‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 158 sur 227 · Sant' Alfonso poeta, page · texte numérisé non relu

Sant' Alfonso poeta, page

LA CROISADE DU SALUT

lent, parmi tant d’autres, les Ambroise, les Paulin, les Grégoire le Grand, les Anselme, les Bernard, les Thomas d’Aquin. Ses poésies sont moins célèbres dans l’histoire de la littérature que celles de ses devanciers, non qu’elles leur soient inférieures, mais parce que, destinées au peuple et par conséquent écrites en italien, elles n’ont pu être introduites dans la liturgie. Les fidèles connaissent ces poésies et les aiment. Les jeunes filles, les femmes chrétiennes, les répètent encore, soit dans les églises, soit dans les campagnes, où les chants religieux s’harmonisent si merveilleusement avec les riantes et simples beautés de la nature1. »

L’œuvre poétique de notre saint se compose de quarante à cinquante pièces lyriques composées à diverses époques et réunies en 1774 sous le titre de Cantiques spirituels, Canzoncine spirituali. L’auteur écrivit sous l’inspiration du moment, mais son but fut toujours le même : enflammer les âmes de l’amour divin en leur communiquant le feu sacré qui brûlait son propre cœur; c’est pourquoi ce chapitre n’est qu’une annexe du précédent. Alphonse donnait une forme poétique, plus imagée et par là-même plus émouvante, aux sentiments qu’il exprimait dans ses livres de méditation, et les faisait ainsi pénétrer au foyer comme à l’atelier, dans les campagnes aussi bien que dans les cloîtres.

Trois dons caractérisent le vrai poète : l’inspiration, l’imagination, l’expression. C’est à ce triple point de vue qu'il faut juger notre auteur.

L’inspiration vient du cœur. Le poète chante l’objet de son amour, son excellence, sa beauté, sa bonté. S’il aime une créature, il en fait un être supérieur à tout ce qui existe, un dieu ou une déesse qu’il adore. C’est le poète profane, c’est Virgile, c’est Horace, c’est Pétrarque. S’il aime Dieu, c’est David exaltant Jéhovah sur les hauteurs de Sion, et de ce côté de la croix, le séraphique François et la séraphique Thérèse aux pieds de Jésus, lui disant l’amour dont leur cœur est enivré. Alphonse est un de ces poètes séraphiques qui ne connaissent d’autre muse que la divine charité. 11 écrit au sortir d’une extase ou de quelque oraison fervente. Son cœur déborde, et a besoin d’exhaler son amour.

Le poète ne se contente pas d’énoncer ses pensées : il veut les peindre, ut pictura poesis . Il évoque toutes les images que la nature peut fournir pour représenter son idéal et les sentiments qu’il lui inspire. Cela est surtout vrai pour le poète chrétien qui con-

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