‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 155 sur 227 · Nouvelles ecclésiastiques , 17 sept · texte numérisé non relu

Nouvelles ecclésiastiques , 17 sept

2. Le P. Goldhagen, vid. de Triumpho finali, par le P. Nilles, p. 230.

3. Bonus est Deus , sed etiam justus ; nolile Deum ex dimidia parle cogitare .

4. Ego sum misericors et justus , sed peccalores misericordem tantum me existimant.

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que, d'ailleurs, l'enfer n'est pas aussi brûlant qu'on se l'imagine. Le résultat du silence sur les fins dernières et de ces thèses plus dangereuses que le silence, c’est de jeter les âmes dans la présomption, et par la présomption dans la perdition.

Saint Alphonse, lui, croyait que, pour être solide et durable, l’amour divin doit être mélangé de crainte, et procéder d'une notion complète de Dieu, de sa justice aussi bien que de sa bonté. Si l'homme veut triompher de ses passions, surtout au commencement de sa conversion, il doit méditer sur l’amour de son Dieu, et toutefois ne pas oublier la recommandation de T Esprit-Saint : Pensez à vos fins dernières, et vous ne pécherez pas . « Celui qui craint l’enfer, dit saint Bernard, fait tous ses efforts pour n‘y pas tomber; celui qui néglige d’y penser, s’y précipite tète baissée. » C’est pourquoi, conjointement avec ses ouvrages sur l’amour de Jésus- Christ, Alphonse publia sa Préparation à la mort, où se trouvent développées plus de cent méditations sur les vérités éternelles, bien propres à faire trembler, non pas seulement les tièdes et les pécheurs, mais tout chrétien qui connaît sa faiblesse et les dangers du monde. Impossible d'approfondir les pensées de notre saint sur l’importance du salut et le prix du temps que Dieu nous donne pour l’opérer, sur l’abus de la divine miséricorde et le nombre des péchés après lequel Dieu abandonne le pécheur, sur la folie de l'homme qui préfère à Dieu les vanités de ce monde, sur la mort et le désespoir du pécheur à cette heure suprême, sur le jugement, sur l’enfer, sur l'éternité ; impossible, disons-nous, de creuser ces grandes et terribles vérités sans se retourner avec épouvante vers le Dieu de miséricorde pour lui demander le pardon des péchés passés et la grâce de persévérer dans son amour. Ainsi la bonté de Dieu et la crainte de ses jugements conspirent ensemble pour nous attacher à lui.

Mais ce portrait du Dieu juste et bon, comment l’imprimer dans les âmes de manière que, toujours présent à l’esprit, il excite toujours l’amour dans le cœur? Alphonse, fidèle écho de la tradition, répond : par Y oraison quotidienne, qui consiste précisément à prendre tous les matins un temps déterminé pour fixer notre regard sur le Dieu d’amour et nous exciter à l’aimer. Dans la pensée du saint docteur, l’art d’aimer Dieu se confond avec l’art de méditer ou de faire oraison, parce que, dit-il, c’est dans la méditation que l’âme acquiert la connaissance de Dieu et s’éprend d’amour pour lui, selon le mot de l'Écriture : In meditatione mea exardescel ignis . De là l’importance suprême qu’il attachait à la pratique de

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l'oraison mentale. D'après lui, « le chrétien apprend à aimer Dieu par cet exercice comme le soldat apprend à se battre par les exercices militaires. Plus on progresse dans l'oraison, plus on progresse dans la sainteté. L'oraison, c'est la fontaine au centre du jardin. Les eaux bienfaisantes donnent aux fleurs et aux plantes la vie et la fraîcheur. Supprimez la fontaine, les fleurs tombent, les plantes s'étiolent, tout languit et meurt. De même l'oraison fait croître l’amour et les vertus; supprimez-la, l’âme n'est plus qu'une terre sans eau. U est moralement impossible que sans l'oraison l'homme ne tombe pas dans le péché mortel. Au contraire, il est impossible qu'un homme persévère dans l'oraison et vive dans le péché. Avec l'oraison, l'homme se perfectionne chaque jour; sans l'oraison, dit Gerson, il ne peut, à moins d’un miracle, s’élever jusqu'à la vie chrétienne. »>

Mais si l'art d'aimer Dieu se confond avec l’art de méditer ou de faire oraison, il faut donc l'enseigner à tous les chrétiens. C'était tellement la conviction de saint Alphonse que ses Œuvres spirituelles n'ont pour ainsi dire pas d'autre objet. Les ouvrages cités plus haut sont, au moins pour la plupart, des livres d'oraison pratique à l'usage des fidèles, et il est curieux de voir comment ces livres populaires, sans apparat comme sans prétention, sont fondés, tant pour les sujets que pour la méthode, sur les principes les plus profonds de la psychologie naturelle et surnaturelle.

