‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 114 sur 227 · Le Clorie di Maria , Introduzione, Edit. Mariett5, I · texte numérisé non relu

Le Clorie di Maria , Introduzione, Edit. Mariett5, I

« LES GLOIRES DE MARIE

Jésus. De même qu’elle a porté Jésus dans son sein, elle nous porte dans son cœur jusqu’à ce que le Christ soit formé en nous, donec formetar Chris lus in v obis.

D’après cette théorie, Marie, constituée par Dieu trésorière et dispensatrice de toutes les grâces, n’est pas seulement corédemptrice et vraie médiatrice parce qu’elle a donné Jésus au monde, mais aussi parce qu’elle le donne à chacun de nous en nous inoculant le sang rédempteur. Or, n’est-ce pas là ce qu’insinue la sainte Église en appliquant à la sainte Vierge ces paroles de l’Ecclésiastique : Vous trouverez en moi toutes les grâces nécessaires pour marcher dans la bonne voie, toute espérance de bien vivre et de bien agir , car je suis la mère de la sainte dilectionet de la sainte espérance *. On se rappelle que les auteurs du nouveau bréviaire gallican ont supprimé dans les divers offices de la Vierge ces eitations des livres sapientiaux, afin de protester contre la doctrine que nous établissons. Mais pour éliminer cette doctrine, il leur faudrait encore supprimer toute la tradition catholique, que saint Alphonse résume dans son livre des Gloires y et aussi toutes les prières de la liturgie, qui la supposent et la confirment.

Après avoir établi sa thèse , Alphonse s’en prend à Muratori et à ses objections. « Cetle proposition, dit-il, que toutes les grâces nous viennent par Marie, ne plaît guère à certain auteur moderne, lequel après avoir traité avec science et piété de la vraie et de la fausse dévotion, se montre bien avare quand il vient ensuite à parler de la dévotion à Marie, car il lui refuse ce glorieux privilège que lui accordent sans la moindre hésitation un saint Germain, un saint Anselme, un saint Jean Damascène, un saint Bonaventure, un saint Antonin, et tant d’autres docteurs. Cet auteur prétend que cette proposition : Toutes les grâces nous viennent par Marie , ne saurait être qu’une hyperbole , une exagération échappée à la ferveur de quelques saints. Ce serait une erreur de croire, ajoute-t-il, que Dieu ne peut nous accorder ses grâces sans l’intercession de Marie , car nous ne reconnaissons qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes, qui est le Seigneur Jésus. »

« Mais avec sa permission, je lui répondrai qu’autre chose est la médiation de justice par voie de mérite, et autre chose la médiation de grâce par voie d’intercession. Autre chose également est de dire que Dieu ne peut pas, autre chose qu'il ne veut pas nous accorder sa grâce sans l’intercession de Marie. Certes nous confessons haute-

I. tu me omnis gratta vix cl verilalis , in me omnis spes vitx et virtutis . Ego mater pulchræ dileclionis ... et sanctx spei. Eccl., xxiv, 24, 25.

SAINT ALPHONSE DK MtiUOKI. — T. I. 27

LA CROISADE DU SALUT

ment que Dieu est la source de tout bien et le maître absolu de toute grâce; mais n’est-il pas très raisonnable et très convenable de dire que, pour honorer et glorifier la sublime créature choisie par lui pour être la mère de son Fils, notre commun Rédempteur, Dieu fa faite trésorière et dispensatrice de toutes les grâces destinées aux Ames rachetées par le sang de Jésus-Christ? Nous confessons que Jésus est Tunique médiateur de justice, mais nous disons que Marie est médiatrice de grâce. Elle obtient tout par les mérites de Jésus- Christ, mais tout nous est transmis par son intermédiaire. Ainsi parlent les saints Pères et les théologiens, et il n’est pas juste de qualifier leurs dires d’hyperboles et d’exagérations. Exagérer, parler par hyperboles, c’est sortir des limites du vrai, ce qu’on ne peut sans inconvenance attribuer aux saints, lesquels sont guidés par l’esprit de vérité.

