CHAPITRE XI
CONSTITUTIONS LIGUORIENNES
État de la congrégation. — Le vicaire général Villani. - Histoire du P. Melchionna. — Morts en odeur de sainteté : Spera, Riccardi, Lauri, Vincent Buonopane, Melaccio, Minervino, Margotta. — Un renégat. — Chapitre général. -- Les vingt capitulaires. — Débats préliminaires. — Approbation des constitutions. — Une extase du saint. — Circulaire sur l'observance.
L'année 1764 fut vraiment pour Alphonse l’année des travaux forcés. Comme si les embarras de la disette, les visites pastorales, les ordonnances, les compositions littéraires, la lutte avec Patuzzi, n’eussent pas suffi pour l’accabler, le père Villani vint lui rappeler une échéance qui réclamait toute sa sollicitude. Neuf ans s’étaient écoulés depuis le dernier chapitre général, et, d’après la teneur de la règle, un nouveau chapitre devait avoir lieu en cette année 1764. A lui de le convoquer sans délai pour soumettre à la sanction des capitulaires les constitutions de l’institut et achever ainsi l’organisation de la grande œuvre de sa vie. Du reste, son absence prolongée avait laissé un grand vide. Il était bon qu’il reparût au milieu de ses frères avec le prestige de son autorité et de sa sainteté pour ranimer leur ferveur et les affermir dans l’observance régulière.
Son éloignement de Pagani n’avait rien changé au régime de la congrégation. Le père Villani, son vicaire général , dont nous avons admiré, à l’occasion de l’approbation des règles, la prudente simplicité, se montra durant ces deux années à la hauteur de sa lourde tâche. De leur côté les sujets, bien que regrettant leur père, vénéraient dans son vicaire le saint religieux et le représentant de l’autorité. A l’issue de la visite canonique des maisons, celui-ci écrivait en octobre 1762 la circulaire suivante : « J’ai eu
pendant le cours de cette visite la consolation de constater dans tous les sujets un vif désir de voir l’esprit de la congrégation fleurir de plus en plus, en écartant ce qui pourrait l’altérer ou le pervertir. Tous, à mon extrême confusion, m’ont témoigné une entière confiance et la plus franche cordialité, bien que je sois le plus misérable de tous mes frères. Cet accueil de votre part fait que je me sens plus d’amour encore pour chacun de vous, et plus de courage pour promouvoir, avec l’observance régulière, la prospérité de notre chère congrégation. » 11 recommandait ensuite la fidélité aux actes communs , le silence , la fuite du monde , et notait les moindres fissures par où le mal aurait pu s'infiltrer.
De fait, Villani fut un excellent vicaire général, très dévoué à ses sujets et très soumis à son supérieur. De son côté, Alphonse se gardait bien de le contrecarrer, même quand il ne partageait pas sa manière de voir. Au lieu de commander, il manœuvrait alors habilement pour l’amener à penser comme lui. C’est ce qu’il fit, par exemple, à l’occasion du père Melchionna, dont les étourderies nous sont déjà connues.
Bouillant, impétueux, emporté jusqu'à manquer de respect à ses supérieurs, ce jeune neveu du consulteur Ferrara avait déjà failli faire naufrage plusieurs fois, lorsque, en 1764, s’étant rendu à Naples pour affaires de famille, il resta quelque temps chez ses parents contrairement à un ordre du père Villani. Alphonse, l’ayant appris, ordonna au coupable en vertu de la sainte obéissance de rentrer immédiatement à Pagani. Le jeune homme s’exécuta, mais il trouva Villani et la plupart des consulteurs très irrités de sa désobéissance et décidés à l’exclure de la congrégation. Seuls son oncle Ferrara et le père Cimino s’opposaient à cette mesure, qui leur paraissait excessive. Alphonse était aussi d’avis que, tout en infligeant à Melchionna une punition sévère, il fallait sauver la vocation d’un jeune homme rempli d’excellentes qualités, dont la fougue se calmerait avec l’àge, et qui certainement rendrait de grands services. Cependant il ne voulait pas froisser Villani qui, vu l’incartade et les défauts du sujet, ne manquait pas de raisons pour l’expulser. Il remplit très habilement, en cette occasion, le rôle de médiateur.
