‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 135 sur 222 · Lettres à Remondini, 21 octobre et 17 novembre · texte numérisé non relu

Lettres à Remondini, 21 octobre et 17 novembre

AVANT L’ORAGE

auteur qui n'a pas créé son système d'un seul jet, mais qui a mis trente ans, comme il le dit lui-même, à le composer et à le perfectionner. Or dans ces dernières éditions, plus clairement encore que dans les précédentes, il enseigne l'équiprobabilisme le plus exclusif. « On est obligé, dit-il, de suivre l'opinion qui approche de la vérité, et par conséquent on ne peut en aucune manière suivre l'opinion moins probable. Quant à l'opinion équiprobable, on peut la suivre parce que, en cas d'équiprobabilité, la loi devient strictement douteuse, et par conséquent n'oblige pas. » Il n’est pas possible de réprouver plus clairement d'une part le probabiliorisme, qui déclare illicite l’usage de l’opinion également probable, et de l'autre le probabilisme, qui déclare licite l'usage de l’opinion moins probable. « Plus je pèse les raisons qui appuient mon sentiment, dit-il en terminant sa dissertation sur ce sujet, plus elles me paraissent convaincantes. Aussi ne changerais-je que si l’Église décidait le contraire, auquel cas, bien entendu, je soumettrais mon jugement à celui de l’oracle infaillible. » Le saint auteur a donc maintenu jusqu'à la mort son système du juste milieu malgré les opposants de droite et de gauche, et finalement forcé les régalistes eux-mêmes à reconnaître, avec le marquis de Sambuca, que « ses missionnaires répandaient partout les principes de la saine morale, c'est-àdire les plus propres à former de bons citoyens et de bons chrétiens1. »

Dieu voulut évidemment, après tant d’épreuves, donner quelques jours de joie à son serviteur. Ses ennemis disparaissent ; la cour lui accorde ses faveurs ; sa congrégation acquiert une situation moins précaire ; sa Théologie morale , si longtemps calomniée, semble triompher de ses détracteurs. Afin de signaler encore davantage à l’admiration de ses concitoyens l’humble solitaire de Nocera, Dieu permit qu’en cette même année 1779 un éclatant miracle révélât à tous la puissance de son intercession.

Depuis près de six mois la ville de Nocera était en deuil, car pendant tout ce temps le ciel, devenu de bronze comme aux jours d’Élie, n’avait pas donné une goutte d’eau. Si la sécheresse se prolongeait quelque peu, c'était la perte de la récolte, et la famine pour un grand nombre. Le peuple pleurait en pensant à l’avenir, et Alphonse pleurait sur les péchés du peuple, qui sont la cause de pareils fléaux. Un dimanche, c’était le 15 mai, il entreprit, malgré sa faiblesse, une procession de pénitence pour fléchir la colère de

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