'à l'école des rhéteurs, le secret de l'éloquence simple mais pie d'onction qui convertit les pécheurs. Malgré ses travaux et ses p occupations, on le voyait chaque jour, à l'adoration des Quara: heures, passer un temps considérable aux pieds du saint Sac ment. C'est là qu'il préparait ses discours ; c'est là qu'il trouvait force de monter en chaire, même quand son corps, brisé par fatigue ou la souffrance, semblait s'y refuser. Du 25 août 13 septembre, bien que constamment en proie à de violentes i vralgies, il n'en continua pas moins d'annoncer chaque jour parole de Dieu.
De si éminentcs vertus inspirèrent aux Napolitains une profoi vénération pour leur saint compatriote. Chacun désirait possé( un objet qui lui eût appartenu, ce qui Tobligea de se précaution) contre de pieux larcins, qui d'ailleurs alarmaient son humilité ne comprenait pas comment des gens sensés pouvaient témoig; quelque estime à un misérable pécheur comme lui. Obligé de faire arracher une dent qui lui causait d'intolérables douleurs se rendit chez le médeciu en compagnie du frère Tartiglio L'opération terminée, le frère se saisit adroitement de la dent qu venait d'extraire, et pensait bien la conserver comme une préciei relique. Mais, en retournant au logis, Alphonse la lui demanda s« prétexte de l'examiner, et la jeta au loin sur la rue , en adressai] son compagnon un sourire et un haussement d'épaules qui se blait dire : « Es-tu fou, mon pauvre Tartiglione? »
Le saint quitta Naples à la fin de septembre. Il u'avait pas obtenu Vapprobation de son institut, mais, grâce à Tascendant de ses vertus sur le roi comme sur le peuple, son œuvre vivra sans approbation, dans un temps et dans un pays où Ton exterminait sans pitié toute société non autorisée.