III. Titulus de obitu beati Amandi
IV. Argumentum quo tempore beatus Christi confessor Amandus vel natus vel defunctus sit.
V. Sermo legendus in transitu sive depositione ter beati atque gloriosi pontificis Christi Amandi. Celebratur ipsa solemnitas depositionis praefati patris VIII idus februarii.
VI. Qualiter corpus beati Amandi in loco quo nunc requiescit fuerit translatum, et de dedicatione basilicae ac de ordinatione episcopatus ipsius. Celebratur septimo Kal. novembris.
VII. Sermo de elevatione corporis beati Amandi, quae facta est a Hlothario custode, anno ab incarnatione Domini octingentesimo nono, a transitu vero praedicti patris centesimo quinquagesimo, die vigesimo mensis septembris.
VIII. De igne caelesti in memoriam beati Amandi divina virtute mirabiliter accenso.
Annexe : Exemplar petitionis seu conjurationis sancti Amandi de corpore suo.
Nous ne nous arreterons pas ici a chacun des huit ou neuf numeros de cette compilation. Ainsi, nous avons deja traduit en partie et nous commenterons plus tard (ch. V) la lettre du pape Martin a saint Amand (II). Le chapitre IX de cet ouvrage sera base surtout sur le testament du saint,
(i) SRM, t. V, p. 450-485. Voir aussi ibidem, p. 408-411. Seul le n V etait tout a fait inedit.
dont 1'authenticite, parfois contestee, devra etre etablie ; il nous a paru preferable de ne pas separer en deux trongons, 1'un au debut, 1'autre a la fin du livre, 1'etude relative a cette piece celebre. Voila pour les anciens documents englobes dans 1'ceuvre de Milon. On trouve ensuite dans la Suppletio des sermons (V, VI, VII) et le recit d'un miracle (VIII). Leurs elements historiques utilisables seront reunis au chapitre X, consacre au culte de saint Amand. II ne nous reste done a parler ici que des numeros I, III et IV de la Suppletio. Faisons d'abord connaitre leur auteur.
Aucun ecrivain, en effet, ne s'est applique , autant que Milon, a glorifier le saint d'Elnone. Outre la Suppletio, il a voulu celebrer en vers le patron de son eglise, et il 1'a fait 7 en un long poeme en quatre livres. De cette ceuvre litteraire aussi il nous sera permis de faire abstraction dans 1'introduction actuelle, puisque, sauf les developpements et les exclamations, de mode chez un poete, Milon suit d' aussi pres que possible la VA 1 et ne lui ajoute que fort peu de details a retenir (i).
Milon fut non seulement I'homme le plus remarquable d'un monastere qui se distingua entre tous, au moyen age, dans 1'etude des belles-lettres, mais il se range, comme poete et philosophe, parmi les ecrivains les plus considerables de son temps (2). II doit etre ne entre 820 et 83o : lorsqu'il ecrit son poeme sur saint Amand, vers S5o (3), c'est encore un jeune homme (4), simple diacre (5). Sa mort se place vraisemblablement en 872 (6).
(1) Cfrlech. X, 2, qui complete 1'introduction pour le Carmen de S. Amando.
(2) MOLINIER, Les sources de Tliistoire de France, t. V, p. LXIV.
(3) KRUSCH, SRM, t. V, p. 407.
(4) CA, 1. I, v. 428-432 (Poctae, t. III. p. 672) ; I, 84 (ibidem, p. 571).
(5) Cfr le titre de la lettre envoyee a Haimin pour lui presenter la premiere edition (ibidem, p. 566).
(6) Necrologium Elnonense (X e s.) dans Arcliiv, i8g3, t. VIII, p. 439. Les Annales Elnonenses maiores donnent 871 (MGH, SS, t. V, p. 12).
