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VI. Saint Amand et le monothelisme

Seconde question de saint Amand. Le monothelisme. Le concile de Latran de 649. La mission confiee a saint Amand. Fut-elle

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executee ? Importance de la lettre du pape Martin. Reliqxies et codices .

VII. Saint Amand et la fondation du monastere de Nivelles. Itte et Gertrude. Le conseil de saint Amand. Fondation de Nivelles. Date de cette fondation et de la visite episcopale. Amand, la famille merovingienne et la famille carolingienne.

Jamais, les saints ne furent aussi nombreux en Gaule qu'aux temps merovingiens. Pour la Belgique et la France du Nord seules, il serait aise d'en etablir une liste d'une bonne centaine qui vecurent alors, parti culler em ent au vn e siecle et dans la premiere moitie du vin c .

Mais si tous exercerent une action efficace par leurs exemples, si beaucoup combattirent les erreurs paiennes par leur parole, il en est relativement peu pour lesquels nous puissions affirmer, avec certitude, qu'ils furent des evangelisateurs. Les sources nous y autorisent-elles, alors, le plus souvent elles s'abstiennent de preciser leur terrain d'apostolat, ou elles n'en indiquent que quelques localites.

L'activite des apotres qui furent eveques diocesains, apparait limitee, par leur diocese. II en est ainsi, pour Tongres-Maastricht-Liege, de saint Servais, de saint Lambert et de saint Hubert ; pour Arras-Cambrai, Therouanne et Noyon-Tournai, de saint Vaast, de saint Gery, de saint Ouen et de saint Eloi. Pour d'autres evangelisateurs, leur ministere se borne, du moms a nos yeux, aux regions ou les documents nous les montrent etablissant leur monastere, pratiquant leurs austerites, ou, plus simplement encore, faisant un sejour de quelque duree. Ainsi saint Ursmer preche dans le Hainaut et en Flandre ; saint Bertuin autour de Malonne ; saint Monon en Ardenne.

De saint Amand seul, nous pouvons dire avec certitude qu'il evangelisa toute la Belgique ou presque toute la Belgique. Sans doute, comme nous 1'avons marque dans un des chapitres precedents, travailla-t-il le plus longtemps et avec le plus d'intensite dans la partie occidentale. Lesbords de 1'Escaut, plus que ceux de la Meuse, ont entendu sa parole conquerante ; 1'Ostrevant, le pays de Gand et les environs

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d'Anvers 1'ont regu plus frequemment que la Toxandrie, 1'Ardenne, le Brabant et la Hesbaye ; il a baptise, sans doute, plus de S aliens, en Belgique seconde, que de Ripuaires, en Germanic inferieure. Mais son action s'est etendue egalement sur celle-ci. Trois annees durant, il parcourut, sans se lasser, le diocese de Maastricht, c'est-a-dire presque toute la Belgique orientale. Saint Amand possede done plus de titres qu'aucun autre a s'appeler 1'apotre de la Belgique.

I. Le diocese de Tongres-Maastricht, des origines a saint Amand.

Un texte celebre de saint Irenee, eveque de Lyon, mentionne, vers i85, les eglises des Germanics . II faut, pour le moins, en deduire 1'existence, dans la seconde moitie du n e siecle, de communautes chretiennes, a Mayence et a Cologne, les metropoles respectives des provinces romaines de la premiere et de la seconde Germanic (i).

Au iv e siecle, le diocese de Cologne, qui co'incidait sans doute avec la province de Germanie seconde, fut divise, et chacune des deux civitates, ainsi formees, recut son eveque : la civitas 'Agrippinemium et la civitas Tongromm, c'est-adire Cologne et Tongres.

Quelles etaient les frontieres de ce dernier diocese ? II

(0 Kai cure ai ev fepjuaviai^ ibpujnevai 'Eiadricriai d'XXtu? Trem(T- TeuKC'.mv. . . (Contra'haereses, 1, 10, 1,2, PG., t. VII, col. 55o-552. CfrHAucK, Kivchengeschichte Deutschlands, t. I, p. 7 ; A. VON HARNACK, Die Mission und Attsbreiiimg des Christentums in den evsien drei JaJirJiunderten, t. II, 4 e eel., p. 881-882. Leipzig, 1935. Ce dernier auteur ecrit meme : Auffenscheinlicli meint Irenaeus stabilierte, d. h. bischofliche Kirchen ; denn nur solche konnen etvvas itberliefern. Daher ist es... gewiss, dass in den grosten germanischen Romerstadten (man denkt zunachst an Koln, dann an Mainz und Strassburg), bereits um das J. i85 Gemeinden mit Bischofen waren . Mais il faut avouer que les listes episcopales de ces villes ne mentionnent aucun eveque anterieur au iv e siecle. Cfr DUCHESNE, pastes episcopaux,i. Ill, p. i53-i57; 166-170; 175-178.

