AUX FORTES DE LA FRISE 2OI
porte aussi, il est vrai, le nom de Saint-Pierre. Mais le prince des apotres etait tres frequemment choisi a cette epoque comme patron des eglises (i).
On a recemment nie que Chanelaus , ou, d'apres d'autres manuscrits, Chanalaus, Chenelaus, Canelaus , puissent correspondre au Calloo actuel. Chanelaus , d'apres les regies philologiques, devrait donner normalement Hanelao, Haneloo , mais pas Calloo. Leprofesseur J. MANSION, dont nous rapportons ici 1'avis, ne decouvre d'ailleurs nulle part a proximite de 1'Escaut, une autre localite actuelle a laquelle pourrait repondre linguistiquement le Chanelaus de 1'ancienne biographic (2). Malgre 1'exactitude de cette observation, nous nous rallions cependant a 1'ancienne intrepretation. Pour une raison nouvelle, neanmoins. Ainsi que nous croyons 1' avoir etabli dans notre introduction critique (3), 1'auteur de la premiere biographic n'a d'autres sources que la tradition orale. Est-il etonnant qu'alors, lui, clerc de Noyon, dans la region romane, orthographic d'une facon inexacte, d'apres le son percu et retenu, une localite du Nord, que manifestement il ne connait pas de science personnelle ? Or, il n'y a pas tres loin, pour 1'oreille, de Calollo, Kaluloe, Calulo , etc., a Chanelaus (4).
Situe a seize kilometres de Saint-Nicolas, a cinq et demi de Beveren, Calloo apparait aujourd'hui situe dans une vaste plaine de polders. Au loin, a droite, lorsque Ton arrive du sud, s'apercoit 1'Escaut. Du temps de saint Amand, d'apres le temoignage de son biographe, cette localite
(1) Cfr supra, p. 101 s.
(2) Namenknnde en geschiedknndig onderzoek, n. 2, dans les Verslagen en Mededeelingen der Komnfthjke Vlaamsche Akademie voor taal en letterkunde, 1920, p. 734-736.
(3) Voir p. 10 s.
(4) M. le CHAXOINE ROLAND, consulte sur ce petit problenie, se rallie a ma maniere de voir : Quant a 1'element Cane (laus), il aurait sans doxite ete mal saisi par 1'oreille du scribe. Ce n'est pas un phenomene rare .
n'etait pas encore rattachee a la terre ferme, mais formait une ile, commes celles de la region dite plus tard des Quatre- Metiers. Sa population devaitetre enpartiefrisonne.
La tradition orale n'a fourni a 1'ancien auteur, sur le sejour de saint Amand a Calloo, que bien pen de details et manifestement deformes par lalegende.
II ytravailla quelques jours (( aliquantis diebusn, avec ses freres spirituels . II precha veritablement dans le desert. Peut-etre meme y rencontra-t-il une opposition semblable a celle qui 1'avait accueilli a Gand. Mais pendant deux annees environ, un redoutable fleau vint s'abattre sur ceux qui avaient meprise la parole de Dieu, de telle fagon que des champs furent convertis en solitudes, que meme des vici et des castra furent detruits et qu'il ne resta dans ces regions presque plus personne parmi ceux qui avaient repousse la predication de 1'homme de Dieu .
Saint Willibrord, apres son premier voyage de Rome, devait commencer son apostolat par Anvers. Le castellum Andoverpense , situe aux frontieres des Prisons, parait avoir etc, quelques annees, vers 6g3, une sorte de retran-
chement pour la propagation de 1'Evangile (i). Or, la ville d'Anvers doit compter aussi saint Amand parmi ses apotres. Le seul temoigiiage qui nous raffirme est irrecusable. II se trouve dans le testament, de 726, de Rohingus et de Bebelina en faveur de saint Willibrord (2). Ces deux epoux donnent a 1'apotre des Prisons une eglise qiiae constructa est intra casirum Antverpis, super fluviumScalde, quam Dominus Amandiis pontifex in honor em sancti Petri etPauli apostolorum principum vel ceterorum sanctorum constrnxit . En 726, saint
(1) Expression, de W. LEVISON, SRM, t. VII, p. 83-84 Andoverpense castellum ad fines Frisonum situm, ubi olim Amandus et Eligius laboraverant, iis annis Willibrordo, quasi propugnaculum in evangelic propagando fuisse videtur .
(2) Chronicon Echternacense, 1. II, MGH, SS., t. XXIII, p. 63. Cfr ibidem, p. 5g. D'apres ce dernier passage, 1'eglise d'Anvers avait ete cedee a Willibrord par Rohingus, des 698.