Les méditations d'Alphonse sont divisées en deux parties : la première contient une considération ; la seconde, des affections et des prières . La considération s'adresse à l'esprit : c'est une vue sur Dieu, sur Jésus, sur ses amabilités, capable d'émouvoir le cœur, comme .nous l'avons expliqué dans tout ce chapitre. Mais ce premier point n'est qu'une introduction, et si l'on s'adresse à l'esprit c'est pour arriver au cœur, si l’on contemple Dieu c’est pour l'aimer. « La considération, c'est l'aiguille après laquelle doit venir un fil d'or composé d 'affections, de prières et de résolutions. » Cette observation, le saint la jugeait si essentielle que, dans une circulaire à ses religieux en date du 26 février 1771, il disait : « Je recommande que, pour la méditation, on se serve le plus ordinairement de mes livres. Je dis cela, non pour prôner mes misérables ouvrages, mais parce que ces méditations sont mêlées de pieuses affections et, ce qui importe plus encore, remplies de saintes prières, qu'on ne trouve guère dans les autres livres. »

Ces affections, auxquelles il faut joindre les résolutions et les prières, forment, dans les. livres d'Alphonse, un entretien familier

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avec Dieu, et c'est 1& proprement l'oraison. Mais il ne faudrait pas croire qu'il s’agisse d'affections sensibles ou de sentiments romanesques. Les affections sont des actes de volonté : c'est, par exemple, l'acte d'amour par lequel l'àme se donne à Dieu sans réserve, lui sacrifiant les faux biens qui l'attirent encore; c'est l'acte de contrition, qui lui fait détester par amour pour Jésus-Christ les fautes commises; c'est l'acte de conformité à la volonté divine dans le travail comme dans la souffrance.

Mais pourquoi entremêler les prières aux affections? On ne trouve point généralement cette particularité dans les méthodes d’oraison mentale. Est-ce lacune dans ces méthodes ou superfluité dans celle d'Alphonse? Bien loin qu’elle soit une superfluité, notre saint docteur regarde la prière comme la cheville ouvrière de l'oraison, en ce sens que tous les autres actes ne se font bien qu'avec le concours de la prière. Il faut que Dieu nous aide pour faire comme il faut un acte d'amour, un acte de contrition, un acte de conformité à la volonté divine, et c’est pourquoi la prière est nécessaire. « Il est extrêmement utile, dit Alphonse, et peut-être préférable à toute autre chose, de faire de fréquentes prières dans l'oraison, et de demander à Dieu avec humilité et confiance les lumières dont on a besoin, la résignation, la persévérance, et surtout le don de son amour. » En tète de la Préparation à la Mort , il ajoute : « Je prie le lecteur de ne pas s'ennuyer en m'entendant toujours demander la grâce d'aimer Dieu et de persévérer dans son amour, car ces deux grâces sont les plus indispensables au salut étemel. » Personne n'a insisté comme Alphonse sur le rôle de la prière dans l'oraison. Aussi le père Olivaint, de sainte mémoire, a-t-il écrit dans ses souvenirs de retraite que la lecture des ouvrages de notre saint lui a fait mieux comprendre le rôle prépondérant de la supplication dans l'oraison.

La conclusion logique de tous ces actes, c'est la résolution de nous donner complètement à Dieu par l'accomplissement fidèle de tous nos devoirs, car telle est la vraie pratique de l'amour. A cette résolution générale, l’âme joindra quelque résolution particulière, comme par exemple de combattre tel défaut ou de faire pour plaire à Jésus-Christ tel sacrifice déterminé.

Il est donc vrai de dire que, d'après saint Alphonse, l’art d’aimer Dieu, c'est l'art de faire oraison. Quiconque pratiquera l’oraison selon ces règles deviendra nécessairement un saint, surtout s’il a soin de ne pas laisser s'éteindre durant la journée le feu allumé dans le cœur par ce saint exercice. Pour l'entretenir et le raviver, il

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suffit de jeter de temps en temps un peu de bois dans ce feu par une bonne pensée, un acte d’amour, une courte prière. Alphonse nous donne encore ici les plus utiles enseignements dans son petit livre d’or sur la Manière de converser familièrement avec Dieu, et de nous servir de toutes les créatures pour nous rappeler sa justice et sa bonté. On y trouve les pensées les plus familières au saint auteur, pensées si sublimes que nous ne résistons pas au désir d’en mettre quelques-unes sous les yeux de nos lecteurs.