Le père Cimino plaidait auprès de lui la cause de son client : « J’ai compassion du pauvre Melchionna, répondit-il, mais le père Villani ne me parait pas disposé à céder. Je l’ai prié de me communiquer les avis de tous les consulteurs, j’ai même exposé mon propre sentiment, c’est-à-dire que, si le sujet s’humilie, il convient d’user avec lui de clémence. » En même temps, il pressait Melchionna
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de faire toutes les soumissions possibles : « Votre lettre m’a consolé et attendri, écrivait-il, mais votre conduite, il faut l’avouer, est vraiment sans excuse. Vous vous êtes humilié, dites- vous, devant le père vicaire, mais écrivez-lui une lettre plus soumise et plus humble encore, et demandez pardon de votre manque de respect. Le père Villani remplit la charge de supérieur : vous ne deviez pas l’oublier. Si vous vous humiliez vraiment, je n’en doute pas, Dieu vous fera miséricorde. Quant à moi, je ne puis agir contre le gré de mes consulteurs. »
Le jeune homme s’humilia profondément, Alphonse parlementa doucement, si bien que Villani ne parla plus d’exclusion ; il voulut cependant que Melchionna refit toute une année de noviciat, ce qui paraissait encore excessif. L’oncle Ferrara se plaignit au recteur majeur de cette exigence désespérante : « Un peu de patience, mon cher Jérôme, répondit-il, la peine est un peu dure et nous tâcherons de l’adoucir, mais il faut ménager la chèvre et le chou. Je ne puis pas dégoûter le père Villani de sa charge en lui faisant jouer le rôle d’un soliveau, d’autant plus que votre Melchionna a eu de grands torts à son égard. » Melchionna dut accepter purement et simplement la pénitence imposée, et peu à peu Alphonse amena Villani et les autres consulteurs à se relâcher de leur sévérité. Pour expier le scandale donné, on décida finalement que le coupable demanderait pardon à toute la communauté, puis serait admis à renouveler ses vœux; que trois fois par semaine pendant un mois, il prendrait son repas assis par terre au milieu du réfectoire; et qu’ enfin il serait transféré de Pagani à Caposele. Grâce à cette prudente charité d’Alphonse, le jeune écervelé persévéra dans sa vocation, devint un religieux modèle, un missionnaire selon le cœur de Dieu, et mourut plein de mérites en 1803, après avoir vécu cinquante ans dans la congrégation.
11 est facile de voir, par cet exemple, que, malgré toutes les Donnes volontés, l’éloignement du recteur majeur et son remplacement par un vicaire devaient à la longue occasionner des tiraillements, engendrer des mécontentements, et nuire plus ou moins à l’esprit d’union et d’obéissance. Cependant on ne s’en aperçut guère pendant ces premières années, et l’institut continua à prospérer sous le gouvernement, sévère parfois, mais généralement paternel du père Villani. Les quatre maisons du royaume continuèrent les travaux des missions avec le même entrain et le même succès. Le seul reproche qu’on pût adresser aux recteurs, c’était de charger leurs sujets de travaux excessifs « Vos hommes ne sont
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pas de fer, disait avec raison le père Villani, et de plus ils ne sont pas confirmés en grâce. S’ils sont toujours dehors, vous ruinerez leur corps et leur Ame. » La maison de Girgenti n’avait que cinq ou six missionnaires, qui parcouraient sans relâche les villes et les campagnes. Chaque année, une escouade, composée de pères empruntés à toutes les maisons, s’en allait pour six mois en Calabre évangéliser les montagnards. Les évêques demandaient à grands cris de nouvelles fondations. La moisson était mûre ; mais, outre les décrets régalistes, la pénurie d’ouvriers empêchait de faire la récolte. Bien que le noviciat, alors à Saint-Ange, comptât de nombreux candidats, les nouveaux profès ne pouvaient guère que combler les vides produits par les défections, et surtout par la mort qui enleva coup sur coup huit des meilleurs sujets de l’institut.
