CHAPITRE XV
L’ART D’AIMER DIEU 1758-1760
Les Œuvres spirituelles. — La sainteté, c’est la charité. — L’art d’aimer Dieu. — Pour aimer Dieu, il faut le connaître. — Le Dieu de Jansénius. — Le Dieu d’Alphonse, bonté et justice. — La crèche. — Le Calvaire. — L’autel. — Le Sacré- Cœur. — Les fins dernières. — Rôle capital de l’oraison mentale. — Méthode d’oraison. — Les images de Dieu. — Le moyen des moyens.
Pendant ces dernières années, nous l’avons vu, Alphonse ne pouvait plus, à cause de ses infirmités, accompagner habituellement ses confrères dans leurs courses apostoliques; il s’en consolait en évangélisant par la plume les pasteurs et les fidèles. C’est à cette époque qu’il composa, outre plusieurs abrégés de sa Théologie Morale, cette longue série d’OEuvres spirituelles1, véritables exercices de mission prèchés non seulement à ses contemporains, laïques, prêtres et religieux, mais à tous les chrétiens jusqu’à la fin du monde. Pour se faire une idée de la somme de travail qu’exigea la composition de ces Œuvres spirituelles, il faut considérer que chacun de ces sept ou huit volumes résume et condense la tradition de l’Église sur les matières traitées. Si l’on peut produire en peu de temps une œuvre d’imagination ou d’éloquence, il faut de longues recherches
1. En 1758 parurent successivement : Noël, soixante discours et méditations pour les temps de l’Avent, de Noël et de l’Épiphanie; la Neuvaine au Sacré-Cœur de Jésus ; sept Méditations en V honneur de saint Joseph ; la Préparation à la mort, ou Considérations sur les Vérités étemelles ; neuf Discours sur les fléaux.
En 1759, le Grand Moyen de la Prière.
En 1760, la Vera Sposa , ou la Religieuse sanctifiée , la Selva , ou le Prêtre sanctifié , V Instruction sur les Missions.
En 1761, la Passion , d'après le récit des Évangélistes ; les Cérémonies de la Messe; Lettre à un religieux sur la prédication apostolique ; la Manière de converser familièrement avec Dieu ; la Conformité à la volonté divine.
11 faut ajouter une cinquantaine d’appendices A ces divers ouvrages.
LA CROISADE Dü SALUT.
et beaucoup de lectures pour composer une œuvre de tradition. Alphonse passa plus de dix ans à extraire des saints Pères et d’une multitude d’auteurs ascétiques les matériaux de ses ouvrages. Avec lui travaillait le jeune Pascal Amendolara, lequel avait succédé au père Ange Ruscigno, mort à la peine. Pascal, ordonné prêtre en 1752, passa depuis tous ses jours à côté du saint fondateur, et succomba bientôt à la fatigue. Courageux comme son vénéré père, mais d’un tempérament moins solide, il mourut en 1758. Comment Alphonse a-t-il résisté au labeur incessant de la composition, le plus épuisant de tous, surtout lorsqu’il se complique d’autres occupations et de soucis sans nombre? c’est le secret de Dieu qui l’avait choisi pour guider les âmes dans la voie du ciel.
Les Œuvres spirituelles nous exposent en effet la doctrine ascétique de notre saint, c’est-à-dire le chemin par lequel il conduit les âmes, non seulement au port du salut, mais même au sommet de la perfection.
D’abord, Alphonse pose en principe que la sainteté n'est point un privilège réservé à certaines catégories de personnes. Tout chrétien peut et doit y prétendre. « C’est une erreur de croire, enseigne-t-il, que Dieu ne nous veut pas tous parfaits. Dieu veut que nous soyons tous des saints , dit saint Paul, mais chacun selon notre état : le religieux comme religieux, le prêtre comme prêtre, l’homme marié dans le mariage, le marchand comme marchand, le soldat comme soldat.. Il est certain qu’en nous appuyant sur Dieu, nous arriverons graduellement, par de constants efforts, là où beaucoup de saints sont parvenus » Conformément à cette doctrine, Alphonse veut que ses missionnaires, après avoir prêché la conversion aux pécheurs, les initient à la vie parfaite. Ils ne doivent jamais quitter le peuple qu’ils ont évangélisé, sans l’avoir formé aux pratiques de la vraie piété, lesquelles affermissent les résolutions prises, font naître et croître l’amour divin dans les cœurs, et assurent ainsi la persévérance. De là, tant de livres de piété adressés à tous les fidèles, et dont Léon XIII a dit : « Saint Liguori a su mettre très habilement les vérités catholiques à la portée de toutes les intelligences, pourvoir & la direction morale de toutes les âmes, et exciter admirablement la piété dans tous les cœurs. Par ses nombreux et doctes ouvrages ascétiques, comme par des charbons ardents, il a entretenu ou ranimé la charité languissante, principalement & l’égard de Notre-Seigneur et de sa très douce Mère, pour qui, au grand avan-