‹ Saint Amand [microform]Chapitre 16 sur 136 · V. Vita Hugberti · texte numérisé non relu

V. Vita Hugberti

PROLOGUS.

(i) Scripturus vitam beati antistitis HXtgberti, munus illius in hoc opus adesse me deposco, qui se petentibus munincum largitorem spondit adfuturum.

Etenim cum huius sancti pontificis vitae cursum stilo elicere adgredior, vires non suppetunt, impericia denegante.x\dgrediortamen facultate qua valeo, quia

(4) ad ilium spem erigo qui dixit : Aperi os tuum et ego adimplebo illud

Et revera... Nunc igitur in nomine indivise Trinitatis narracionis seriem

(7) conabor adgredere,

(12) qualiter beatus Hugbertus episcopali culmine est provectus, qualisque in episcopatu vita eius extitit, vel qviem terminum felix eius vita habuerit, in sxibsequenti opere demonstrabo.

(SRM, t. VI, p. 482).

Nous Tavons dit, M. KRUSCH ne signale ces deux premieres ressemblances que dans des notes, et sans y insister. II n'en est pas de nieme pour la troisieme.

La VAi nous raconte done aux ch. 6 et 7 qu'apres avoir vecu en reclus a Bourges pendant une quinzaine d'annees, le futur apotre de la Belgique, enflamme d'un desir celeste, prit la resolution de partir pour la Ville Eternelle. Apres un- voyage penible avec un seul compagnon, il arriva enfin a Rome. Le jour, il visitait les eglises, mais il passait la nuit a Saint-Pierre (i). Or, il advint qu'un des gardiens de cette basilique le decouvrant en priere a une heure tardive, 1'expulsa violemment. Tandis que le saint, ravi en extase, etait assis sur les degres du temple, le prince des apotres en personne lui apparut et lui donna 1'ordre de retourner en Gaule pour y exercer le ministere de la predication. Cette vision remplit de joie le pelerin, qui, apres avoir re9u la benediction de 1'apotre Pierre et s'etre pourvu de reliques, retourna heureusement en Gaule.

Willibald, lui, nous retrace avec un grand developpement le premier voyage de Winfried (Boniface) a Rome (718). Muni de lettres de recommandation de 1'eveque de Winchester, le grand apotre partit, malgre les efforts de ses freres en religion pour le retenir. Du port de Londres un bateau le porta directement a Saint-Josse-sur-Mer, a I'embouchure de la Canche. Toute une caravanel'y joignit, missionnaires et pelerins anglo-saxons. On s'arreta en route dans beaucoup d' eglises celebres, et, apres avoir traverse les Alpes, on arriva a Rome. La premiere visite du saint et de son escorte fut pour Saint-Pierre, ou ils demanderent le pardon de leur peches et presentment leurs offrandes. Apres quelques jours Winfried fut recu par le Pape Gregoire II, auquel il remit les lettres de 1'eveque de Win-

me... malignum, iterum suspiciosum, iterum rumigerulum clamitas (Epist. CXVII, 10, ibidem, t. LV, p. 432. Vienne, 1912).

(i) Voir le passage transcrit plus haut, p. 12. inspire de la Vie de saint Ouen.

Chester, raconta son voyage et manifesta ses desirs apostoliques. Plusieurs audiences lui furent accordees dans la suite. Enfin, au mois de mai 719, il recut la benediction du

pape et fut envoye par Gregoire II precher 1'Evangile aux peuples barbares de la Germanie. II ne voulut pas partir sans s'etre muni prealablement de nombreuses reliques (i). II y a certainement entre ces deux recits quelques ressemblances de fond et de forme. Mais elles se reduisent a peu de chose et s'expliquent aisement. Ainsi, pour parler d'abord des premieres, tous les pelerins merovingiens allant a Rome en reviennent avec des reliques (2). Ce detail a d'ailleurs pu etre pris a la Vita Audoini avec laquelle nous avons dit que la VA* presentait un caractere de parente certain. Sur le point essentiel, la mission apostolique recue

