‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 156 sur 227 · Grand Moyen de la Prière, 2e partie, ch. IV · texte numérisé non relu

Grand Moyen de la Prière, 2e partie, ch. IV

LA CROISADE DU SALUT

lui le grand moyen de salut que, parmi les fruits de l'oraison, le principal lui parait être de disposer le cœur à la prière. « Si Ton ne pratique pas l’oraison, dit-il, on pourra bien réciter des prières vocales, mais le plus souvent l’âme distraite prononcera ces prières du bout des lèvres : elles ne viendront pas du cœur. » La prière est nécessaire pour bien faire oraison, et l’oraison à son tour est nécessaire pour bien prier. De là surtout son zèle à établir dans ses missions la pratique de l’oraison mentale, et son ardente campagne entreprise de concert avec Sarnelli afin d’introduire l'oraison dans le monde entier; de là son insistance sur la nécessité de prier dans les tentations, de prier pour demander l’amour de Dieu et la persévérance finale; de là les formules de prières qui abondent dans ses livres ; de là enfin une série de prières à Jésus et à Marie pour demander la grâce de toujours prier, « car, dit-il, je suis assuré du secours de Dieu si je le réclame, mais je puis négliger de le réclamer dans les tentations et perdre ainsi la grâce de Dieu par ma négligence. O mon Dieu! donnez-moi la grâce de prier, une grâce abondante, efficace, qui me fasse prier toujours, et prier comme il faut prier ».

La doctrine spirituelle de notre saint pourrait se résumer dans ce texte d’Isaïe, qu’il cite dans le Grand Moyen de la Prière : Ceux gai mettent leur espérance en Dieu , échangeront leur faiblesse contre la force divine ; ils auront des ailes puissantes comme celles de l' aigle; ils s envoleront vers le ciel sans faiblir jamais . De son rocher solitaire l'aigle contemple sa proie , dit Job : contemplatur ' escam. De même le chrétien dirigé par saint Alphonse se retire chaque matin dans la solitude pour contempler son bien suprême, le Dieu très juste et très aimable. En fixant sa proie, l’aigle conçoit un vif désir de la posséder : il secoue ses fortes ailes et fond sur cette proie. De même le chrétien en oraison sent naître en lui un vif désir d’aimer et de posséder son Dieu ; il secoue les deux ailes de l’àme, l’amour et l’espérance, il exprime à Dieu ses affections, il s'élance vers lui par ses prières : assument pennas ut aquilæ . Et s’il est fidèle à lever ainsi les yeux vers celui d’où vient tout secours, Dieu le soutiendra dans son vol vers la sainte montagne : volabunt et non déficient .

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