« Quand vous êtes au lit ou dans votre cellule, dit-il, pensez qu’un jour vous y serez jugé par le Seigneur Jésus. Quand vous voyez porter un mort au cimetière, pensez que vous passerez bientôt par le même chemin. Quand vous voyez le soleil descendre sur l’horizon, pensez qu’à chaque seconde vous descendez la pente qui conduit au tombeau.

« Quand vous entendez les grands du monde s’enorgueillir de leurs parchemins et de leurs trésors, compatissez à leur folie et dites-vous que Dieu suffit. Quand vous voyez un superbe mausolée dressé sur un cercueil, dites-vous : S’il est damné, le pauvre trépassé, ce beau marbre ne le sauvera pas. Quand vous voyez un arbre desséché, rappelez-vous que l’àme sans Dieu n’est que du bois mort destiné à l’enfer.

« Si vos yeux tombent sur un coupable tremblant devant son juge, représentez-vous l’effroi du pécheur comparaissant devant son Dieu. Quand vous tremblez de frayeur aux grondements du tonnerre, pensez à l’épouvante des damnés quand passe sur eux l’ouragan des vengeances divines.

« Quand règne sur l’océan le calme ou la tempête, figurez-vous une âme dans la grâce ou la disgrâce de Dieu. A la vue d’une fournaise ardente, rappelez-vous, pauvre pécheur, que vous mériteriez d’ètre plongé pour l’éternité dans l’ablme de feu. Quand le ciel vous apparaît tout constellé d’étoiles, pensez qu’un jour vous jouirez là-haut des divines splendeurs si dès ici-bas Dieu règne dans votre cœur.

« Quand vous traversez des jardins en fleurs, des campagnes verdoyantes, des plages enchantées, songez aux ineffables délices que Dieu réserve à ceux qui l’aiment. Quand vous voyez les ondes des torrents se précipite!* du haut des montagnes pour s’unir aux flots de l’océan, coures, vous aussi, vous jeter dans le sein de Dieu. Quand à votre oreille arrive le gazouillement des oiseaux chantant à leur manière les louanges du Seigneur, que votre cœur fasse aussi monter vers lui l’hymne de l’amour.

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« Si par hasard quelque objet vous rappelle un de vos péchés, renouvelez aussitôt votre acte de repentir et vos promesses d’éternelle fidélité. Quand vous voyez le chien fidèle lécher la main qui lui présente un morceau de pain, proposez-vous d’aimer toujours le Dieu qui se donne à vous en nourriture. Quand vous voyez monter les flammes d’un brasier, désirez que de votre cœur s’élèvent vers Dieu autant de flammes d’amour.

« A la vue d’une étable, d’une crèche, représentez-vous l’enfant Jésus sur la paille de Bethléem. Si vous cheminez dans une plaine aride, pensez au divin Enfant traversant les déserts de l’Égypte. Quand vos yeux s’arrêtent sur une scie, une hache, un rabot, reportez-les sur l’humble apprenti de Nazareth.

« Quand vous voyez des cordes, des épines, des clous, réfléchissez aux tourments de Jésus dans sa douloureuse passion. Quand vous suivez un tendre agneau conduit à la boucherie, suivez par la pensée Jésus montant au Calvaire. Quand vous voyez un autel, un calice, la grappe ou l’épi mûrissant au soleil de Dieu, pensez à l’amour de Jésus au très saint Sacrement de l’autel. »

Ainsi les choses visibles élèvent continuellement l’âme vers les choses invisibles et l’aident à produire de temps en temps les mêmes affections que dans l’oraison du matin, affections courtes et vives que nous appelons oraisons jaculatoires, parce qu’elles nous tirent un instant de nos occupations pour nous relancer vers Dieu.

