‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 140 sur 227 · Déposition du père Nicolas Grossi · texte numérisé non relu

Déposition du père Nicolas Grossi

On peut voir par deux traits saisissants, comment l’âme d’Alphonse, morte aux choses d’ici-bas, adhérait à Dieu seul. Un jour qu’il était à table avec ses compagnons, un courrier lui apporta une lettre dans laquelle on lui annonçait la mort de sa mère. « Béni soit Dieu toujours, dit-il avec calme, ma mère est allée en paradis; veuillez avoir la charité de dire demain la messe pour le repos de son Ame. » Ses confrères savaient tous combien il aimait sa mère. A son imperturbable sérénité qu’ils ne pouvaient attribuer ni à l’indifférence ni à l’insensibilité , ils comprirent qu’avant tout et pardessus tout il aimait la volonté de Dieu. L’autre trait montre mieux encore peut-être son esprit de détachement et de mortification. Étant à Bénévent, il se trouvait à quatre milles de Saint-Ange, la nouvelle résidence de ses religieux. Tout naturellement il devait profiter de cette occasion, qui ne se renouvellerait pas sans doute, pour voir l’emplacement choisi et la construction commencée; mais il prétexta qu’il n’y avait aucune nécessité de faire ce voyage. Les pères curent beau insister : ni pendant ni après la mission, ils ne réussirent à l’entraîner à Saint-Ange, ce qui excita grandement leur admiration, car ils savaient qu’il s’imposait cette privation par amour pour Dieu.

Quand le Rédempteur a en mains de pareils instruments, on comprend qu’il opère des miracles de conversion. « Bénévent fut sanctifié, dit un témoin oculaire. Les malfaiteurs eux-mêmes, assez nombreux dans cette ville, devinrent des modèles de piété. Il n'y eut personne qui ne voulût profiter des travaux des saints missionnaires. De son passage au milieu de nous date la réforme des mœurs et la fréquentation des sacrements. » Alphonse lui-même constate les grands fruits de la mission, parmi lesquels il cite l’établissement d’une congrégation de jeunes prêtres destinée à former des ouvriers évangéliques. « Bon nombre de jeunes gens, ajoutet-il, veulent aussi entrer dans notre institut, mais ce sont là des vocations de circonstance et d’entrainement qu’il faut laisser mûrir1. » La renommée des merveilles opérées à Bénévent se répandit jusque dans Rome, ce qui réjouit extrêmement le souverain pontife. « Je viens de faire visite au pape, écrivait à notre saint le cardinal Orsini, il m’a fait un grand éloge de Votre Révérence, dont il m’a beaucoup vanté la science et la piété. Il m’a ensuite parlé de la mission que vous avez donnée à Bénévent. Enfin, quant au bref d’approbation de votre congrégation, le pape

Page 1