dans la Ville Eternelle, il existe une divergence notable et qui denote 1'anciennete relative de la VA 1 . Dans celle-ci, le pape n'est pas meme mentionne et tout se passe entre saint Amand et saint Pierre. II est certain que les pieces composees a 1'epoque carolingienne et apres elle, affectionnent particulierement ce theme des voyages a Rome et s'appliquent a montrer le saint patron en rapports etroits avec les papes. Ce n'est pas la une raison pour rejeter tout voyage a Rome d'un saint merovingien, comme 1'ont assez prouve MM. ZETTINGER et 1'abbe VACANDARD (3). Pour saint Amand en particulier, il manifesta dans sa carriere un attachement si special au Saint-Siege, que M. KRUSCH luimeme le reconnait : Sedem vero romanam tanto studio amplexus est, quantum apud Francos eo aevo vix reperias (4). II consacra aux apotres Pierre et Paul toutes les

(1) Ed. LEVISON, p. 19-22. Cfr G. KURTH, Saint Boniface, p. 19-21, 3 e ed. Paris, 1902.

(2) Voir j. ZETTINGER, Die Berichte filer Rompilger aus dcm Frankenretche i>is zum Jahre 800, surtout p. 23 ss. Dans la Vita S. Audoini, utilisee par VAi, saint Ouen est dit revenir de Rome avec des reliques (SRM, t. V, p. 56o.

(3) ZETTINGER, op. cit., passim, et VACANDARD, op. cit., p. 246 s.

(4) SRM, t. V, p. 3 9 5.

eglises baties par lui dans le Nord. II ecrivit au pape saint Martin pour se plaindre du clerge de 1'Austrasie et lui confier ses desirs de retraite. II recut de ce pontife, dans une reponse fort intime, la mission delicate de faire accepter par les.eveques de ces regions les canons portes contre les monothelites, et de s'entendre sur ce sujet avec le roi. II ne parait mallement invraisemblable que cet eveque se soit rendu a Rome et qu'il ait cru 3^ recevoir de saint Pierre la mission de precher aux paiens du Nord.

Voici maintenant les ressemblances litterales entre ces deux textes, le premier court, le second beaucoup plus developpe. Le lecteur se souviendra que le ch. 6de la VA 1 depend de la Vita A ndoini et non de la Vita Bonifatii (i).

Vita Bonifatii c. 5 (2)

... Tune litteris etiam commendaticiis a beatae memoriae Danielo Dei plebis speculatore acceptis, adUmina apostolorum Romam venire temptavit...

... His ita gestis, caelesti iterum inflammatus desiclerio incidit ei cogitatio ut ad Umina beatissimorum afiostolontm Petri et Pauli properare deberet. Adsumptoque secum uno tantummodo comite, squalida atque devia lustrans loca, tandem Romam pervenit, ibique sancto satiatus desiclerio, praedulcia in liminibus apostoloruin figens oscula, diebus ecclesiarum Dei circuibat loca, nocte vero ad Sar.cti Petri revertebatur ecclesiam.

. . . atque ecclesiam Sancti . Peivi principis apostolorum magno cum gaudio ingressi...

... Sedente autem eo in extasi mentis in gradibus ante fores ecclesiae, subito ei sanctus apparuit Petrus, blande leniterque eum adloquitur et ut in Galliis ad praedicaiJoneui exercendam reverti deberet. admonuit. De qua visione sanctus vir Amandus hila-

(1) Cfr supra, p.. 12..

(2) Ed. LEVISOX, p. iS ss.

... Cum vero Nisan mensis qui est aprilis praeteriret et Jari, qui et Maius, iam portae patescerent, rum etiam postulata atque accepta apostolicae sedis lenedictione et litteris, a beatissimo papa, ad inspiciendos immanissimos Germaniae populos directus est, ut, an inculta

rior redditus, accepta, lenedictiont cordium arva, evangelico arata apostoli atque patrocinia (i), fe- vomere, praedicationis recipere seliciter remeavit in Galliis. men voluissent, consideraret.

Ainsi, laissant de cote le chapitre 6 qui depend de la Vita Audoini, nous trouvons trois mots communs dans les deux recits de la VA* et de la Vita Bonifatii : praedicatio et accepta benedictione (2). C'est bien peu de chose : aussi le P. PONCELET, apres avoir cite le passage de M. KRUSCH transcrit plus haut et qui se termine ainsi : ita ut dubitari nequeat quin locus ille biographo [Amandi] ante oculos obversatus sit , ajoute-t-il : Le ut dubitari nequeat est tout de meme un peu fort (3).