Cette dernière considération nous conduit au dernier mot de notre saint docteur sur l’art d’aimer Dieu et de persévérer dans son amour. L’oraison bien pratiquée inspire à l’âme des actes intérieurs très sanctifiants et des résolutions généreuses, parfois même héroïques; mais ces résolutions, il faut les tenir, cette pratique même de l’oraison, il faut la continuer malgré les difficultés et les tentations. Or l’homme, surtout avec sa volonté affaiblie et inclinée au mal, ne peut produire ces actes de vertu ni persévérer à gravir cette pente escarpée du sacrifice sans le secours de la grâce divine. L’art d’aimer Dieu doit donc finalement nous mettre en main le moyen sûr d’obtenir ce secours divin sans lequel l’âme ne saurait ni faire oraison ni pratiquer ses résolutions. C’est ici qu’Alphonse achève de nous instruire par son ouvrage capital Le Grand Moyen de la Prière .

Pour montrer l’importance qu’il attache à cette question, il suffit de citer quelques lignes de son introduction : « J’ai publié, dit-il, divers ouvrages spirituels, mais je ne crois pas en avoir écrit de plus utile que celui-ci. Je voudrais qu’il me fût possible d’en impri-

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mer autant d'exemplaires qu'il y a de chrétiens sur la terre, afin d’apprendre à tous la nécessité absolue de prier pour faire son salut. Cette nécessité absolue de la prière, je la vois enseignée avec insistance dans tous les Livres saints et dans tous les écrits des Pères. D’un autre côté, je vois les chrétiens oublier ce moyen de salut, et, ce qui m’afflige le plus, les prédicateurs et les confesseurs négliger d’en parler à leurs auditeurs ou à leurs pénitents. Les livres spirituels qu’on met entre les mains des fidèles n’insistent pas sur ce point. Or tous les prédicateurs, tous les confesseurs, tous les livres, ne devraient rien inculquer avec plus de chaleur que l’obligation de prier. Dn recommande plusieurs excellents moyens pour se conserver dans la grâce de Dieu, par exemple la fuite des occasions, la fréquentation des sacrements, la résistance aux tentations, la méditation des vérités éternelles ; mais, je le demande, à quoi servent tous ces moyens sans la prière, puisque le Seigneur, comme il l’a déclaré, ne veut accorder ses grâces qu’à celui qui prie : Petite et accipietis. Sans la prière, selon la conduite ordinaire de la Providence, nos méditations, nos résolutions, nospromesses, resteront inutiles. Nous serons infidèles à nos engagements les plus sacrés, parce que, pour les tenir, le bon propos ne suffit pas : il faut le secours actuel de Dieu, qui s’obtient par la prière. Lisez donc ce livre avec toute l’attention qu’il mérite, non point parce qu’il est mon œuvre, mais comme un grand moyen de salut que le Seigneur vous présente. Et quand vous l’aurez lu, ayez la charité de le faire lire à vos amis et â toutes les personnes avec lesquelles vous êtes en relation. »

Le saint développe sa thèse sur la nécessité de la prière en commentant le texte de Notre-Seigneur : « Il faut prier toujours, opovlet aemper orare ». Il faut prier toujours, parce que, dans l’ordre de notre salut, nous ne pouvons rien faire sans un secours actuel de Dieu, comme l’Écriture le dit expressément. Jansénius enseigne qu’il y a des commandements dont l’observation est impossible, même aux justes, dans notre élat actuel de déchéance, et cette proposition pourrait s’entendre dans un sens orthodoxe, mais il ajoute : « La grâce qui les rendrait possibles leur fait défaut », et c’est cette propositon hérétique qui l’a fait condamner. « Non, Dieu ne commande rien d’impossible, affirme l’Église avec saint Augustin, mais en nous imposant ses commandements, il nous avertit de faire ce que nous pouvons, et de demander le secours plus puissant dont nous avons besoin pour agir en certains cas. Si nous demandons ce secours, il supplée à notre impuissance. »

D’après ce texte de saint Augustin, que le concile de Trente s’est

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approprié, il y a des choses faciles et que nous pouvons faire avec la grâce ordinaire qui est donnée & tous les hommes, mais il y en a d'autres difficiles, vu la faiblesse de notre nature, et que nous ne pouvons accomplir sans un secours extraordinaire de Dieu. Parmi ces œuvres difficiles, il faut ranger les luttes que nous avons à soutenir contre la concupiscence , contre le monde et contre le démon pour observer les commandements de Dieu. Certaines tentations sont tellement fortes que, sans le secours de la grâce puissante que les théologiens appellent efficace par elle-même (ab intrin seco), l'homme est dans l'impossibilité morale d’y résister. Saint Alphonse insiste fortement sur la nécessité de cette grâce triomphante, par laquelle Dieu non seulement excite l’âme à vouloir, mais encore, sous la pression des motifs d’amour, d’espérance ou de crainte qu’il lui inspire, la détermine à vouloir infailliblement, bien que librement, ce qu’il veut lui-mème.

