‹ Saint Amand [microform]Chapitre 63 sur 136 · AUX FORTES DE LA FRISE IQQ · texte numérisé non relu

AUX FORTES DE LA FRISE IQQ

il reste des vestiges de nos jours (i). Au Sud du Moervaart et du Btirggravenstroom s'etendait le fiagtis de Gand (2). Or, cette frontiere primitive des deux dioceses marquait, sans doute, la separation entre les races frisonne et franque. Tandis que les anciens dioceses avaient ete caiques sur les Civitates, on chercherait vainement 1'equivalent du futur diocese d'Utrecht dans les cites de la Notice des Ganles. II est assez nature! , alors, qu'on ait attribue au nouveau diocese fonde par Willibrord toutes les populations d'origine frisonne et qu'on ait laisse a 1'eveque de Tournai-Noyon les populations d'origine franque. Ces frontieres, d'ailleurs, donnerent lieu, dans la suite, a bien des contestations. Dans une contree peu habitee, comme etait le nord de la Flandre, exposee aux incursions des peuplades germaniques et ou les debordements de la mer, ravageant sans cesse les contrees avoisinantes sur une etendue considerable, engloutissaient des villages entiers, creaient des criques et des cours d'eau, la ou il n'en existait pas, et changeaient ainsi continuellement 1'aspect du sol, la delimitation tant civile qu'ecclesiastique a du offrir des difficultes extremes et soulever dans la suite des incertitudes repetees. Aussi les conflits sont frequents entre les eveques de Tournai et d'Utrecht, au sujet de leur juridiction respective (3).

II suffisait done a Amand de passer la frontiere nord du pagus de Gand, dont 1'etendue n'etait pas tres grande, pour se trouver en Frise. Un homme de sa trempe, habitue a

(1) WARICHEZ, Les origines de I'egHse de Tournai', p. 101. Voir, pourle Moervaart, ce mot dans A. JOURDAIN et L. VAN STALLE, Dictionnawe de Geographic de la. Belgique, t. II, et la carte de la Flandre orientale, t. I, p. 392-393. Bruxelles, s. d.

(2) Voir plus haut, p. 127.

(3) WARICHEZ, op. cit.. p. 100. Ce savant autexir ne parle pas ex-professo des races ayant occupe les territoires dont il est question dans le texte. Dans une note de 1'ancienne, mais souvent tres remarquable, histoire de FR. RETTBERG (Kirchengeschichte Dentschlands, t. II, p. Soy, n. 10), ce savant exprime 1'avis qu'il faut chercher la limite des dioceses d'Utrecht et de Tournai in der alten Volksgrenze ,

vaincre les volontes opposees a la sienne et, d'autre part, toujours en quete de paiens a convertir, ne se sera pas laisse arreter par 1' obstacle naturel de quelques canaux. D'ailleurs, pres des frontieres, les communications entre populations voisines ne sont-elles pas incessantes ?

Mais voici qu'Amand, vers 65o, a renonce a 1'eveche de Maastricht. II se hate vers d'autres endroits . II decouvre une petite ile... (i). Cette petite ile a bien intrigue les historiens. Cependant 1'ancienbiographe la nomme et meme la situe, quoique tres approximativement. Parva insula, cui vocabulum est Chanelaiis, iuxta Scaldim fluvium . Des le ix e siecle, le poete Milon 1'identifiait avec Calloo, aujourd'hui, localite situee a 1'extremite Nord-Est de la Flandre orientale, dans le pays de Waes, sur 1'Escaut. Sa vie metrique de saint Amand nous la presente comme une ile ; il croit meme que son nom lui a etc donne en souvenir de la calvitie (calvus) de saint Amand.

Insula dicta nitet Calolao de vertice sancti Scald iuxta et girts curvo sinuamine flexis Praebet secessum nauiis gratisswius amnis (2).

L'identification du poete Milon a ete acceptee generalement, du bollandiste HENSCHENIUS au savant allemand BRUNO KRUSCH (3). Le premier rappelle, pour la confirmer, que, 1'eglise de Calloo et une chapellenie de cette paroisse appartenaient a 1'abbaye Saint-Pierre de Gand, fondee par saint Amand. Mais cet argument perd sa valeur, quand on sait qu'il nous reste un acte de 1179, inconnu de HEN- SCHENIUS, et par lequel 1'eveque de Tournai, Everard, remet a 1'abbaye Saint-Pierre le personnat et 1'autel de Kaloloo, avec ses appendices (4). L'eglise en question,

(1) C. 19, SRM, t. V, p. 443.

(2) CA, 1. Ill, v. 362-365. Poetae, t. Ill, p. 5g6.

(3) AA. SS., Februarii t. I, p. 820 (n. 23), SRM, t. V, p. 443, note 3.

(4) Voir cet acte dans FR. DE POTTER et J. BROECKAERT, Geschiedenis van de Gemscnien der provincie Oost-Vlaandertn, 3 serie, 2 partie, Kaloo, p. 45, n. i et 2. Gand, 1878.

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