En lisant la vie de ces vrais disciples du Rédempteur, on se dit que bien sainte devait être la mère qui éleva de tels fils, la congrégation qui envoyait au ciel de tels saints. C’est d’abord un jeune homme de trente ans, ce même Spera qui, un jour, séduit par Muscari, voulut quitter l’institut. Détrompé, comme nous l’avons vu, il revint aussitôt se jeter aux pieds d’Alphonse, continua ses études avec la piété d’un ange, n’ayant qu’une seule crainte, la crainte d’offenser Dieu. Poitrinaire, il se traîna lentement et doucement vers le tombeau, sans plaintes ni regrets, heureux d’aller rejoindre au ciel Jésus, le seul objet de son amour. Il quitta cette terre le 18 mars 1763. — En décembre de la même année, Sébastien Riccardi, autre jeune père d’une trentaine d’années, d’un zèle si ardent qu’on le comparait à saint François Xavier, mourut en pleine mission à Huro, épuisé par le travail et les austérités. — Un mois après, le frère Antonio Lauri, l’émule du bienheureux Gérard, fut enlevé de ce monde à l’âge de quarante ans. Humble jusqu’à l’excès, il se délectait dans les emplois les plus vils. Tous les jours il se flagellait si cruellement que des caillots de sang restaient collés à ses chairs. L'injure et le mépris faisaient ses délices. Un jour un misérable le souffleta : vite Antonio se jeta à genoux et présenta l’autre joue. Sa grande dévotion c’était d’assister à la messe. Le dernier jour de sa vie, le père Mazzini célébra le saint sacrifice dans sa chambre. Au moment où il revêtait les habits sacerdotaux : <c Mon père, dit-il, ne perdez pas de temps, ou bien je mourrai avant d’avoir reçu la sainte communion. » Il reçut son Dieu quand déjà la mort décomposait son visage, et il s’en alla faire son action de grâces au ciel.
Nos lecteurs n’ont pas oublié le jeune Vincent Buonopane qui,
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peu d’années auparavant, voulant entrer comme son frère Fabius au noviciat de Ciorani, s’en trouvait empêché par son père. Alphonse était apparu un matin & ce père obstiné : « Dieu vous demande votre second fils, lui dit-il, ce sera un saint. » Et Vincent devint un saint, un autre Louis de Gonzague, au noviciat et pendant ses quelques années d’études. D’une pureté angélique, il se mortifiait comme le dernier des pécheurs. Un de ses conovices écrivait à son frère : « Disciplines sanglantes, cilices, chaînes de fer, herbes amères, jeûne au pain et à l’eau les vendredis et les samedis : rien n’était trop rude ni trop amer pour lui. Avec cela travailleur infatigable, toujours prêt à rendre service; il s’en allait chantant : « 0 monde, tu n’es plus rien pour moi. » Doué d’un esprit élevé et pénétrant, la théologie l’attirait par sa grandeur et sa beauté. Avec sa vie mortifiée, l’étude et l’application usèrent en peu de temps sa frêle enveloppe. » Bientôt la phtisie amaigrit son beau visage. Son père voulut l’emmener à Naples pour consulter un médecin : « Frère, dit Vincent à un ami, le bon Dieu me chasse de ma cellule à cause de mes péchés; priez pour moi. » Il se prosterna, baisa la terre, et se releva en disant : « Que la sainte volonté de Dieu soit faite! » Quelques jours après, le 22 février 1764, il expirait doucement dans les bras du père Ferrara. Il n’avait que vingt et un ans, mais il était de ceux que le ciel envie à la terre.
Deux mois après, s’éteignait à Pagani le père Melaccio à l’âge de trente ans. Venu tout jeune dans la congrégation, aussi distingué par ses talents que par sa piété, Melaccio fut un grand prédicateur. De sa voix tonnante il épouvantait les pécheurs les plus endurcis. Quand il prononçait l’acte de contrition, ses accents lamentables retentissaient dans les cœurs comme la voix même de Dieu. Après quelques années de continuelles fatigues, des flots de sang s’échappèrent un jour de sa poitrine pendant qu’il excitait son auditoire au repentir et depuis lors il descendit à pas précipités vers la tombe, « heureux, disait-il, de mourir en donnant son sang et sa vie pour l'amour de Jésus-Christ ». Le saint fondateur le consola dans ses souflrances par cette lettre vraiment paternelle : « Mon cher fils, Dieu sait la peine que m’a causée la nouvelle de votre maladie, mais je me résigne à sa sainte volonté. Résignez-vous de votre côté, et jetez-vous tout entier dans les bras de ce Dieu de bonté qui vous arrache à cette mer orageuse du monde par amour pour votre âme. Vous mourez dans la congrégation : consolez-vous, votre salut est assuré. A quoi sert de vivre sinon pour se disposer à bien mourir? Est-il rien de plus beau que d’en finir avec le péché et le péril de perdre Dieu? Quand donc
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la pensée de la mort viendra vous attrister, dites-vous : « Dieu me retire du monde, c’est ce qu’il y a de mieux pour moi. Qui sait si, en vivant plus longtemps, la tête ne me tournerait pas comme à tant d’autres? » Courage donc, cher élu de Dieu! S’il vous appelle à l’autre vie, ne manquez pas de me recommander à la Madone, à cette bonne Mère que je prie maintenant pour vous. Du reste, si vous faites avant moi le voyage de l’éternité, je ne tarderai pas à vous suivre. Ainsi j’espère vous revoir bientôt au port du salut, là où nous aimerons Dieu sans crainte d’en être jamais séparés. » Quelques jours après avoir reçu cette assurance de son salut, le jour de Pâques, la belle âme de Melaccio sortait du tombeau de son corps et s’en allait au ciel chanter l’alleluia.
