Lettre du roi Charles 111 sur le concordat, 26 mai
APOTRE ET FONDATEUR
ridiction du pape? Si le gouvernement n’eût voulu que le redressement des abus provenant de la multiplicité des couvents ou de l'excessif développement des biens de mainmorte, il fût entré en arrangement avec le Saint-Siège sur ce point comme sur les autres. La vérité, c’est que les régalistes, sous prétexte d’abus, cherchaient un moyen de détruire les congrégations et de confisquer leurs biens; et comme ils désespéraient de trouver un pape assez conciliant pour autoriser leurs attentats, ils décidèrent « qu’il appartient à la couronne, en vertu d’un droit inhérent à la souveraineté, de créer ou d’abolir les ordres religieux, selon qu’il les juge utiles ou nuisibles à l’État ».
11 était donc évident qu’en demandant au roi de créer par son approbation un nouvel institut religieux, Alphonse allait directement contre la politique bien connue du gouvernement napolitain; mais, pour triompher de la raison d’État, il comptait sur la piété de Charles 111, son zèle pour le salut de ses sujets, et sa bienveillance envers les missionnaires du Saint-Sauveur, surtout depuis les missions de la Pouille. Sans doute Tanucci froncerait le sourcil, mais dans le conseil royal il se trouvait des catholiques, comme Brancone, dont J’avis contrebalancerait l’influence du sinistre marquis. Et puis il fallait compter sur Dieu , qui tient dans sa main les cœurs des rois et de leurs conseillers.
Vers la mi-juin, il se rendit à Naples pour entamer cette grave négociation. Il était accompagné du frère Tartiglione, et il y fut bientôt rejoint par le père de Robertis, dont les connaissances juridiques pouvaient lui être utiles». Comme d’habitude, il logea non au palais des Liguori, mais chez un gentilhomme de ses amis, Jean Olivieri, dont nous avons raconté la conversion. Vingt ans auparavant, comme il confessait froidement de nombreux et énormes péchés, Alphonse lui dit avec véhémence : « Vraiment, pour être un turc, il ne vous manque que le turban. Quel mal vous a donc fait Jésus-Christ pour que vous le traitez de la sorte? » Ces paroles percèrent le cœur du pauvre pécheur, « Je me mis à pleurer, racontait-il plus tard à Tannoia, et je pensai mourir de douleur. » Dès ce moment, Jean Olivieri, pénitent et ami d’Alphonse, vécut comme un saint jusqu’à sa mort. Receveur au département des finances, il se serait fait scrupule de détourner une obole, tandis que les principaux officiers étaient convaincus d’avoir volé au trésor plus de cent mille ducats ; sa sœur Angela tenait sa maison et rivalisait avec lui de piété et de vertu. Tous deux se dirigeaient par les conseils d’Alphonse, et se faisaient une fête de le recevoir
UN GRAVE ÉCHEC
lors de ses voyages à Naples. Leur maison devint sa maison de Béthanie, et il les affectionna comme Jésus aimait Lazare et ses sœurs. Quand son ami fut sur son lit de mort, Alphonse alla le consoler. « Je n’aurais pas entrepris ce voyage pour l’archevêque de Naples, lui dit- il, mais je ne puis laisser mourir Jean Olivieri sans l’assister à ses derniers moments. » Angela survécut à son frère ainsi qu’à notre saint. Un soir qu’elle pleurait ces chers défunts, Alphonse lui apparut environné d’une clarté toute céleste. Cette vision dissipa sa tristesse, et dès lors, comme Marie de Béthanie, Angela ne fit plus qu’aspirer au ciel, où l’attendaient son frère et son saint directeur. C’est dans de pieux entretiens avec ces âmes d’élite que chaque soir, durant son long séjour à Naples, Alphonse viendra se consoler des tribulations de la journée.
Ses premières visites furent pour le ministre Brancone et le cardinal Spinelli. Tous deux lui donnèrent quelque espoir, mais tous deux s’accordèrent à lui conseiller, s’il ne voulait pas aller au-devant d’un échec certain, de ne pas faire mention des vœux de religion dans la supplique et l’exposé des règles qu’il devait présenter au roi. Comme il ne s’agissait que d’une formalité civile, Alphonse se rendit à cette observation ; toutefois il remplaça le vœu de persévérance par le serment, afin de ne pas relâcher, même extérieurement, les liens de conscience qui unissaient les sujets à la congrégation. « J’ai dû agir ainsi, écrit-il à Mazzini, tellement on a peur ici de nous voir fonder un ordre religieux. Continuez de prier : il s’agit d’une affaire de la plus haute importance, mais il faut que Dieu nous aide1. »
Quelques jours après, Alphonse fut admis à l’audience du roi. Après lui avoir représenté le but particulier de l’institut et les nécessités spirituelles dans lesquelles se trouvaient les pauvres habitants des campagnes, il lui proposa de donner l’approbation royale à l’institut et d’autoriser ses diverses maisons à se constituer en congrégation au même titre que les établissements de Saint-Vincent de Paul. Le roi, touché de son zèle, accueillit avec bienveillance la pétition et l’exposé des règles. « Ces pièces, dit-il, seront transmises au grand-aumônier, lequel fera un rapport au conseil d’État sur la question. » Il y eut toujours deux hommes en CharleslII, le catholique et le régaliste. « Le roi se fait de notre œuvre une haute idée, écrivait Alphonse à Mazzini, mais le fantôme d’un institut nouveau l’épouvante, et c’est pourquoi, avant de se prononcer, il veut avoir