QUE LA SEULE OPINION ÉQUIPROBABLE
Deux lettres écrites à cette époque prouvent l’importance qu’il attachait à son système. La première est adressée à l’un de ses religieux. « Quand l’opinion est certainement plus probable, dit-il, je regarde comme illicite l’usage de l’opinion opposée; mais soutenir qu’entre deux opinions équiprobables on doit suivre la plus sûre, c’est être tutioriste. Gardons-nous de ces deux excès. Avec leur système rigoureux, les tulioristes font beaucoup de mal. En suivant l’opinion moins probable connue comme telle, les probabilistes causent aussi la perte de beaucoup d’âmes, car il y aura toujours plus de confesseurs laxes que de confesseurs rigides. Pour moi, je ne regarde pas l’opinion moins probable comme vraiment probable, car la loi est alors moralement promulguée2. » La seconde lettre, adressée au père Villani, son vicaire général dans le gouvernement de la congrégation, est plus expressive encore : « Je n’oserais pas donner la juridiction, dit-il, au sujet qui voudrait suivre l’opinion reconnue moins probable. Je vous prie de le faire savoir à tous nos frères. Je ne parle pas des opinions particulières, parce que chacun les apprécie selon son jugement; mais quant au système général, je veux qu’on le suive, afin que nos confrères n’embrassent pas un véritable laxisme 3. »
Il ne lui restait plus qu’à insérer dans une nouvelle édition de sa Théologie morale une dissertation qui comprendrait les résultats de ces trois années de travaux sur l’équiprobabilisme, et mettrait ainsi la théorie en parfait accord avec les solutions pratiques qu’il avait adoptées. Il la composa en 1767 et la fit insérer en tète de la sixième édition. « Cette dissertation, écrivait-il à Remondini, paraîtra tout à* fait originale, à cause de ma réponse à Patuzzi. Ses objections y sont tellement pulvérisées que, de l’aveu même de ses partisans, il ne s’en relèvera pas. Je ne dis pas cela pour me louer, mais pour remercier Dieu qui m’a donné de répondre victorieusement à tous ses sophismes. La matière est donc parfaitement