II a pris 1'habit a Elnone, dit-il lui-meme, iuvenili aetate (i), mais a suivi a Saint- Vaast les lecons d'Haimin, maitre de plusieurs autres personnages connus, en parti culier du poete Heiric d'Auxerre (2). II dedie done a Haimin la premiere edition de son Carmen et s'adresse a lui avec ce ton deferent, avec cette insistance aprovoquer desremarques, qui sont de mise chez un novice (3). Plus tard, la meme ceuvre sera expediee au roi Charles le Chauve (840-
Devenu pretre (5), Milon ne renonca pas a la poesie, mais il choisit uii sujet ou son originalite, son experience de la vie et son amour des speculations philosophiques pourraient trouver plus libre carriere que dans la simple transposition d'une biographic en hexametres. II ecrivit done sur la Sobriete deux livres (6), qu'il destinait egalement au roi Charles le Chauve. La niort 1'empecha de les lui expedier ; il en avait charge son eleve (7) et ami, Hucbald de Saint-
(1) De Sobrietate, 1. II. v. gi5 (Poetae, t. Ill, p. 671).
(2) Sur Heiric, cfr par example L. TRAUBE, dans Poetae, t. Ill, p. 421-426.
(3) Sur Haimin, cfr ibidem, p. 557, n - S '> HOLDER-EGGER, MGH, SS, t. XV. p. 396098.
(4) Les meilleures etudes sur Milon, sont celles de M. ROERSCH, dans la Biographic rationale (de Belgique), 1897, t. XIV. p. 847-855 ; de A. EBERT, Attgcmeine Gescliiclite dcr Liierainr des Miitehlters, t. II, p. 277- 285. Leipzig 1880 ; de M. MAXITIUS, Gcscliichie der lateinisclicn Literatur des Mittelaltcrs. t. I, p. 577-581 (dans Handbuch der Alter thumsxiissenscliafl, de J. V. MULLER, IX, 2). Munich, ion ; de DESILVE, De Sclioh Ehwncnsi, p. 73-93.
(5) De Sobrietate, Preface v. 4 (Poetae, t. Ill, p. 6i3) et 1. II, v. 920 (Ibidem, p. 671).
(6) Poeiae Mini, t. Ill, p. 610-670 (ed. E. TRAUEE).
(7) Cfr les prefaces d'Hucbald. ibidem, p. 6io-6i3. Sur Hucbald, cfr VAN DER ESSEN, Hucbald de Sahit-Amand, et les ouvrages cites par lui. Hucbald aiiirme lui-meme qu'il fut I'e'eve de Milon (De Sobrietate, premiere preface, v. 27, ibidem, p. 611). II est tres pen sur qu'il ait ete son neveu (cfr TRACIJE, ibidem, p. 55j, n. 9). Les documents les plus anciens qu'on s'attendrait a voir mentionner cette pareiite n'en soufflent mot. Cfr p. ex. les vers d'Hucbald sur Milon dans la premiere preface du
Amand (t 920). Quand le poeme sur la Sobriete arriva au roi, celui-ci avait ceint la couronne imperiale (875-877). Hucbald devait lui envoyer bientot un de ses propres poemes, beaucoup plus de circonstance que celui de Milon, et auquel il avait donne le titre suivant : De laude calvorum, De la louange des chauves.
Le De sobrietate fat hi et relu au mcwen age. En efFet, il renferme les doctrines et les exemples de 1'Ancien et du Nouveau Testament sur la temperance et sur la gourmandise. L'auteur a beaucoup consulte a 1'occasion de cette oeuvre ; mais il n'a malheureusement pas le talent de clissimuler son erudition et Ton ne peut s'empecher de trouver bien indigeste ce morceau sur la sobriete. Indigeste comme un dictionnaire que Ton serait condamne a lire. En'effet, & chaque mot ne marche pour ainsi dire qu'escorte de sa definition, accompagne d'exemples grammaticaux qui en precisent le sens, de citations historiques rappelant les emplois les plus memorables qui en ont ete faits (i).
Mais laissons Milon le poete, pour nous occuper de Milon 1'historien. Celui-ci a ete fort malmene par M. KRUSCH qui 1'a traite tout simplement de menteur.
La Suppletio Milonis fut compilee apres la publication du Carmen, alors que Milon etait deja pretre (2), apres 85o, mais avant 878, date de sa mort. La premiere section de la Siippletio est consacree a deux objets : d'abord aux monasteres fondes par saint Amand (3) ; puis a une sorte d'introduction a la lettre de saint Martin que Milon publiera ensuite integralement (numero II). S'appuyant sur les actes du concile de Latran de 649 et sur la notice du Liber Pontificalis consacree a Martin I, il rappelle la lutte de ce pontife centre le monothelisme. Apres ce concile, le pape
De Sobrietate, v. 25-3o (Poetae, t. Ill, p. 611) et 1'epitaphe des deux savants, ibidem, p. 679 (De Utroque).
