‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 64 sur 227 · Établi par lui & Castellamare · texte numérisé non relu

Établi par lui & Castellamare

APOTRE ET FONDATEUR

vaisseau des chrétiens sans tirer un coup de fusil. Plus forte qu’une armée rangée en bataille, Marie avait sauvé l’évêque et ses compagnons. C’est devant cette Madone vraiment miraculeuse que Falcoia voulait mourir, c’est ce trésor de son cœur qu’il léguait à ses fils bien-aimés.

'Le saint vieillard fit alors ces dernières recommandations. « Hier, écrivait Sporlelli au père Villani, en nous bénissant et en nous promettant un éternel souvenir, Monseigneur nous a brisé le cœur. Il s'est mis à fondre en larmes, lui que jamais je n’avais vu pleurer, puis il nous a dit : « Aimez Jésus-Christ de tout votre cœur; aimezle en vérité, et non en paroles. Par amour pour lui, aimez le prochain, et travaillez non seulement à son salut, mais à sa perfection. Oh! quelle belle chose que la perfection! »

Il n’oublia pas à cette heure solennelle ses filles de Scala. On lui rapporta que l’une d’entre elles avait manifesté le désir qu’il lui apparût après sa mort. « Si je lui apparais, dit-il, ce sera pour lui rappeler ainsi qu’aux autres ce que j’ai tant de fois répété sur l’imitation de Jésus-Christ, sur l’observance des règles, et sur l'obligation de tendre à la perfection. » Alors, avec des larmes dans les yeux, il ajouta : « En les tirant du monde pour les transplanter au couvent, je n’ai pas eu d’autre intention que de les pousser à l’imitation de Jésus dans sa vie et dans sa mort. A mon dernier soupir ces sentiments sont encore les miens et m’accompagneront dans l’éternité! » Alphonse, alors en mission, ne pouvant assister aux derniers moments de son père spirituel , avait chargé Sportelli de lui demander une grâce : c’était de le recommander tout spécialement à la sainte Vierge aussitôt qu’il paraîtrait devant elle dans le paradis. Sportelli communiqua au moribond cette requête. Au nom d’Alphonse et de Marie, le saint vieillard, attendri, jusqu’aux larmes, s’écria par trois fois : « 0 ma Mère, ô ma Mère, ô ma Mère! »> Il implorait sans doute la Vierge bénie pour celui dont il disait, quelques mois auparavant, aux membres de l’Institut : « Priez bien pour don Alphonse afin que Dieu lui accorde force et lumière! »

Quelques jours avant la fête de Pâques, on crut que le dernier moment était arrivé, mais il revint à lui. « Dieu veut prolonger votre pénitence, » lui dit Sportelli. « Non, répondit le malade en levant les yeux au ciel, il prolonge ses miséricordes. » Et, se tournant vers Sportelli, il ajouta : « Dieu prolongera aussi votre patience, et vous récompensera des peines que vous vous donnez pour moi. » Le 20 avril 17^2, Falcoia expira doucement, les yeux fixés sur l'image de Marie. Il était âgé de quatre-vingts ans.

. MORT DE FALCOIA.

Les habitants de Castellamare pleurèrent la mort de leur saint évêque comme on pleure la mort d’un père. Après les funérailles, pour se conformer aux dernières volontés du défunt, les chanoines déposèrent son cœur à la cathédrale, et l’un d’eux, Mathieu Criscuoli, natif de Scala, aidé de quelques compatriotes, se préparait à transporter le corpschez les religieuses du Saint-Sauveur, quand tout à coup, des hommes, des femmes et des enfants, armés de bétons et de pierres, firent irruption dans l’église afin de s’opposer à l’enlèvement du cadavre. Le chanoine et ses gens eurent beau objecter le testament de l'évêque : on se jeta sur eux, et ils furent obligés de s’enfuir pour n’être pas mis en prison. Les jours" suivants, des hommes armés gardèrent le cercueil jusqu’au moment où, de guerre lasse, les autorités religieuses le firent descendre dans un caveau de l’église. Encore le peuple exigea-t-il qu’on recouvrit la tombe d’une énorme pierre pour empêcher toute autre tentative d’enlèvement. Cinq ans plus tard, l’évêque Milante, son successeur, ayant préparé dans la cathédrale un nouveau sépulcre aux évêques de Castellamare, on y déposa les précieux restes. A l’occasion de cette translation, don Joseph Cerchia, ce prêtre qu’ Alphonse avait voulu naguère agréger à la congrégation, détacha de la main trois petits ossements tout à fait desséchés, avec l’intention d’offrir cette relique au Conservatoire des enfants. Or la personne qui la portait soigneusement enveloppée dans un linge, sentit tout à coup sa main s’échauffer et constata que de ces ossements dénudés sortait un sang frais et vermeil, qui, après avoir trempé l’enveloppe, découlait sur ses doigts. Dieu voulait sans doute, dit Tannoia, authentiquer par ce prodige la sainteté de son serviteur.