Or ces grâces efficaces, sans lesquelles l’homme ne résiste pas aux tentations, ne sont nullement des grâces communes à tous. Si elles étaient données à tous, aucun homme ne se perdrait puisque ces grâces obtiennent infailliblement leur effet. Hais, parce que Dieu est la bonté même et qu’il veut sauver tous les hommes, il a donné à tous un moyen sûr et infaillible d’obtenir ces grâces nécessaires au salut : c’est de les demander. De là cette parole du concile de Trente : « Dieu ne commande rien d’impossible : il vous avertit de faire ce que vous pouvez (avec les grâces ordinaires) et de demander les grâces extraordinaires, sans lesquelles en certains cas vous vous trouvez dans l’impuissance d’agir, et il vous donnera le supplément de force qui vous manque ».

Il s’ensuit que la prière est nécessaire pour se sauver, non seulement de nécessité de précepte et parce que Notre-Seigneur nous en a fait une obligation, mais de nécessité de moyen et parce que, suivant sa Providence ordinaire, Dieu n’accorde ses grâces efficaces qu’à celui qui les demande. Alphonse cite à l’appui de cette vérité une longue série de preuves tirées de l’Écriture, des Pères et des conciles, lesquelles reviennent toutes à cette parole de saint Augustin : « Dieu veut donner ses grâces, mais il ne les donne qu’à celui qui les demande : Deus dcu'e vult , sed non dat nisi petenii . »

Voici donc deux choses également vraies : Dieu veut que l’homme, humilié devant lui, reconnaisse son impuissance et implore le secours de sa grâce; mais si l’homme prie sincèrement, Dieu exauce sa prière : Demandez, et vous recevrez . — Dieu est fidèle , dit saint Paul, il tiendra ses promesses . Il ne permettra pas que vous soyez

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tenté au-delà de vos forces , mais au moment de la lutte il vous donnera le secours nécessaire pour remporter la victoire . De ces deux vérités Alphonse tire cette double conclusion que tout chrélien doit méditer : « Celui qui prie se sauve certainement, celui qui ne prie pas se damne certainement. »

Telles sont, d’après le saint docteur, les lois providentielles du salut. Dieu veut le salut de tous les hommes. Il est vrai que les grâces efficaces nécessaires au salut ne sont pas données immédiatement à tous, mais la grâce de prier, moyennant laquelle on obtient la grâce efficace, est accordée à tous, même aux plus endurcis, aussi longtemps qu’ils vivent sur la terre. — Des théologiens ont prétendu que l’homme n’a pas toujours le pouvoir réel de prier, et que de fait il ne priera jamais sans qu’une grâce efficace l’y détermine, grâce qui n’est pas donnée à tous. Saint Alphonse combat de toutes ses forces cette doctrine au nom de l’Écriture et des Pères, et surtout au nom de l’espérance chrétienne. Nous sommes tenus d’espérer avec une ferme confiance que Dieu nous accordera sa grâce en ce monde et sa gloire dans l’autre. Or si Dieu n’accorde sa grâce qu’à la prière, et si je n’ai pas toujours le pouvoir de prier réellement, en d’autres termes s’il me faut attendre pour prier une grâce efficace qui n’est pas donnée à tous, comment puis-je faire l’acte d’espérance? — Je ne pourrai faire qu’un acte conditionnel : j’espère faire mon salut si vous me donnez la grâce efficace. Si nous n’étions pas certains, dit Alphonse, que Dieu nous donne à tous la grâce de pouvoir prier actuellement sans avoir besoin pour, cela d’une grâce spéciale et non commune à tous, personne au monde, à moins d’une révélation particulière, ne pourrait espérer le salut comme on doit l’espérer1.

Le lecteur trouvera peut-être que nous nous sommes trop étendu sur les Œuvres spirituelles de notre saint, et particulièrement sur sa doctrine de l’oraison, de la grâce et de la prière ; mais il faut remarquer que la vie d’un saint doit faire ressortir avant tout sa note caractéristique. Or on pourrait définir saint Alphonse en trois mots : c’est l’homme, c’est le docteur, c’est l’apôtre de la prière. Dans sa conduite, il a résolu le problème, en apparence insoluble, de prier toujours en travaillant toujours. Dans aucune de ses prédications il ne manque de recommander la prière, et dans toutes les missions ses religieux doivent faire un sermon sur la nécessité de la prière. La prière était tellement pour

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