(1) A. DESPLANQUE, cite par A. ROERSCH, Biographic nationak, t. XIV, col. 852.
(2) Voir p. 52, le titre du n. i de la Suppletio.
(3) SRM, t. V, p. 95o-g52. Cfr infra, ch. VIII.
envoya dans differentes eglises des exemplaires des actes synodaux. II en destina notamment un a Amand, alors eveque de Maastricht (i). Le souverain pontife et 1'apotre du Nord etaient, si Ton en croit Milon, fort unis. En tous cas, le poete tint entre ses mains 1'exemplaire des actes envcye a saint Amand, qui se terminait par une lettre personnelle du pape.
Aux sections III et IV, Milon se livre a differents calculs pour etablir la chronologic de saint Amand. II n'est pas facile de s'y retrouver et d'indiquer nettement la methode suivie. Nous croyons cependant qu'il a travaille avec beaucoup plus de conscience que ne lui en accorde M. KRUSCH.
II part certainement d'une donnee traditionnelle : Amand a vecu environ quatre-vingt-dix ans (2). II amrme de plus que la mort du saint doit se placer en 661 quia in eo (anno), sicut priores iiostri nobis non solum in libris, sed etiam lapidibus ne obliterari posset, scriptum reliquerunt, ab hoc mundo ad Dominum transiit (3). Par consequent, sa naissance eut lieu en 671. M. KRUSCH denonce, dans ce renvoi a des chroniques ou a des inscriptions lapidaires, un impudent mensonge. Cependant, il est possible que Milon ait trouve la date de 661 dans une de ces Annales, comme on en composa tant a Elnone ; il est possible qu'il 1'ait lue sur quelque monument erige plus ou moms longtemps apres la mort du saint, par exemple en 809 a 1'occasion de 1'elevation des reliques (4). Qu'elle ait ete lancee pour la premiere fois par Milon ou admise deja avant lui, la date de 66 1, quoique fausse, ne nous par ait pas avoir ete inventee arbitrairement. Cela ressovtira de 1'expose necessairement un peu long et sec qui va suivre.
Milon avait trois sources a sa disposition : pour etablir }a liste des souverains pontifes ayant vecu au temps de
(1) Cfr infra, Ch. V, 6 et 7.
(2) SRM, t. V, p. 457, 1. 4 et 5, p. 409, 1. i3.
(3) Ibidem, p. gSg.
(4) Cfr infra, ch. X, i.
saint Amand, le Liber Pontificalis ; pour celle des empereurs d'Orient, la .chronique de Bede ; et pour celle des rois francs, vraisemblablement le pseudo-Fredegaire, ses continuateurs et une ceuvre largement pillee par ceux-ci, le Liber historiae Francorum (i).
L'auteur de la Stippletio enumere d'abord les seize papes ayant occupe le siege pontifical pendant la longue carriere d'Amand. Le Liber Pontificalis lui fournit le nombre d'annees, de mois, de jours pendant lesquels chacun d'entre eux a regne et la duree des vacances du siege. Mais d'autre part, Milon a remarque dans Bede qu'un de ces papes, Gregoire le Grand, est mort en 6o5, la seconde annee de 1'empereur Phocas (2). II peut done en partant de cette
(1) His igiiur dnobus calcuUs, uno or his. et alter o dbiius, diligenter animo commendaiis, adhibeat sibi nistorias regum, qui eo temporeiiisregium tenuerunt, insupey et cronicas vcneral>ilium patrum, necnon et librum de pontificals apostolicae scdis editum (SRM, t. V, p. 459). Telles sontlestrois categories de sources utilisees. II n'y a pas de doute possible pour le Liter Pontificalis et la chronique de Bede (ibidem, p. 487, 1. 23, 24 : Sicut Beda vcnerabilis presbiier in chronicis refert) (cfr ibidem, p. 408). Pour les chroniques franques, Milon fait observer avec raison qu'il est beaucoup plus difficile d'en tirer une chronologie (ibidem, p. 458, 1. 21). Quinze lignes seulement de la Sii-ppletio peuvent avoir ete influencees par cette troisieme categorie de sources. A la lecture des lignes 26, 27. 28 (p. 468) et i-5 (p. 469), on remarque, semble-t-il, qu'elles offreiit le resume des Fredegarii contimiaiiones i et 2 et du Liber historiae Francorum, 44 et 46 (SRM, t. II, p. 168 s. et 316019). Certaines expressions meme se retrouvent de part et d'autre. Ainsi : LJwtarto in iuveniute mortuo (SRM, t. V, p, 468, 1. 26) et : Chlotarins... obiit in iuventute (SRM, t. II. p. 168, 1. i3) ; Ebroimis... beatum Leodegarium diversis tormentorum poenis excmciatum Christi martyrem fecit (t. V, p. 469, 1. i-5), et : Sanctum Leodegarium episcopum diversis poenis caesum gladio ferire iussit (II, 3ig, 11. 18-20). Nousne voudrions cependant pas insister sur la seule comparaison des textes. Mais il est clair, et Milon avoue, qu'il a recouru aux Historiae regum ; il ne pouvait guere avoir a sa disposition que le pseudo-Fredegaire ou une des sources inspirees par cette chronique.
