‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 136 sur 222 · Voir plus haut la lettre du marquis de Sambuca · texte numérisé non relu

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LE SOLITAIRE DE NOCERA

Dieu. II se revêtit de ses habits violets, se couvrit de cendres, et, la corde au cou, se dirigea, suivi de ses religieux, vers l’église paroissiale pour y planter une grande croix. Comme le trajet était assez long, on le força de faire en voiture la moitié du chemin ; mais, en dépit de toutes les instances, il fît à pied l’autre moitié, soutenu par ses deux serviteurs.

Toute la ville assistait à cette touchante cérémonie. L’église ainsi que la place étaient encombrées de monde. Le saint vieillard voulut profiter de l’occasion pour exhorter les pécheurs au repentir. Afin que la foule pût l'entendre, on transporta la chaire à la porte de l’église, et comme il ne pouvait y monter, il y fut porté sur les bras des fidèles. Là, pendant plus d’une heure, il s’éleva contre le péché mortel qui non seulement offense Dieu mais attire sur toute une population les plus épouvantables châtiments. « Mon Jésus a raison de nous châtier, s’écria-t-il, nous l’avons mérité; je l’ai mérité plus que tout autre ; mais, ô mon Dieu, ayez pitié de ces innocents, ayez pitié de ces pauvres petits. » Hommes, femmes et enfants, les yeux pleins de larmes, se frappaient la poitrine en demandant pardon à Dieu de leurs péchés. Le soir même tous les tribunaux de la pénitence étaient assiégés.

Le ciel paraissait insensible aux prières de ce peuple affligé. Huit jours se passèrent sans la moindre variation de l’atmosphère. Alphonse priait toujours et recommandait de ne pas cesser de prier. Le mai, qui était le lundi de la Pentecôte, il rentrait en voiture de sa promenade accoutumée, lorsque, arrivé près de la maison, il ordonna tout à coup au cocher de rebrousser chemin et de le conduire dans une église dédiée à Marie. En le voyant descendre de voiture et entrer dans cette église, la foule accourut pour y prier avec lui. Le saint fit exposer l’image de la Madone, et exhorta les assistants à recourir avec confiance à sa protection toute-puissante. Puis, après avoir prié quelque temps en silence, se retournant vers la multitude, il ajouta d’un ton plein d’assurance : « Continuez de vous recommander à la Madone, confessez-vous et communiez cette semaine : dimanche vous aurez de la pluie. » La prédiction se répandit aussitôt dans la ville et les environs.

Toute la semaine le ciel conserva son implacable sérénité. La journée du dimanche n’amena aucun changement, et déjà l’on disait que pour cette fois le saint avait été mauvais prophète, quand soudain, vers le soir, une révolution s’opère dans l’atmosphère, en un instant le ciel se couvre de nuages, et la pluie tombe en si grande abondance que toutes les campagnes en sont inondées.

AVANT L’ORAGE

Les prières du serviteur de Marie étaient exaucées, et l’hosanna populaire retentit longtemps à sa gloire au sein des cités comme dans les campagnes. La ville de Naples fut aussitôt instruite du prodige, et peu de jours après, l’abbé Nonnotte en connaissait tous les détails, qui de Naples avaient été transmis à Paris L Quant à Thomme de Dieu, en voyant tomber la pluie, il dit tout confus à ceux qui l’entouraient : « Ils vont encore prendre pour une prophétie la promesse que je leur ai faite, mais c’est tout simplement une parole qui m’a échappé : je ne suis nullement prophète. »

Trois mois plus tard, le 10 août 1779, la communauté de Pagani fut témoin d’un autre prodige, qui montre mieux encore peut-être la puissance d’Alphonse sur le cœur de Dieu. Depuis quelque temps le Vésuve, qui se dresse juste en face de Pagani, lançait des laves enflammées sur le territoire d'Ottoiano. Tous les environs étaient dans la consternation. Un soir en particulier, les flammes s’élevaient à une telle hauteur qu’on pouvait craindre la plus épouvantable des catastrophes. Des fenêtres d’un corridor les pères contemplaient ce grandiose mais terrifiant spectacle. « Saisi d’horreur, raconte le père Dominique Corsano, je courus à la cellule du serviteur de Dieu et le conjurai de venir voir ce qui allait se passer. 11 vint en effet, s’approcha de la fenêtre, et recula d’épouvante en disant par trois fois : « Jésus, Jésus, Jésus! » Alors, en ma présence, il fit un grand signe de croix dans la direction de la montagne, et, à l’instant même, l’immense tourbillon de feu et de flammes s’abîma dans le cratère 2. » Le frère Léonard fait exactement la même déposition : « Le frère Romito, dit-il, Alexis Pollio et moi, nous conduisîmes le saint vieillard près d’une fenêtre pour voir la flamme qui s’élançait du Vésuve à une hauteur prodigieuse. Il fit un signe de croix, et la flamme disparut à l’instant : nous ne vîmes plus que de la fumée 3. »

Ainsi Dieu voulut exalter son serviteur devant les grands, devant le peuple, devant ses propres enfants. Mais, hélas! à ces quelques mois de faveur devaient succéder les plus terribles épreuves. C’était le calme qui précède les violents orages, l’oasis où la Providence permet au voyageur de se réconforter un instant avant de s’engager dans les sables du désert, ou plutôt c’était le triomphe éphémère du Christ avant les douleurs de l’agonie. En pensant aux événements qui vont suivre, nous voudrions clore ici l'histoire de

1. Voir Tannoia, livre IV, c. xii. — (Process. Summarium, n. 31, § 16, 17, 54.)

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