D. Continuationes Fredegarii et Vita Karoli magni.

Au ch. 20 de sa composition, le biographe de saint Amand raconte le voyage d'evangelisation de celui-ci chez les Vascons. M. KRUSCH deduit des termes employes dans cerecit, qu'il date de 1'epoque carolingienne, meme du regne de Charlemagne. En note, il signale, sans y insister d'ailleurs, une ressemblance litterale entre ce ch. 20, d'une part, et la Continuatio 3a du pseudo-Fredegaire, pour 1'annee y63, et la Vita Karoli de Eginhard, d'autre part. En guise d' annexe a ce long paragraphe relatif aux emprunts, disons done quelques mots de cet episode de la vie d' Amand.

Voici d'abord le texte de la

Nee multo post ... audivit ... gentem quemdan quern Vaceiam appellavit antiquiias, quam mine vulgo mmcupantur Wascones, nimio errore decep-

(1) C'est-a-dire des reliques.

(2) BEDE (Hisforia ecclesiastica geniis Anglontm, 1. V, c. xr, ed. CH. PLUM- MER, t. I, p. 3oi) nous parle du premier voyage de saint Willibrord a Rome a la fin du vn e siecle pour y demander des pouvoirs au pape Sergius et la benediction de celui-ci. II n'est pas impossible que les voyages a Rome de saint Willibrord et de saint Boniface aient ete connus du biographe de saint Amand et aient exerce meme une certaine influence sur sa redaction. Mais il est impossible de decouvrir des dependances entre les Vitae elles-memes.

(3) Anakcfa Bollandiana, 1910, t. XXIX, p. 449, note.

tarn, ita ut auguriis vel omni errore dedita, idola etiam pro Deo coleret. Quae gens transalpinis (i) montibus per aspera atque inaccessibilia diffusa est loca, fretaque agilitate pugnandi, frequenter finibus occupabat Francorum .

Ecoutons ensuite les reflexions de 1'editeur allemand sur ce passage :

Wascones in omnium ore erant, postquam Karolus magnus a. 778 eorum perfidiam expertus est, et ut biographus eorum et inaccessibilia loca et agilitatem pugnandi commemoravit, ita Einhardus, V. Karoli M., c. 9, eos et levitate armorum et loci adiutos esse scripsit (2).

L'idee de M. KRUSCH ne nous parait pas etre que la VAi s'est servie'de la Vita Karoli, qui, d'apres MM. HOL- DER-EGGER et HALPHEN (3) ne peut guere etre anterieure a 83o. Cependant il y a lieu de noter et il note en effet une ressemblance entre ces deux biographies (4).

II existe egalement un parallelisme entre le recit en question et le passage de la Continuatio de Fredegaire (ch. 47) relatif aussi aux Vascons, mais pour 1'annee y63 (5).

Dum haec ageretur, Waiofarius cum exercitu magno et plurima Wasconomm qui ultra Garonna commorantur, quern antiquitus vocati stint Vaceii, super praedicto rege veniens... .

On lie foiidera pas sans doute une dependance litteraire sur les quelques mots soulignes et c'est aussi bien des Etymologies de saint Isidore de Seville (f 636), ouvragequi

(1) M. KRUSCH note qu'il faut comprendre par la les Alpes d'Espagne, c'est-a-dire les Pyrenees, et il renvoie a Du CANGE (SRM, t. V, p. 444, note. i). . .

(2) Ili-idem, p. 404. . ...

(3) Vita Karoli magni, ed. O. HOLDER-EGGER (Scriptores rerum germanicarum ex Monumentis Germaniae historicis separati), p. xxvu. Hanovre, 1911. L. HALPHEN, Etudes critiques sur Thisioire de Charlemagne, p. gS-io3. Paris, 1921. Cfr Fr.-L. GANSHOF, Notes critiques sur Eginliard, liograplie de Charlemagne, dans la Revue Beige de philologie et d'liisioire, 1924, t. Ill, p. 740.