« Cette doctrine, que toutes les grâces passent par les mains de Marie, justifie tous les titres que lui donne l’Église. Elle est notre « mère » et notre « vie » puisqu’elle nous donne la grâce, qui est réellement la vie de notre âme; elle est notre « espérance » puisque nous avons tout par elle et rien sans elle ; elle est la « porte du ciel » puisque la grâce descend du ciel par elle et l’âme n'entre au ciel que par elle. Donc « elle nous sauve », quoi qu’en dise Muratori, puisque sans elle nous n’obtiendrions pas les grâces du salut. Donc « elle commande au ciel » en dépit de tous les jansénistes, puisque sa prière est toute-puissante sur le cœur de Dieu. Le Rédempteur ne refuse rien à la corédemptrice établie par lui souveraine dispensatrice de ses grâces. Donc les saints doivent recourir en faveur de leurs protégés à celle qui s’appelle la reine de tous les saints, et à qui Dieu a confié la clé de ses trésors.

« De cette doctrine découle cette très grave conclusion que le recours à l’intercession de Marie n’est pas seulement utile à notre salut mais nécessaire, non sans doute d’une nécessité absolue mais d’une nécessité hypothétique, et parce que tel est Tordre providentiel établi par Dieu. « Sic est voluntas ejas, dit saint Bernard, qui totum nos volnit habere per Maria m. C’est la volonté de Dieu que nous ayons tout, mais tout par Marie. Donc, conclut ce grand saint, cherchons la grâce, mais cherchons-la par Marie, quæramus gra tiam, sed per Mariam quæramus . Elle est toute la raison de mon espérance, tota ratio spei meæ , comme s’il eût dit : J'espère en Dieu, source de la grâce, mais à quoi me servirait la source sans le canal qui est Marie? » Ce texte de saint Bernard, cité à plusieurs reprises par saint Alphonse, résume admirablement toute cette doctrine.

« LES GLOIRES DE MARIE

Il est facile de comprendre, à cette lumière, pourquoi les ennemis de la rédemption s’attaquent toujours au culte de Marie. La sainte Vierge a été donnée au monde comme le canal par où les grâces et tous les dons du ciel descendent continuellement jusqu’à nous. Pour nous ruiner, il suffit d’intercepter ce canal de communication avec le ciel. « Quand Holopherne, dit saint Alphonse, voulut réduire la ville de Béthulie, il ordonna de couper tous les aqueducs; de même, quand le démon veut perdre une âme, il s’efforce de ruiner en elle la dévotion à Marie. Le canal des grâces une fois fermé, il ne lui est pas difficile de la vaincre. »

Muratori n’eut pas le temps de répondre à cette réfutation de son livre : il mourut en 1750, l’année même de la publication des Gloires de Marie; mais un anonyme, sous le nom de Pritanio redivivo l, le fit pour ainsi dire sortir de sa tombe et protester derechef contre le culte excessif rendu à Marie. Ce nouvel adversaire prétendait, comme Muratori, que les saints, en particulier saint Bernard, s’étaient servis d’un langage hyperbolique. En affirmant que toutes les grâces nous viennent par Marie, ils auraient voulu dire simplement que Jésus, la source de la grâce, nous a été donné par Marie. Saint Alphonse combattit cette interprétation dans une brochure intitulée : Réponse à un anonyme gui a censuré le chapitre V des Gloires de Marie . « Il n’est pas défendu, dit-il, d’employer l’hyperbole quand l’exagération ressort tellement du contexte que nul ne peut se tromper sur la pensée d’un auteur; mais s’il s’agit de proposition dogmatique, l’hyperbole constituerait une fausseté et mettrait nécessairement les esprits dans l’erreur. On ne peut donc en ce cas l’employer légitimement. » Vingt exemples prouvent ensuite que, par la médiation nécessaire de Marie, les saints ont entendu non pas seulement son rôle dans l’incarnation et la rédemption, mais encore dans la distribution actuelle des grâces. Il cite en particulier ce texte de saint Antonin , qui fait ressortir admirablement ce grand mystère : « Sorties de la tète, c’est-à-dire du Christ, pour entrer dans son corps mystique, les grâces comme autant d’esprits vitaux s’y répandent par la sainte Vierge. A partir du jour où la Vierge-Mère conçut le Verbe divin, elle obtint, si je puis m’exprimer ainsi, une réelle juridiction sur toutes les processions temporelles du Saint-Esprit, de sorte que depuis lors personne n’a reçu de Dieu aucune grâce si ce n’est par l’entremise de cette

1. Muratori avait signé sa Dévotion bien réglée, du pseudonyme Lamindo Prilanio. Le factum de l’anonjine était intitulé : Lamindi l*ritanii redivivi Epistola , 1755.

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