comprit, ecrivait GODEFROID KURTH, toute la Belgique orientale jusqu'a la Semois mferieure, avec des parties considerables des provinces limitrophes, c'est-a- dire du Brabant septentrional, du Limbourg hollandais, de la Prusse rhenane, et du grand-duche de Luxembourg. II s'etendait du Nord au Sud, de Bois-le-Duc a Bouillon, et on aura trace ses confins en y comprenant Berg-op-Zoom, Bois-le-Duc, Venloo, Ruremonde, Wassemberg, Aix-la- Chapelle, Eupen, Stavelot, Saint- Vith, Bastogne, Bouillon, Chimay, Thuin, Nivelles, Louvain, Arendonck, Eeckeren. On peut preciser quelques points. A 1'Est, la limite passait entre Stavelot et Malmedy, entre Aix-la-Chapelle et Borcette ; a 1'Ouest, elle passait entre Thuin et Lobbes, entre Nivelles et Bornival, entre Louvain et Herent, entre Arendonck et Turnhout. Au Nord, le diocese etait limite par le cours de la Meuse. Neuf dioceses se partagent aujourd'hui le vaste territoire sur lequel regnait la crosse de saint Servais et de ses successeurs (i).

Nous avons deja mentionne saint Servais, le premier eveque de Tongres dont le souvenir soit parvenu jusqu'a nous. A partir de 346, son nom figure dans 1'histoire des controverses ariennes, parmi ceux des plus ardents defenseurs de 1'orthodoxie niceenne et de saint Athanase. En 35o, 1'eveque de Tongres part en mission aupres de 1'empereur Constance, au nom de 1'usurpateur Magnence. A une date indeterminee, il entreprend un pelerinage au tombeau de 1'apotre saint Pierre. Apres avoir predit les invasions barbares, qui ne tarderont pas a fondre sur la Gaule, il va mourir a Maastricht. Son tombeau devient un endroit de culte et, dans la seconde moitie du vi e siecle, 1'eveque Monulphe remplace la chapelle de bois qui le surmontait par une basilique digne d'un si grand eveque (2).

(1) G. KURTH, Noiger de Liege, t. I, p. n et 12.

(2) Voir G. GORRIS, s. j., Sint Servatius van Maastricht, (Geert-Groote- Genootschap, n. 48). La Have, 1923.

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II reste, en Tongrie, bien peu de vestiges de ce christianisme anterieur aux invasions du v e siecle (i).

Malgre la plus grande proximite du Rhin, artere commerciale si importante alors, les villes etaient encore plus rares dans la Belgique orientale que dans 1'autre partie. Et s'il est vrai qu'a la fin du iv e siecle, Treves, Cologne, Mayence, ne possedaient que des minorites chretiennes, a combien plus forte raison devra-t-on considerer les fideles de Tongres, comme un petit troupeau, pusilhis grex (2).

Entre saint Servais, dans la seconde moitie du iv e siecle, et Falco, dans le premier tiers du vi e , la liste episcopale de Tongres co:nprend sept noms ; Heriger, qui nous la transcrit, a la fin du x e siecle, ne possede pas le moindre renseignement sur eux (3). Ces tenebres epaisses dontnous parlions plus haut pour la Belgique occidentale, voilent done, aux j^eux de 1'historien, la vallee de la Meuse aussi bien que celle de 1'Escaut.