(4) Yoici les mots de la Vita Karoli, c. 9, cites pas M. KRUSCH (SRM, t. V, p. 444. note 2) : Adiuvabat in hoc facto Wascones et levitas armorum et loci in quo res gerebatur situs, e contra Francos et armorum gra vitas et ]oci iniquitas per omnia Wasconibus reddidit impares .

(5) SRM, t. II, p. 189. Nous soulignons le passage parallele.

fait deja autorite alors, que le biographe peut avoir retenu la distinction entre le nom ancien et le nom moderne des Vascons.

Vacea oppidum fuit iuxta Pyrenaeum a quo stint cognominati Vaccei... Idem et Vascones (i).

Mais n'est-il pas necessaire que le biographe ait eu connaissance, sinon de la Vita Karoli et de la continuation de Fredegaire, au moins des evenements arrives en 778 pour caracteriser comme il le fait les Vascons : peuple habitant des regions d'acces difficile ; deployant une grande souplesse dans le combat ; s'emparant souvent de territoires appartenant aux Francs ? Point du tout.

La chronique du vn e siecle, dite de Fredegaire, nous raconte les incursions des Vascons en terre merovingienne et leurs soumissions forcees suivies de nouvelles revokes. Sans renoncer a leurs mceurs propres, ces peuplades, parties des PjTenees, gagnent continuellement du terrain; 1'ancienne Aquitaine de Cesar ou Novempopulanie, situee au sud de la Garonne, prend, au cours du vii e siecle, le nom de Wasconia (2). Nous ne citerons que deux exemples en attirant specialement 1'attention sur le second.

En 601-602, Theodebert II, roi d'Austrasie, et Thierry II, roi de Bourgogne, partent en guerre contre les Vascons, les battent, les soumettent, leur imposent un tribut et leur donnent pour due Genialis (3).

En 636-637 est signalee une violente revolte des Vascons. Us viennent ranconner 1'ancien royaume de Toulouse qu'avait gouverne quelques annees le frere de Dagobertl, Caribert II (f 632). Dagobert I doit organiser contre eux une expedition en regie. Poursuivis, ils s'enfuient. Citons :

(1) L. IX, c. II, 107. PL, t. LXXXII, col. 33g.

(2) A. LONGNON, A Has historique de la France deptiis Cesar jusqu'a nos jours. Texte explicaiif, p. 43. C. BAYET, C. PFISTER et A. KLEINCLAUSZ, dans I'Histoire de France de E. LAVISSE, t. II, i e partie, p. i5i.

(3) FREDEGAIRE, IV, 21 (SRM, t. II, p. 129).

Cumque priliare cepissent, ut eorum mus est, terga vertentes, dum cernerent se esse superandus, in faucis vallium montebus Perenees latebram dantes se locis tutissimis per rupis eiusdem moncium conlocantes latetarint, exercitus postergum eorum cum ducibiis insequens, pluremo nummero captivorum Wascones superatus, sed et ex his multitudinem. interfectis, omnes domus eorum incinsis, paeculies et rebus expoliant ... Ibique sacramentis Wascones firmantes, semul et promittentes, se omni tempore Dagoberto eiusque filies regnumque Francorum esse fedilis ; quod more soleto, sicut sepe fecirant, post haec probavit aeventus (i).

Voila les regions d'acces difficile, 1'agilite, au moins dans la ftiite, et les incursions repetees des Vascons !

L'histoire du vm e siecle continue, pour ce qui est des Vascons, celle du vu e . II ne faut pas attendre le regne de Charlemagne pour trouver de nouveau les Francs aux prises avec ces turbulents voisins (2).

En particulier, vers les temps ou ecrivit le biographe d'Amand, les Vascons faisaient beaucoup parler d'eux. A la suite d'une sorte d'entente entre leurs tribus et les Aquitains, un duche avait ete organise dans le bassin de la Garonne. En 719, Eudes, due d'Aquitaine, s'allia aux Neustriens centre Charles-M artel et poussa meme son armee jusqu'a Soissons. II fut bientot contraint de repasser la Loire, mais la guerre continua entre lui et Charles, devenu le maitre de la Neustrie comme de 1'Austrasie

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