‹ Saint Amand [microform]Chapitre 67 sur 136 · CHEZ LES VASCONS · texte numérisé non relu

CHEZ LES VASCONS

Voici d'abord quelle fut, a en croire la Vita Amandi, 1'occasion de ce nouveau deplacement du missionnaire. Pen de temps apres son apostolat a Calloo, il visita, sur leur demande, des freres qu'il avait laisses en divers endroits pour y exercer le saint ministere. C'est dans une de ces residences, sans doute fort primitives, qu'on lui parla des Vascons. Amand entendit raconter que cette race etait a ce point plongee dans 1'erreur, qu'adonnee aux augures et aux autres superstitions, elle adorait meme des idoles a la place du vrai Dieu... Ayant pitie de leur egarement, travaillant avec ardeur pour les arracher aux inspirations du demon, il leur precha la parole divine et leur annonga 1'evangile du salut. Or un jour, tandis quele Saint parlait, tin homme leger et petri d'orgueil, commenca a le singer. II langait aussi des plaisanteries de nature a exciter les rires. Mais, a la meme heure, le diable s'empara de ce miserable. On le vit se dechirer de ses propres mains. II dut bientot avouer que ses souffrances n'etaient que la punition du Ciel pour les insultes dont il avait abreuve rhomme de Dieu. Au milieu de ces tourments, le malheureux rendit Tame (i).

PIERRE DE MARCA (t 1664), dans sa celebre histoire du Beam, a voulu venger les Basques des allegations injurieuses, trouvait-il, du biographe d'Amand. Comment, se demande-t-il, peut-on supposer encore de 1'idolatrie chez ce peuple, dont les eveches etaient organises ? En effet, aux vi e et vn e siecles, la Novempopulanie forme la province ecclesiastique d'Eauze, dont dependent plusieurs eveches, comme Bigorre, Oloron, Couzerans, Lescar, Lectoure, Aire (2). Mais, repondait deja le P. HENSCHENIUS, 1'organisation des eveches du Nord empecha-t-elle plusieurs regions appartenant a ces circonscriptions diocesaines,

sans raison suffisante, deux voyages de saint Amand chez les Vascons, ainsi que nous 1'avons note plus haut, p. 144.

(1) VA 1 , c. 20; SRM, t. V, p. 443-444.

(2) II est a noter que 1'histoire de ces eveches de la province d'Eauze, aux vi e et vn e siecles, est fort obscure (DUCHESNE, Fasies episcopaux, t. II, p. 89 ss.)

Gand, par exemple, de conserver encore des restes manifestos de paganisme (i) ? On n'a pas attendu, dans les premiers siecles de 1'Eglise, pour etablir les eveches, que le paganisme ait disparu de la Civitas correspondante. Le biographe de saint Amand n'assure nullement que toute la race vasconne adorait encore de faux dieux, vers 65o. II se peut que, meme en ce qu'il dit, se soit glissee de 1'exageration. Ce n'est pas a lui, naturellement, que 1'historien des Basques s'adressera, pour connaitre avec precision 1'etat religieux des peuples habitant, au vn e siecle, les versants des Pyrenees. Mais, quand il nous amrme que saint Amand evangelisa, pendant un certain temps, les Basques, et qu'il riy rencontra que 1'insucces, nous Ten 0:03^0113, sauf preuve contraire, d'apres des principes exposes dans notre introduction. Et quand il nous confie que les Basques, au vn e siecle, etaient des voisins dangereux pour les Francs, quand il nous les depeint agiles dans les combats, il tombe d'accord avec le pseudo-Fredegaire et avec Tajon.

Une fois de plus mal paye de ses peines, Amand comprit-il alors qu'il perdait son temps a courir ainsi le monde? Peut etre. II ne semble plus avoir quitte son vrai terrain d'apostolat, celui sur lequel se realiserent incontestablement ses conquetes les plus importantes et les plus durables, la Gaule du Nord.

Le biographe rapporte a ce voyage de retour une anecdote, qu'il n'est pas parvenu a fixer geographiquement. C'est 1'histoire de la guerison d'un aveugle. II s'etait baigne les yeux dans une eau qui avait servi au saint missionnaire a se laver les mains (2).

(i) AA. SS., Febntariii. I, p. 816.

(>} VA*, c. 21: SRM, t. V, p.

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