Mais, a partir de Clovis, quelques figures, des figures d'eveques surtout, sortent, comme timidement, de 1'ombre opaque. C'est Falco, auquel saint Remi ecrit une lettre assez dure, relativement a un conflit de juridiction qui avait eclate entre eux (4) ; c'est Domitien, qui souscrit, en 535, au concile de Clermont et, en 549, a celui d'Orleans (5); c'est Monulphe qui, dans la seconde moitie du vi e siecle, eleve, a Maastricht, une basilique en 1'honneur de saint Servais, et dont la saintete merite, a son tour, la veneration du peuple (6) ; c'est Gundulfus, a identifier peut-etre avec Bettulfus, 1'un des eveques presents au concile de Paris, de

(1) Le plus interessant est le tombeau de Koninxheim pres de Tongres. Voir notre Hisioire de I'Eglise, p. 61. Tournai, 1935.

(2) HAUCK, Kircliengescliiclite Deuisclilands, t. I, p. 26-33.

(3) C. 27, MGH, SS, t. VII, p. 176.

(4) MGH, Efiistolae merov. et Ttarol. aevi, t. I, p. n5-n6.

(5) MGH, Concilia t. I (ed. F. MAASSEN), p. 70 et 109.

(6) GREGOIRE DE TOURS, De Gloria confessomm, 71, SRM, t. I, p. 790 ; E. LE BLANT, Inscriptions chretiennes de la Gaule anterieure au VIP siecle, n. 2i5. Paris, 1866.

614 (i) ; c'est Ebergisus, dans lequel 1'eglise de Cologne veut voir un de ses eveques a elle, Evergisilus, enterre, d'abord, dans le diocese de Tongres (2).

Nous avons parle indifferemment du diocese de Tongres ou du diocese de Maastricht. On trouve, en effet, le nom de 1'une ou de 1'autre de ces villes, parfois meme de toutes les deux, figurant a cote de celui des eveques. Les historiens ont attribue a Monulphe le transfert du siege episcopal de Tongres a Maastricht. C'est a tort, car Domitien 1'un de ses predecesseurs, reside deja dans cette dernier e ville. II faut croire que, pillee et detruite par les Vandales au debut du v e siecle, 1'ancienne capitale des Tungri etait devenue inhabitable. Les eveques garderent longteraps le titre de leur ancienne residence. Peu a peu ils s'habituerent a porter celui de la nouvelle, c'est-a-dire de la ville bienheureuse qui conservait les restes de saint Servais (3).

Le predecesseur immediat de saint Amand sur le siege de Maastricht, s'appelait Jean 1'Agneau. Heriger a reuni sur son sujet quelques details provenant de la tradition orale (4). II aurait d'abord porte tout simplement le nom d'Agmts. Homme riche et noble, il surveillait les travaux agricoles dans ses proprietes, a Tihange, pres de Huy, lorsque, un beau jour, il fat accoste par un etranger qui se disait envoye, expres, d'au-dela des mers, par un ange, afin de le decider a devenir eveque. On. concoit 1'etonnement de ce brave homme. Ses occupations, sa femme, ses enfants, le tenaient bien eloigne delacarriere ecclesiastique. II avouait, d'ailleurs, n'avoir pas les vertus necessaires a cet etat, ne connaitre aucun des secrets de la vie contemplative, s'etre toujours abstenu d'aller aux ecoles. L'Agneau planta alors son baton en terre et declara que ce bois etait aussi inca-

(1) MGH, Concilia, t. I, p. 192. VAN DKR ESSEN, Etude critique, p. 167.

(2) DUCHESXE, Pastes episcopaiix, t. Ill, p. 189, note 5.

(3) Voir notre etude : Le transfert de la residence des eveques de Tongres a Maastricht, dans la Revue d'liistoire ecclesiastique, 1924, t. XX, p. 457-464.

(4) Gesta episcoporum Leodiensium, 29. MGH, SS, t. VII, p. 176-177. '

pable de germer que lui de devenir eveque. Mais, le baton se souvint tres opportunement de la verge d'Aaron et voulut imiter un si bel exemple. Bientot, il prenait terre, verdissait, se couvrait de branches et de feuilles. Le prodige ne pouvait rester ignore. II arriva jusqu'aux oreilles du peuple, reuni precisement pour elire un eveque a Maastricht. En hate, une ambassade fut envoyee chez 1'Agneau. Le grand proprietaire devint eveque et regut le nom de Jean. Ceci se passait, nous dit-on, sous Clotaire II, tandis que Dagobert etait delegue au gouvernement de 1'Austrasie (623-629).

En 647, Jean 1'Agneau mourait a son tour. Ses restes furent deposes dans 1'eglise saint Come, sur la colline, a Huy (I).

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