‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 2Chapitre 164 sur 222 · Lettre du 16 août · texte numérisé non relu

Lettre du 16 août

TROIS PROPHÉTIES

irritation. En prescrivant au futur chapitre d’élire les supérieurs, le pape n’avait nullement eu l'intention de déposer les autorités existantes. Il avait seulement atténué la force du bref qui assurait la perpétuité aux membres du gouvernement afin de laisser le chapitre entièrement libre de procéder à l’élection des supérieurs, comme le voulait la règle1. »

Il n’y avait pas à regimber contre un décret pontifical, mais Leggio se dit que, moyennant un peu d’adresse, tout n’était peut-être pas perdu. Le chapitre ne devait se réunir qu’en octobre : il avait tout le mois de septembre pour combiner ses plans. En sa qualité de procureur, sous prétexte de faciliter les opérations du chapitre et de prévenir de graves difficultés, il obtint de la sacrée congrégation certaines modifications au mode d’élection établi par la règle, se réservant du reste de ne les manifester qu’en cas de nécessité.

Les capitulaires, au nombre de vingt, se réunirent à Scifelli le 15 octobre. Après les formalités ordinaires, ils procédèrent immédiatement à l’élection du recteur majeur. Comme de cette première autorité dépend le bon gouvernement de la congrégation, la règle établit avec sagesse que, pour être élu, le recteur majeur doit réunir sur son nom les deux tiers des suffrages, et non pas seulement la majorité absolue. Or, au premier scrutin, François de Paule n’obtint que treize voix, ce qui ne suffisait pas pour l’élection. Au second scrutin treize voix encore, et l'on allait procéder au troisième quand Leggio se leva et lut le décret de la sacrée congrégation sollicité par lui quinze jours auparavant, lequel, dérogeant aux dispositions de la règle, « statuait que pour cette fois la majorité absolue des suffrages suffirait pour rendre l’élection valide. » — « François de Paule était donc élu dès le premier scrutin, ajouta le procureur, et si j’en ai laissé faire un second, c’était dans l’espoir qu’on serait arrivé au nombre de voix déterminé par la règle. » Le chapitre n’avait qu’à s’incliner. Son président demanda pour la forme si tous reconnaissaient l’élection comme canonique, et l’on répondit affirmativement ; mais s’il avait demandé ce que chacun pensait de ce coup de théâtre, il eût sans doute obtenu de singulières réponses.

Le chapitre fit sentir à François de Paule que sa nomination, obtenue par de tels moyens, l’avait complètement discrédité. Quand il s’agit d’élire le procureur général, Leggio, son aller ego , recueillit en tout quatre malheureux suffrages. Au contraire, le père Cajone,

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