Lettre du 4 juillet
APOTRE ET FONDATEUR
l’avis du grand-aumônier et du conseil. Sa Majesté cependant comprend si bien l’importance de nos missions qu’elle demandera au pape de’ lui céder quelques-uns de ces couvents déserts, si nombreux aujourd’hui, pour les mettre à notre disposition1. »
De l’audience royale Alphonse passa au cabinet du grand-aumônier, pour solliciter de ce prélat un rapport favorable. M8* Galiano, c’était le nom de ce prélat, le reçut avec amabilité mais sans enthousiasme. Bien que religieux lui-même, de l’ordre des célestins, il avait épousé les idées du jour et les préventions de la cour contre la création d’ordres nouveaux. Il croyait, selon les préjugés du temps, que tous les corps de l’État, civils ou religieux, sont dans la main du roi, qui leur donne l’existence ou la mort par un acte de son omnipotence. Le saint lui expliqua le but particulier de l’institut et les motifs qui en démontraient la nécessité. « C’est un fait, lui dit-il, que, malgré les travaux évangéliques des missionnaires de Naples et d’autres villes, un grand nombre de communes rurales sont privées de secours spirituels. On en trouve dont les habitants n’ont pas eu de mission depuis vingt et trente ans, et qui ne connaissent pas même les principaux mystères de la foi. Il était donc urgent de créer une congrégation comme celle des pères du Saint- Sauveur pour évangéliser les villages, instruire les pauvres, remédier aux mauvaises confessions, et consolider ensuite le bien opéré par des retours fréquents au milieu de ces peuplades abandonnées2. »
Le grand-aumônier promit de tenir compte de ces considérations quand l'arrivée à Naples d’un nouveau solliciteur vint compliquer la situation, déjà si difficile. C’élait le fameux Mandarini qui, instruit des démarches d’Alphonse et appuyé par de hautes influences, accourait auprès du grand-aumônier pour lui proposer la fusion des deux instituts et leur approbation simultanée. Désespérant d’obtenir du saint fondateur une réunion qu’il demandait en vain depuis quinze ans, il espérait ainsi la lui imposer de force. Le prélat se laissa circonvenir, embrassa la cause de Mandarini, et mit Alphonse dans l’alternative de consentir à la fusion ou de voir sa supplique rejetée. Ce dernier eut beau représenter les inconvénients d’un tel amalgame d’éléments contraires, plus propres à dissoudre les deux congrégations qu’à les unir : Galiano ne voulut rien entendre. Placé ainsi entre deux maux, l’union avec Mandarini qui lui semblait dangereuse et le refus d’approbation qui lui paraissait mortel, il
t. Lettre du 22 juillet.