I. Lettre du 20 mars
LA CROISADE DU SALUT
les régalistes de Naples s’opposeraient à l’établissement des religieux en Sicile, surtout dans les conditions où Mfr Lucchesi voulait les placer. Son intention était de les introduire; très légalement selon lui, dans un couvent destiné par son prédécesseur aux lazaristes, mais dont ceux-ci n'avaient pas pris possession bien qu’ils y fussent autorisés par le gouvernement d’alors. Comme il ne s’agissait que d’une simple substitution de personnes dans une fondation déjà concédée par acte aulhentique, le gouvernement, disait l’évêque, ne refusera pas son assentiment. Mais notre saint, mieux renseigné sur les dispositions des ministres, répondait : « Si vous parlez de fondation, vous allez ruiner l’œuvre commencée. » De fait, après avoir consulté ses amis et ses avocats de Naples, M8r Lucchesi comprit que, pour le moment, il était impossible d’exécuter son projet. Il installa les pères dans le couvent susdit, propriété épiscopale, et leur servit une pension annuelle de cinq cents ducats. « C'est une situationbien précaire, écrivait-il au saint fondateur, mais la Providence nous fournira bientôt, je l’espère, les moyens d’établir plus solidement une œuvre si utile au salut des âmes. »
Ainsi partout le régalisme contrecarrait les plans de la Providence, le zèle des évêques et les travaux des missionnaires. Et cependant la congrégation du Très-Saint-Rédempteur, soutenue par le bras de Dieu et la sainteté de son fondateur, se développait et s’étendait malgré les oppositions et vexations des puissants de ce monde.