‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 165 sur 222 · Lettre du 18 août · texte numérisé non relu

Lettre du 18 août

LE SOLITAIRE DE NOCERA

qu'il regardait comme son ennemi parce qu’il travaillait ouvertement à la réunion, fut nommé son premier consulteur à l'unanimité des voix. Autre disgrâce : ayant réussi à faire accepter par le chapitre certaines dérogations à la règle, par exemple d'ouvrir des collèges d'instruction secondaire, de prêcher des carêmes, et d'autres nouveautés qui lui étaient chères, le pape, sur le rapport et le vœu de la sacrée congrégation, refusa de sanctionner toute disposition contraire aux règles et constitutions1.

A partir du chapitre de 1785, l'infortuné François de Paule comprit que sa position devenait très critique et se prit à désirer la réunion autant et plus que ses sujets, ainsi que saint Alphonse l'avait prédit. Une quatrième maison établie à Cisterna, dans le voisinage des marais Pontins, menaçait de périr après un an d'existence. Ses novices et ses jeunes profès, trop facilement admis, l’affligeaient par de nombreuses désertions. Un certain Fazzano, qu’il avait reçu à la profession presque sans épreuve, et qu'il fut obligé d'expulser, recourut contre lui au roi de Naples et l'accusa d’avoir divisé la congrégation du Très Saint-Rédempteur en dénonçant au pape ceux qui s’étaient soumis au règlement, d’avoir accepté dans son noviciat des sujets napolitains que les lois empêchaient d'ordonner, et de tirer l'argent du royaume au profit des maisons pontificales. Pendant le cours d’une enquête ordonnée à ce sujet, François de Paule se vit, lui et ses religieux, menacé par la cour de Naples du bannissement perpétuel. Six ou sept des anciens pères l’abandonnèrent pour rentrer dans les maisons du royaume. Les deux communautés de Bénéventet de Saint-Ange travaillaient activement à se remettre sous le gouvernement d'Alphonse et de Villani. Ajoutez à cela des difficultés très graves avec les évêques, qui, depuis la dispense du titre patrimonial, refusaient d'ordonner ses sujets et même de leur donner des lettres dimissoriales. Il n’en fallait pas tant pour abattre un supérieur et lui mettre au cœur un violent désir de déposer son fardeau.

Les lettres de François de Paule datées de cette époque sont pleines d'aspirations à la réunion. Pour vaincre les obstacles, il s'adressa au cardinal Banditi, au nonce Caleppi, qui négociait un concordat avec la cour de Naples, au coadjuteur Villani, à Tannoia, le plus ardent promoteur de la paix. « Je ne désire que l'union, écrivait-il. Je la désire pour mon repos, car je n’en puis plus. Oh!

1. Quoad moderationem regulæ et constitutionum , rejecit instantiam jujcta votum S. Congregationis. Rescriptum S. Congr. Episcopet Reg. de die 14 sept. 1787.

TROIS PROPHÉTIES

Dieu le veuille, Dieu le veuille! Ulinam! Mais j’ai bien peur qu’à cause de mes péchés ce beau jour de T union ne se lève pas pour moi. Dites bien à tous là-bas (pie je suis prêt à donner cent fois ma démission L » Comme les négociations traînaient en longueur, il se décourage. « J’espérais, écrit-il à Tannoia, me voir bientôt déchargé du poids qui m’écrase, mais cet espoir s’affaiblit, ce qui me cause une profonde mélancolie 2. » Et dans son impatience, il ajoutait trois mois plus tard : « Eh bien , que faites-vous donc? A quoi en est l’union? Est-ce le temps de s’endormir, de se croiser les bras ou de s’occuper de bagatelles? Levez-vous donc et consolezmoi en me donnant quelque bonne nouvelle3. »

Qui n’admirerait l’esprit prophétique du saint vieillard de Pagani? « Les fauteurs les plus acharnés de la division, avait-il dit cinq ou six années auparavant, feront l’impossible un jour pour rétablir l’union. Mais ils devront, ajouta-t-il, se résigner à la volonté de Dieu. » Et en effet François de Paule porta quelques années encore son très lourd fardeau. Il avait vingt fois affirmé au pape que le règlement, même amendé par les serments, était inacceptable, que les pères de Naples, Alphonse à leur tête, avaient manqué de respect à l’Église en s’y soumettant, et que par conséquent il fallait les rejeter du sein de la congrégation. Envisagé comme il l’avait dépeint au pape, le règlement se dressait comme un obstacle perpétuel à l’union, et François de Paule devra traîner sa chaîne aussi longtemps que subsistera cet obstacle. Mais quand donc se lèvera ce jour de la réunion si ardemment désiré? Écoutons notre saint lisant dans l’avenir.

Bien des fois il s’entretint avec ses religieux de cette malheureuse division, et toujours il la considérait comme une épreuve passagère, mais dont lui-même ne verrait pas le terme. « Conduisezvous bien envers Dieu, disait-il, et Dieu n’abandonnera pas la congrégation. Après- ma mort, toutes les difficultés disparaîtront. » Un jour il ouvrit tout son cœur au père Cardone : « J’ai beaucoup désiré, lui dit-il, voir cesser ces divisions avant de quitter ce monde. Je l’ai demandé et le demande encore tous les jours à la bonne Vierge, mais cela n’entre pas clans les desseins de Dieu. La réunion se fera, mais seulement après ma mort. » En effet, comme nous le verrons bientôt, trois ans après la mort du saint, et sans nul doute grâce à sa puissante intercession auprès de Dieu, le roi

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