On comprend quelle fut la douleur d’Alphonse en apprenant la mort de son père spirituel, de celui qui durant plus de dix ans l’avait guidé et soutenu à travers les difficultés de la fondation. Afin de perpétuer le souvenir de ses vertus, il écrivit, assure l’évêque Milante, un mémorial de sa sainte vie; mais ce travail, pour lequel il avait réuni beaucoup de documents, ne fut point livré à l’impression. 11 apprit aux siens à vénérer l’homme de Dieu comme il le vénérait lui-même. Dans la maison des rédemptoristes de Nocera, à côté des portraits d’Alphonse et de ses premiers compagnons, figure encore aujourd’hui un ancien portrait de l’évêque de Castellamare, sur lequel on lit cette inscription : « Si vous demandez pourquoi l’image de Mgr Falcoia se trouve en ce lieu, c’est parce que, dans les premiers temps de la congrégation, quand notre révérend père Alphonse-Marie de Liguori établissait sa grande œuvre au mi-

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lieu des contradictions, Mgr Falcoia fut constamment son directeur et son soutien. »

La disparition de celui auquel il était habitué de soumettre toutes ses idées et tous ses actes obligea le saint fondateur k réfléchir sur l’état précaire de l’institut. Au fond, les membres qui en faisaient partie ne constituaient pas une congrégation, mais une simple réunion de quelques prêtres séculiers, groupés autour de lui pour travailler au salut des Ames et s’initier à la vie religieuse, qu’ils voulaient embrasser. Persuadé que l’heure était venue de donner à cette matière, suffisamment travaillée, la forme religieuse qui lui manquait encore, Alphonse résolut, en s’appuyant sur les règles acceptées, de provoquer la nomination d’un chef définitif, entre les mains duquel lui et ses confrères prononceraient les vœux de religion.

D’après les dispositions de la règle sur le gouvernement, le recteur majeur ou supérieur général devait être élu à vie par un chapitre général. A lui ensuite de nommer les recteurs locaux, mais pour trois ans seulement. Un mois après la mort de Falcoia, le saint convoqua tous les pères à Ciorani afin de les constituer en chapitre pour donner une tête à l’institut. San6 se prévaloir de son titre de fondateur, il se mit au rang de tous ses confrères, se déclarant le dernier et le plus incapable de tous. Au fond de son cœur, il espérai thien qu’on aurait pitié de sa faiblesse, et qu’un autre, plus sage et plus fort que lui, Sportelli par exemple, serait chargé du gouvernement.

Le chapitre se réunitau commencement demai 1843. lise composait des cinq membres qui avaient fait ensemble le vœu de persévérance : Alphonse, Sportelli, Mazzini, Rossi et Villani, auxquels s’étaient adjoints Paul Cafaro et Bénigne Giordano, nouvellement agrégés à l’institut. Le 6 mai, après la messe du Saint-Esprit, eut lieu l’élection du père qui devait présider les sessions. Contre toute attente, Sportelli fut nommé président, ce qui remplit de joie le cœur d’Alphonse, car cette élection lui semblait de bon augure pour celle qui allait suivre. Sa joie ne fut pas de longue durée. Comme certains pères, par pitié pour lui, pensaient à le décharger du pouvoir, Sportelli fit un discours sur l’obligation de ne considérer dans l’élection du recteur majeur que la gloire de Dieu et le plus grand bien de la congrégation. « Sans doute, dit-il, vous avez tous l’esprit de Dieu et le talent voulu pour exercer dignement la charge suprême, mais parmi les étoiles qui brillent au firmament, il en est de diverses grandeurs. » Et il les envoya se prosterner devant le saint Sacrement pour demander grâce et lumière afin de nommer le plus digne. A la reprise de la séance, toutes les voix se portèrent sur Alphonse, excepté la sienne.

MORT DE FALCOIA.

Malgré ses excuses et scs supplications, il dut s’incliner devant le chapitre, ou plutôt devant la volonté de Dieu clairement manifestée. Il disait plus tard en toute vérité : « Je n’ai accepté cette charge que par obéissance »

Tous les saints se ressemblent en humilité. Deux cents ans auparavant, en 1540, Ignace de Loyola réunissait à Rome ses premiers compagnons à l’effet d’élire le chef de la société dont il était le fondateur. Il obtint tous les suffrages, excepté le sien, mais il se montra si surpris et si affligé de ce choix, il insista tant et si bien sur son impuissance et son indignité que ses compagnons consentirent à renouveler l’élection. Nommé une seconde fois à l’unanimité, il n’accepta pourtant la charge de préposé général qu'après une obédience de son confesseur. Ainsi, à deux siècles de distance, les saints se retrouvent dans les mêmes sentiers, à la suite de celui qui vint au monde non pour commander mais pour s’anéantir et obéir.

Après l’élection, tous les membres de l’institut firent leur profession religieuse. Le recteur majeur émit ses voeux entre les mains du chapitre, puis feçut en qualité de supérieur général l’acte de profession de tous les pères et frères. Non seulement ils s’imposèrent les trois vœux ordinaires de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, mais encore ils s’engagèrent à se transporter dans les pays infidèles, partout où les enverrait le recteur majeur ou le souverain pontife. Ils ajoutèrent un cinquième vœu, celui de n’accepter ni dignité ecclésiastique, ni office, ni bénéfice, à moins d’y être contraints par la volonté formelle du pape ou du supérieur général. La congrégation du Saint-Sauveur devenait, à partir de ce jour, un corps religieux, non encore approuvé par l’Église, mais susceptible de l’être quand il aurait pris assez de consistance et de développement pour mériter cet honneur.

Dans la session suivante, comme dans les chapitres complémentaires, on s’occupa des règles et constitutions, dont la rédaction était déjà fort avancée. L’imitation de Jésus-Christ au moyen des douze vertus, avaient servi de base et de cadre aux divers articles de la règle. Mais de ces premiers linéaments il fallait tirer toute la réglementation relative aux vœux, aux emplois, aux missions, au gouvernement de la congrégation et de chaque maison en particulier. Durant les dix années écoulées, Alphonse n’avait point cessé de travailler à cette œuvre difficile sous la direction et avec l’aide de Falcoia. Dès le mois de mars 1733, il lui écrivait : « Je vous en-

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