(2) ... In obitu vero ipsius papae... qui erat annits a Nativitate Domini DCV, regni aut&m Focae Caesar is anmis secundus, sicut Beda venerabilis presbyter in chronicis suis refert (SRM, t. V, p. 467, 11. 22-25). En realite Gregoire est mort le 13 mars 604. Mais Bede donne les
date, de celles de la naissance et de la mort d'Amand, et en utilisant les chiffres du Liber Pontificalis, aj outer plusieurs relations chronologiques entre la carriere de ces papes et celle du saint d'Elnone, a savoir que celui-ci est ne la huitieme annee du pontificat de Jean III (561-574), qu'il avait vingt-deux ans a 1'election de Gregoire le Grand (5go- 604) et trente-cinq a sa mort, enfin qu'il est mort la troisieme annee de Vitalien (657-662). Si Ton tient compte des elements dont disposait Milon, on trouvera qu'il n'a pas si mal calcule (i).
ses ici par Milon dans sa Chronica (ed. TH. MOMMSEN, dans MGH, Auctores antiquissimi, t. XIII, p. 3og) et dans son Historia ecclesiastica, 1. 'V, c. 24, ed. CH. PLUMMER, 1. V, c. XXIV.
(i) Sans doute Milon, aura-t-il procede ainsi :
A. pour Us papes ; anterieurementd 6o5, le Liber Poniificdis (ed. L. DUCHESNE, t. I, p. 3o5-3i4) donne :
Gregoire I
annees i3
mois
jours 10
vacance
jours 25
Pelage II
annees 10
mois
jours 10
vacance
mois
jours 10
Benoit I
annees 4
jours 28
vacance
mois
jours 3
Jean III
annees 12
mois
jours 26
Total :
3g ans
112 iours
ou, en calculant d'apres des mois de trente jours :
42 ans 4 mois et 7 jours
Or, Gregoire etant mort, d'apres Bede, en 6o5, et Amand etant ne, d'apres Milon, en 671, il s'est ecoule 34 ans entre ces deux dates et 42 entre les debuts du pontificat de Jean III et la naissance d'Amand : celui-ci est done ne la huitieme annee du pontificat de Jean III.
B. Pour les papes posierieurs a 6o5 (Liber Poniificalis, t. I, p. 3i5 ss.).
Sabinien
vac.
Boniface III
vac.
Boniface IV
vac.
Deusdedit
vac.
annee i
annees 6
annees
jours 9
mois
jours 26
mois
jours 22
mois
jours 6
mois
jours i3
jours 25
jours 23
mois
jours 1 6
Cette appreciation est encore plus juste lorsqu'il s'agit de la chronologic des empereurs. Milon en enumere sept, contemporains de saint Amand. Se basant, d'une part, sur les dates de la naissance et de la mort d' Amand et, d'autre part, sur la coincidence entre 1'annee 6o5 et la seconde annee de Phocas, il utilise les renseignements trouves dans Bede par rapport au nombre d'annees de regne des empereurs pour fixer egalement quelques rapports chronologiques entre leur vie et celle d' Amand : ainsi, naissance de celui-ci la septieme annee de Justin et mort la vingt-troisieme de Constantin (Constant II) (i).