Huit ans auparavant, un jeune Calabrais, Philippe Minervino, témoin des merveilles que les missionnaires opéraient en son pays, les suivit à leur retour à Ciorani et entra au noviciat. Il s’y distingua par sa piété et son esprit de pénitence ; puis, devenu profès, il se mit à étudier les sciences ecclésiastiques avec ardeur. Bientôt il succomba à la fatigue. Son corps se dessécha au point qu’il n’swait plus que les os et la peau. A bout de remèdes, les médecins conseillèrent l’air natal. Toujours obéissant, Minervino se laissa conduire en Calabre; mais à la seconde journée de voyage, il fut obligé de s’arrêter dans une hôtellerie perdue dans les montagnes. Bientôt il se trouva réduit à l’extrémité, et personne pour l’aider au moment de l’agonie. Le moribond saisit son crucifix pour demander force et courage, quand tout à coup un évêque qui se rendait à sa résidence vint à traverser le village. Dieu que Minervino avait servi avec tant d’amour lui envoyait cet ange pour l’assister à ses derniers moments. Il expira fortifié et consolé, en embrassant son crucifix.
Le 1er août de cette même année 176fc, mourut à Caposele André Morza, la perle de ces jeunes élus. Il avait passé huit années au noviciat et au studendat, répandant partout un tel parfum de sainteté qu’on ne pouvait penser à lui sans penser à Dieu. Il mortifiait son corps jusqu’à l’épuiser. Son àme, toujours recueillie, vivait avec les anges. Le Seigneur l’éprouva comme il éprouve les grands saints, par le crucifiement intérieur. Ce martyre qui dura des années, il l’a dépeint lui-même dans des lettres spirituelles qui rappellent les écrits de sainte Thérèse. Après ce terrible purgatoire, Dieu l’unit à lui si intimement qu’il semblait déjà participer à la vision béatifique. Sa santé déclinant de jour en jour, les médecins crurent que le climat de Sicile lui serait favorable, mais on s’aperçut bien vite qu’il était mûr pour le ciel. On le ramena à Caposele, où bientôt
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des symptômes alarmants annoncèrent que la mort était proche. 11 lui fit bonne figure, demanda les sacrements, et attendit l'Époux de son âme. Il mourut en vomissant des flots de sang et en disant : « Je souffre, Seigneur, mais ce n'est rien ! Plus encore, plus encore, pour vous qui avez versé tout votre sang pour moi! »
Quand Alphonse apprit la mort de Morza, il pleurait sur l'état désespéré d'un de ses premiers disciples, le procureur général Margotta. Nommé récemment recteur de Saint-Ange, le père Margotta s’occupait à Naples des affaires de la congrégation. Il y fut atteint par l'épidémie qui ravagea le royaume à la suite de la famine. Le saint évêque lui envoya deux frères pour le soigner, et le père Ferrara pour le préparer à la mort. Mais Dieu préparait et consolait lui-même son doux et pieux serviteur. Lui si torturé par les scrupules voyait arriver la dernière heure sans le moindre trouble. Profondément uni à Dieu, rien n'était capable de le tirer de son recueillement; et si parfois la fièvre brûlante exaltait son imagination, il manifestait dans son délire les sentiments d'amour qui l'occupaient intérieurement. Le 11 août, il s’endormit en paix, regretté du peuple, de tous ses confrères qui lui avaient voué une sainte affection, et surtout d'Alphonse, qui perdait en lui un de ses amis les plus dévoués.
