Lettre du 3 juillet
RENAISSANCE
Scala nourriture et vêtements; mais il n’y est question ni de famille, ni de parents, ni d’étrangers. On ne pense qu’à Dieu et à sa volonté sainte. Plus de répliques : Dieu vous veut, non vicaire de paroisse, mais membre de l’institut du Saint-Sauveur. Dieu est le père de toutes les âmes, non seulement de Castellamare, mais de tous pays, car toutes sont rachetées par le sang de Jésus- Christ. >»
Trois fois en quinze jours il renouvela ses pressantes sollicitations, mettant pour ainsi dire l’épée dans les reins du pauvre don Joseph. « A-t-on jamais entendu dire, s’écriait-il, qu’un fils renonce à la perfection pour s’occuper de sa mère, lorsque cette mère est entourée de nombreux enfants! » Et comme don Joseph, poussé à bout, répondait : « C’est imppssible : quand on ne peut pas, on ne peut pas! » Alphonse répliqua : « Quand on ne veut pas, on ne veut pas. Du reste, ajouta-t-il, je n’insisterai pas davantage, car si vous entrez dans nos rangs, il faut que ce soit de votre plein gré. » Don Joseph ne savait pas vouloir; il resta le fidèle ami d’Alphonse, l’admirateur de son institut, l’auxiliaire de ses missions, mais jamais il n’eut le courage de quitter sa mère,., ni Castellamare. Hélas! que d’hommes en ce monde, appelés à la vie religieuse, préfèrent à Dieu, comme don Joseph Cerchia, leurs parents et leur pays!
lTn autre postulant tout à fait inattendu frappait à cette même époque à la porte du couvent : c’était ce Vincent Mandarini, qui venait d’en sortir avec éclat trois mois auparavant pour fonder un institut à sa convenance. Au fond, Mandarini ne pouvait s’habituer à vivre sans notre saint, qu’il aimait de tout son cœur et dont il admirait les héroïques vertus. Le 3 juin, six semaines après leur séparation, il lui écrivait déjà : « Je vous prie de réclamer mon concours toutes les fois que vous croirez en avoir besoin. Je ferai tout mon possible pour vous être utile. Bien que séparés de corps, nous resterons toujours, je l’espère, unis d’esprit et de cœur. » Alphonse ne répondit pas à ces avances, non par ressentiment, mais par crainte de désorganiser de nouveau sa communauté. Alors Mandarini, repentant de sa faute; lui demanda positivement sa réintégration dans l’institut. Pour un homme au cœur brûlant comme celui d’Alphonse, impatient de voir accourir sous sa bannière une pléiade d’ouvriers évangéliques afin de les lancer à la conquête des âmes, il faut avouer que la tentation était grande, car Mandarini entraînerait sans doute après lui tous ses compagnons. Mais la recommandation du cardinal Pignatelli revint à l’esprit du saint fondateur, et il resta sourd à toutes les sollicitations. Falcoia se
APOTRE ET FONDATEUR
montra du reste également opposé à cette fusion l. « Je suis heureux de savoir, écrivait-il, que don Vincent désire rentrer dans vos rangs, mais je ne crois pas qu’il faille exaucer son vœu. Je considère, au contraire, cette scission comme un bienfait de Dieu. Je leur souhaite toutes sortes de bénédictions et de prospérités, surtout la grâce de travailler efficacement au règne de Dieu, mais qu’ils suivent leurs voies, et nous, suivons les nôtres. Nous ne marchons pas dans des sentiers qui puissent leur plaire. » Ces refus, nous le verrons bientôt, n’empècheront pas Mandarini, toujours attiré vers Alphonse, de remuer ciel et terre pour rentrer dans l’institut.
Dieu avait donc en quelques mois changé les dispositions des déserteurs et si bien comblé les vides créés par leur déport, qu’Alphonse dut, en prévision de nouvelles recrues, se transporter de l’hospice des sœurs, devenu trop étroit, dans une maison voisine, appelée la casa d'Anastasio. Ce nouveau logis n’était guère plus somptueux que le premier. Tannoia, qui l’a visité, nous en a laissé la description. « Cette habitation, dit-il, consistait en quatre pièces fort étroites dans chacune desquelles quatre lits devaient trouver place. La principale chambre n’avait que dix-huit palmes de long sur quatre de large. Alphonse la transforma en un oratoire, au milieu duquel un crucifix tout sanglant, peint par lui-même, excitait tellement la pitié qu’on ne pouvait le considérer sans verser des larmes. Une sorte de catacombe de seize palmes carrés servait d’église. On y éleva un autel, qu’ Alphonse décora de son mieux au moyen de fleurs artificielles. N’ayant pas de tabernacle, il dut placer le saint Sacrement dans un espèce de coffret orné de rubans et de drapeaux de soie. Malgré son extrême pauvreté, cette chapelle inspirait la dévotion et le recueillement. » C’est dans cette grotte de Bethléem qu’ Alphonse et ses compagnons, aussi heureux que les bergers de la crèche, passaient une partie de leurs nuits, ne prenant qu’un peu de repos sur la terre nue au pied du saint Sacrement.
Dès lors la régularité la plus parfaite régna dans la communauté. Nous possédons encore le règlement, ou l’ordre des exercices, tracé par Alphonse au mois d’août 1733. On y trouve pour chaque jour, chaque mois et chaque année, tout le détail des observances insérées plus tard dans la règle et les constitutions, en particulier les trois méditations quotidiennes, l’office divin récité en commun, les trois heures de silence de l’après-midi en l’honneur des trois heures d’a-