Boniface V annees 5.
vac.
jours
Honorius I
annees
mois
jours
iy
vac.
annee
mois
jours
Severinus
mois
jours
vac.
mois
jours
Jean IV
annee
mois
jours
vac.
mois
jours
Theodore
annees
mois
jours
vac.
jours
Martin I
annees
mois
jours
Eugene
annees
mois
jours
vac.
jours
annees
mois
jours
ou
annees
mois
jour
Or, Gregoire etant mort en 6o5, d'apres Bede, et Amand en 661, d'apres Milon, il s'est ecoule entre ces deux dates 56 annees. A la mort du saint, le pape Vitalien est done dans la quatrieme annee de son pontificat. Milon dit : la troisieme. L'erreur est sans doutede son cote ; mais elle est legere. En realite, 1'annee huitieme de Jean III est 568/56g etnonSyi, et la troisieme de Vitalien est 609/660 et non 661 (SRM, t. V, p. 409).
(i) D'apres Bede, Phocas a commence a regner en 604 (Audores aniiquissimi, t. XIII, p. 3og); ses predecesseurs ont regne : Maurice, 21 ans ; Tibere II, 7 ans; Justin II, n ans (Ibidem, p. 3o8). D'apres cela, et en negligeant les fractions d'annees que Bede ne donne pas, Maurice a commence de regiier en 583, Tibere en 576, Justin II en 565 ; et par consequent, la naissance d' Amand se place bien, d'apres les donnees de Bede, la septieme annee de Justin II. Bede nous apprend encore
Enfin Milon enumere les rois merovingiens qui vecurent du temps d'Amand, mais sans pouvoir etablir de synchronisme entre des annees de leur regne et des annees de la carriere du saint. La tache est, en effet, plus malaisee, corame il le constate et comme on peut s'en convaincre en parcourant les sources franques. II cite done Chilperic, Clotaire (II), Dagobert (I), Sigebert (III), Clovis (II), et trois fils de celui-ci, Clotaire (III), Childeric (II) et enfin Thierry (III); ad cuius usque tempora, ajoute-t-il, beatum vixisse Amandum car f arum instrumento quae apud nos hactenus habentur, docemur (i) . II s'agit la evidemment du testament du saint, date de la seconde annee de Thierry III.
On peut se demander pourquoi Milon nomme ces rois-la et pas d'autres qui ont regne en meme temps ; on sait, en effet, que le royaume merovingien etait souvent partage entre trois ou quatre monarques. Visiblement, il n'a voulu enumerer que les souverains de la region ou le missionnaire travailla le plus, c'est-a-dire la Neustrie, ensuite ceux qui, sans etre rois de Neustrie, entretinrent avec lui des relations particulieres ou jouerent un role dans son histoire. Pourle detail : Chilperic I (T 584), etantroi de Soissons, possedait dans son territoire Noyon, Tournai et la future abbaye d'Elnone ; Clotaire II gouverna la Neustrie de 684 a 6i3, puis tout le royaume de 6i3 a 629 ; Dagobert I, lui aussi, reunit en ses mains tout le pouvoir, de 63o a 63g ; Sigebert III, roi d'Austrasie, de 634 a 656, avait, a la demande
que Phocas a regne huit ans, Heraclius 26, Heracleonas avec sa mere deux. Constantin II, fils d'Heraclius, 6 mois, et Constantin, fils de Constantin (Constant II), 28 ans. (Ibidem, p. 3io-3i3). Milon a bien soin d'omettre les deux annees d'Heracleonas indiiment ajoutees par Bede (SRM, t. V, p. 458, note 2 ; K. KRUMBACHER, A. EHRHARD et H. GELZER, Geschichte des byzaniynischen Liieratur von Justinian zum Ende des ostroemischen Reiches, p. g5i. Munich, 1897). Ainsi, Heraclius a commence a regner en 612, Constantin en 638, Constant II egalement. L'annee 661, mort d'Amand, est done la 23 e de Constant II. En realite ce n'est que la 21 ; mais cette difference tient aux erreurs ou aux donnees incooipletes de Bede ; elle n'est pas imputable a Milon, (i) SRM, t. V, p. 4 58.