Ainsi en moins de deux ans, le saint apprit coup sur coup la mort de ces jeunes gens, et de ce vétéran de la congrégation, son fidèle Margotta. Tous avaient édifié leurs confrères, tous étaient morts en odeur de sainteté, et cette pensée non seulement le consolait, mais excitait dans son cœur les plus vifs sentiments de gratitude pour le Dieu de bonté qui leur avait prodigué toutes ses grâces. Ce qui l’affligeait, c'était d’apprendre de temps en temps l'infidélité d'un de ses enfants. Trois de ses jeunes profès perdirent leur vocation, entre autres un jeune homme de vingt-cinq ans, dont l’histoire nous montre comment se produisaient ces tristes défections, et combien Alphonse avait raison de craindre pour le salut des renégats.
Aimé Ricca, raconte le père Landi , tomba dans le relâchement après sa sortie du noviciat. Préoccupé de sa santé affaiblie par l'étude, il négligea peu à peu ses exercices de piété, et ne vécut que d’exceptions, voulant être traité moins en religieux qu'en gentilhomme. De là beaucoup d’irrégularités et de désobéissances qui le conduisirent à sa ruine. Le Seigneur, ne voulant plus le supporter dans sa maison, permit que l'infidèle regrettât la maison paternelle, où il espérait être mieux nourri et soigné. En conséquence, il de-
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manda la dispense de ses vœux, qui lui fut accordée. Mais au lieu de trouver la paix et les délices, il trouva dans sa famille la discorde et le malheur. Il redemanda sa part d'héritage, ce qui exaspéra ses frères contre lui. Après plusieurs procès, il obtint à grand’ peine un tout petit pécule, insuffisant pour vivre. La misère, l'inimitié de sa famille et le chagrin le rendirent malade, de manière que, privé de l'honoraire de sa messe, il tomba dans l'indigence sans que personne se présentât pour le secourir. « Oh! alors, s'écrie Landi , les mets qu'il regardait comme trop grossiers dans la congrégation lui eussent paru nectar et ambroisie ; le pain qu'il dédaignait, il l'eût reçu comme la manne du désert! » 11 mourut abandonné de tous, dans le plus complet dénùment. Avant de rendre le dernier soupir, se rappelant la congrégation qu’il avait quittée, il se mit à pleurer et à pousser des hurlements : « Je me suis donc trompé, s’écriait-il en empruntant les paroles de l’Écriture, j’ai donc erré loin des sentiers de la vérité! » Et il ajouta : « J’ai perdu le ciel et mérité l’enfer! » C’est en prononçant ces dernières paroles qu’il entra dans l’éternité. « Que cet exemple, conclut Landi, nous excite à faire grand cas de notre vocation, et nous inspire une salutaire épouvante à la pensée que nous pouvons la perdre par notre faute comme l’infortuné Ricca. »
Tels étaient les événements survenus depuis deux ans et l’état général des esprits dans la congrégation , quand, en juillet 176V, le père Villani proposait au saint fondateur de convoquer un chapitre général pour mettre la dernière main aux constitutions, aider le bon grain à se développer, et arracher l’ivraie que l’homme ennemi réussit toujours à semer dans le champ le mieux cultivé. Alphonse fixa la tenue du chapitre au mois de septembre, « car, passé ce terme, écrivait-il, les froids arrivent, et alors il ne me reste qu’à recommander mon àme à Dieu. J'ai la poitrine extrêmement affaiblie, et l’hiver dernier j’ai eu beaucoup à souffrir. Priez pour moi, pauvre vieillard exténué et néanmoins obligé de combattre et île combattre sans relâche pour m’acquitter de mes devoirs d’évêque dans un diocèse où les maux à guérir sont aussi nombreux qu’invétérés. »
Mais où se réunirait le chapitre? Le vicaire général opinait pour Nocera, parce que tous les capitulaires pouvaient s’y rendre facilement; le saint préférait aussi cette résidence à toute autre, bien qu’une inquiétude le tourmentât, comm3 le prouve cette lettre à