‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 57 sur 227 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LES SOLITAIRES DE CIORANI

Travail de sanctification. — Les neuf solitaires. — Résolutions d’un supérieur. — La retraite de quarante jours. — Nouvelle Thébaïde. — Courses apostoliques. — Pèlerinage au couvent. — La pluie miraculeuse. — Un soulèvement. — Le chevalier de la Porta Nuova. — Deux déserteurs. — Le vœu de persévérance. — Le jaune porte-étendard.

Jamais œuvre ne fut plus traversée que l'œuvre de notre saint. Ses premiers compagnons l'abandonnent, ses novices désertent l’un après l'autre, ses meilleurs sujets ne trouvent pas moyen d'arriver au sacerdoce, ses maisons s’écroulent après quelques années. Et l’avenir ne parait pas plus rassurant que le passé. Devantluise dressent toujours les barrières du droit canonique, l'opposition intéressée d’une partie du clergé, et les lois persécutrices que prépare dans l’ombre le despotisme régalien. Il semblait qu'en pareille circonstance la prudence commandât de ne pas lutter plus longtemps contre l’impossible et de ne pas courir au-devant d’un échec certain; mais l’amour, dit Y Imitation, ne connaît pas d'impossibilité. Alphonse aime le peuple, et le peuple désire la parole du salut comme le cerf altéré désire l’eau des fontaines; Alphonse aime Jésus, et le Dieu rédempteur lui crie de sauver les âmes rachetées par son sang : confiant en Dieu, il n’abandonnera pas sa sublime vocation, mais plus ferme encore que le juste d’Horace, il avancera sans crainte à travers les ruines, impavidum ferient ruinæ .

Loin de considérer la perte de ses deux premières maisons comme un désastre, il y vit une nouvelle grâce, car en rétrécissant le champ de bataille, Dieu lui procurait l’inappréciable avantage de concentrer la petite troupe qui combattait sous ses ordres. « 11 nous ‘faudra réfléchir mûrement, écrit-il à Falcoia, avant d’accepter de chétives fondations. Notre petit nombre exige que nous

APOTRE ET FONDATEUR

soyons réunis. Dieu a permis les dernières épreuves, et c’est ce qui me console, parce que nous étions trop dispersés. Là où les sujets ne sont pas assez nombreux, j’en ai fait la triste expérience, l’observance se relâche, la ferveur se refroidit, la persévérance est en danger. Qu’un père s'absente du chœur pour prêcher ou confesser, ce qui arrive fréquemment, il n’y a plus d’office en commun. Les exercices de piété, les retraites même se font difficilement. Les conférences domestiques, les chapitres, les récréations perdent leur attrait. Je vous assure que tout cela mérite considération L » Il résolut donc de mettre à profit ces quelques années de concentration forcée pour affermir ses sujets dans la vie religieuse.

Heureusement la nouvelle maison de Ciorani, son unique refuge, pouvait abriter tous les exilés. On n'avait encore construit qu’une aile du couvent, mais le bâtiment contenait assez de cellules pour y installer la petite communauté, et au besoin quelques novices et retraitants. A côté de la maison s’élevait une modeste chapelle, qu’ Alphonse bénit au mois de juillet 1738. Il y plaça le saint Sacrement, le Dieu de son cœur, et la statue de Marie, sa tendre Mère. Dès lors c'est dans ce pieux oratoire qu’il exerça son ministère : c’est là qu'affluèrent les pénitents, non seulement de Ciorani, mais des pays les plus lointains. Depuis deux ans, confiant dans son zèle et sa prudence, l’archevêque de Salerne l’avait investi de ses pouvoirs pour tout l’archidiocèse, de sorte que, dit Tannoia, « la petite chapelle de Ciorani devint bientôt une autre basilique vaticane ».

Cette organisation matérielle facilitait singulièrement l’observance régulière. Le moment était donc venu de travailler, tout en continuant les missions, à la sanctification des sujets, afin de faire de ces premiers membres de l’institut des colonnes assez fortes pour résister aux vents et aux tempêtes. Falcoia sous ce rapport pensait comme Alphonse : « Il faut rentrer au nid, lui écrivait-il, pour fortifier ses ailes, afin de pouvoir prendre son essor sans danger. Mieux vaut former de bons missionnaires que de prêcher beaucoup de missions et de produire des fruits chétifs et sans saveur, au détriment de la plante peu enracinée. Vous avez entre les mains une œuvre sublime, une œuvre divine, qui produira dans l’Église de très excellents fruits, frutti grandissimi . Faites bien ce que vous faites; dévouez-vous entièrement à cette œuvre -. »

Du reste, l’acier était de bonne trempe et ne demandait qu’à

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