INTRODUCTION CRITIQUE 6l
de Dagobert, ete baptise par saint Amand et nomma celui-ci eveque de Maastricht, en Austrasie ; Clovis II (63g-657) regna en Neustrie et en Bourgogne ; enfin, de ses trois fils : le premier, Clotaire III (657-673), gouverna la Neustrie; le second, Childeric II, roi d' Austrasie depuis 662, et, de 673 a 676, de tout le royaume, donna a Amand le territoire de Barisis et peut-etre de Nant ; enfin, Thierry III fut souverain de la Neustrie, de 673 a 690.
A propos de Thierry, Milon rappelle le testament signe la seconde annee du gouvernement de ce roi. Cette seconde annee c'est done pour lui 661. Comment est-il arrive a cette derniere conclusion?
Les continuations de Fredegaire nous racontent qu'apres dix-huit annees de regne, Clovis (II) mourut ; qu'il fut remplace par Clotaire (III), lequel obiit in iuventute regnavitque annos quatuor , puis par Thierry III (i). Mais a quelle annee du Christ correspondent les commencements du regne de ces souverains ? Les continuations ne le disent pas. Heureusement la chronique du pseudo- Fredegaire met le debut du regne de Clovis II en relation avec la mort de Constantin II (2). Or, d'apres les donnees de Bede, corri-
(1) Fredegarii coniinuationcs , 2, SRM, t. II, p. 168. En realite, Clotaire III a regne quinze ans et cinq mois et est mort a 19 ans environ. Sur la chronologic des rois merovingiens, voir B. KRUSCH, Zur CJtronologieder Merovingisclien Konige, dans Forsclmngen zur deutschen Gescliichte, 1882, t. XXII, p. 449 ss. ; L. LEVILLA.IN, Contribution d la chronologie des rois merovingiens, dans le Moyen age, igo3, t. XVI, p. i-n ; du meme. La succession d'Ausirnsic an VII" siede, dans [a. Revue historiqtie, igi3, t. CXI I, p. 62 ss. ; \V. LEVISOX, Das Nekrologinm von Dom Racine imd die Chronologic der Merowinger, dans Neues Archiv der Gesellschaft fur iiltere Aeutsclie Geschichtskunde, 1910, t. XXXV, p. 17 ss. ; B. KRUSCH, Clwonologia regum
francorum stirpis merovingicae, dans les SRM, t. VII 2 , p. 468 ss.
(2) 1. IV, c. So. Anno pi'imo regni CModoviae. secundo et inmenente tercio eiiisdem regni anno condigne palacium gobernat et regniim... c. 81. Eo anno Constantinus emperatnr moretur... Nous avons d'autant plus de raison d'admettre cette influence du pseudo-Fredegaire sur Milon, que, comme MABILLON le fait remarquer (AA. SS. Ordinis S. Benedicti, t. II p. 724, note c), cette chronique, 1. IV, c. Si, omet aussi Heracleonas ol) regni Irevitatem . En realite Constantin II est mort en 641.
gees par Milon, nous 1'avons vu, Constantin II a regne et est mort en 638. Les huit annees de Clovis II conduisent a 655, les quatre annees de Clotaire III a 65g et, enfin, la deuxieme annee de Thierry est bien 661. Ainsi, la comparaison entre les chroniques franques et Bede fournissait aux moines d'Elnone un moyen de decouvrir a quoi correspondait la seconde annee de Thierry ; un mauvais moyen, sans doute, car les chroniques franques contenaient notamment une erreur de douze ans au sujet de Clotaire III. Mais Milon n'avait pas mieux et les chronologistes du moyen age n'}- regardaient d'ailleurs pas de si pres.
Aunumero III, il declare done solennellement qu'Amand est mort le 8 des ides de fevrier (6 fevrier), un dimanche, premiere lune, en 1'an de 1'incarnation de Notre-Seigneur 66 1, la 4 me de 1'indiction, la i5 me epacte, le 4 me concurrent, le terme pascal tomb ant le XII des Kalendes d'avril, la Paque le V des m ernes Kalendes et le 2i me de la lune. Toutes ces donnees sont exactes, a part que le 6 fevrier 66 1 ne tombe pas un dimanche, mais un samedi (i)... et qu'Amand n'est pas mort en 66 1.
Milon ajoute au chapitre IV sur la naissance d'Amand deux renseignements qui ne se trouveiit pas dans 1'ancienne biographic et sont difficilement controlables : le saint serait ne aux nones de mai, et dans le pagns d'Herbauge en Aquitaine (2).