Memorie alla real Caméra di S. Chiara. 9 décembre
LA CROISADE Dü SALUT.
régalistes de la cour, ils applaudissaient le grand monarque qui, docile à leurs avis, dépouillait de pauvres religieux pour alléger les charges de son peuple.
Et telle était la tyrannie de ces autocrates, qu’Alphonse s’applaudissait d’un décret qui lui permettait de vivre au moins jusqu’à nouvel ordre. Malgré ses clauses restrictives, cet acte gouvernemental, basé sur l’utilité publique des missions, constituait un modxis vivendi officiel, très précaire sans doute, mais suffisant pour le garantir contre toute tentative de suppression brutale. Si le roi ne reconnaissait pas l’institut comme une congrégation, ni ses maisons comme des communautés religieuses capables de posséder, il tolérait cependant que les missionnaires formassent une espèce de corporation sous la direction de leur fondateur. Ces maisons sortaient ainsi de leur isolement pour s’organiser en société. C’était un progrès qu’Alphonse annonçait en ces termes à la vénérable supérieure de Ripacandida : « Nous avons failli périr, mais grâce à Dieu et au marquis Brancone, le roi vient de sanctionner un décret très favorable à l’institut1. » — « La tempête déchaînée par l’enfer nous a fortement secoués, écrivait-il encore à un ami, mais le calme succède à l’orage. Après nous avoir fait une forte opposition, le roi se montre aujourd’hui très bienveillant pour nous. Il est vrai que le décret nous met à la portion congrue, mais cela importe peu. L’essentiel, c’était d’assurer à l’institut une certaine stabilité. » Comme le voyageur échappé aux mains des brigands, il se félicite d’avoir sauvé sa vie et de n’avoir perdu que sa bourse.
Le ministre Brancone se sentait, au contraire, tout meurtri par cet accident. Il avait sans doute réussi à empêcher la destruction d’une bonne œuvre, mais il ne pouvait se dissimuler que ses adversaires au Conseil du roi gagnaient du terrain chaque jour. Tanucci devenait le maître absolu, Fraggiani jouait àNaples le rôle du pape, le concordat disparaissait sous les décrets du régalisme, et Brancone voyaitarriver l’heure où, en sa qualité de ministre chargé des affaires ecclésiastiques, on le forcerait à contresigner des actes que sa conscience serait obligée de réprouver. Décidé à ne pas subir cette contrainte, il résolut de donner sa démission, d’autant plus que sa santé, fort ébranlée, lui commandait le calme et le repos. Il manifesta au saint fondateur son intention de quitter la cour pour ne plus s’occuper que du salut de son àme, tout en