‹ Saint Amand [microform]Chapitre 83 sur 136 · I. L'etablissement des fetes de saint Amand a Elnone · texte numérisé non relu

I. L'etablissement des fetes de saint Amand a Elnone

C'est dans 1'abbaye d'Elnone, ou saint Amand venait prendre quelque repos apres ses longs voyages apostoliques, ou furent mises par ecrit ses dernieres volontes, ou s'ecoulerent les dernieres annees de sa vie, ou se conserverent pendant de longs siecles ses precieuses reliques, qu'on cherchera tout d'abord son souvenir. Pour le garder vivace, les moines etablirent successivement quatre fetes, dont il n'est pas sans interet de rechercher 1'origine.

La plus ancienne est naturellement celle de sa mort : Natalis, depositio, transiius . Saint Willibrord celebrait deja, le 6 fevrier, la memoire de son predecesseur dans 1'apostolat des Prisons (i). Un peu plus tard, le codex Bernensis du martyr ologe hieronymien, dont 1'ecriture remonte a la fin du vm e siecle, range Amand parmi les saints veneres le 6 fevrier et 1'associe, comme il sera le plus souvent associe dans la suite, a un autre apotre de la Belgique, 1'eveque d'Arras, saint Vaast (2).

(1) Cfr supra, p. 203. Par erreur nous avons imprime la : huit des Kalendes, au lieu de huit des Ides.

(2) AA. SS..Novembris t. II, p. 17 (Texte du martyrologe hieronymien).

A cette fete, vint bientot s'en ajouter une autre, le 2,6 octobre. Milon fit un recit de sa genese, dans un sermon ou se revelentmalheureusement des inexactitudes fiagr antes. En voici le resume. L'eglise Saint-Pierre, dans laquelle avait ete depose le cadavre de 1'apotre, etait a la fois trop petite et trop modeste pour garder son tombeau. Sa situation au milieu du monastere interdisait, d'ailleurs, son acces au second sexe . Les moines d'Elnone en firent done construire une autre. Quand elle eut ete achevee, saint Eloi, qui se trouvait encore au nombre des vivants, consentit a venir la consacrer et a y transferer les reliques de son ami. Le couvercle du sarcophage enleve, on decouvrit le saint corps, intact, et dans 1'etat ou il avait ete enseveli seize annees auparavant. Les restes precieux furent alors transportes dans la nouvelle basilique et, le lendemain, apres la grand'messe, 1'eveque de Noj^on-Tournai permit a une foule immense de venir les venerer a 1'aise devant le maitre-autel. Enfin, comme cela se pratiquait a cette epoque, il fit deposer plus profondement en terre le tres precieux corps, afin de le derober a ceux qui le cherchaient, dans une pensee impie. Cette dedicace et la translation de saint Amand eurent lieu le 7 des Kalendes de novembre (26 octobre), jour auquel nous celebrons encore aujourd'hui, continue toujours Milon, ce double souvenir, en y ajoutant celui de sa consecration episcopale (i).

L'editeur allemand, M. KRUSCH, accuse Milon d'avoir invente la triple memoire celebree le 26 octobre ; il le traite d' auteur miserable , et ajoute qu'il a follement menti (2).

N'est-ce pas la employer de biens gros mots? Oui, Milon se trompe lourdement, quand il fait consacrer cette basilique et quand il y fait transporter les restes de saint Amand, par saint Eloi. Saint Eloi, en effet, estmortle I .decembre 660, quinze ans environ avant la mort de saint Amand. Sa bevue

(1) VA*, c. VI, SRM, t. V, p. 472-474-

(2) SRM, t. V, p. 4 io.

parait d'autant plus inintelligible, que nous lui devons precisement la transcription, dans sa Suppletio, du testament, auquel souscrit Mummolenus, le successeur de saint Eloi a Noyon-Tournai. Mais Milon, dans son sermon prononce le 26 octobre, afm de faire connaitre a la foule des fideles les vrais motifs de cette solennite, ne se refere qu'a la tradition orale; il a entendu raconter par les peres ce qu'il raconte lui-meme (i). Au lieu de 1'accuser ainsi de mensonge, n'est-il pas plus naturel et plus equitable de supposer que la tradition orale avait attribue a saint Eloi, celebre entre tous parmi les eveques de Noyon-Tournai et ami de saint Amand, une translation de reliques et une dedicace operees en realite par un de ses successeurs moins connus. Ajoutons que, dans la conviction de Milon, saint Amand est mort beaucoup plus tot qu'en 676, a savoir en 661 (2). Enfin la mention de Mummolenus dans le testament qxi'il publie le premier, ne lui a pas fait decouvrir son erreur, parce que le nom du siege ne s'y trouve pas a cote de celui de 1'eveque.

Quel etait le titulaire de cette eglise ou, seize ans apres sa mort, le corps de saint Amand fut transfere ? Les Annales majeures d'Elnone 1'appellent 1'eglise Saint-Etienne. On y lit, en, effet a 1'annee 677 : Dedicace de 1'eglise Saint- Etienne par saint Eloi et translation de saint Amand dans la meme eglise par le meme eveque (3). Mais si, pour honorer les reliques de saint Etienne, qu'elle posseda fort anciennement, cette eglise apparait parfois dans les documents, sous ce titre, elle porte bien plus souvent le nom de saint Amand lui-meme (4). Voila done, a cote de Saint-Pierre et

d) VA 2 , c. VI, SRM, t. V, P . 471.

(2) Cfr VA 2 , c. Ill, IV, VI ; ibidem, p. 457-409, 461.

(3) MGH, SS, t. V, p. ii. Cfr SRM, t. V, p. 472, n. i, p. 400, n. 2.

(4) Voir, dans le meme sens, MABILLON T , A A . SS. Ordinis sancUBenedicti, t. IV, p. 65 ; L.-C. BETHMANN, dans MGH, SS, t. XI, p. 409. Dans les inscriptions metriques d'Alcuin pour les eglises d'Elnone, il n'y en a aucune pour une eglise de Saint-Etienne, alors qu'il y en a pour les eglises de Saint-Martin, de Saint-Pierre, de Saint-Andre et de Sa.int-

de Saint-Amand, une troisieme basilique edifice dans 1'enceinte meme du monastere. Dans 1'epitaphe consacree par Alcuin (t 804) a Gislebert, abbe d'Elnone (t 782), on lit cependant ces deux vers qui font difnculte.

Hie pins ecclesiam sancti contruxit Amandi Cunctaque iam renovans claustra monasterii (i).

Gislebert est devenu eveque de Noyon-Tournai, anterieurement a 769. D'apres ces deux vers, 1'eglise de Saint- Amand aurait done etc construite peu avant cette date. Mais comment mettre d'accord ce renseignement avec celui de Milon ? II est a croire que Gislebert, sans operer de nouvelle translation des precieuses reliques, repara, reconstruisit, peut-etre, en partie, 1'eglise dont nous parleles ermon cite plus haut. Que si cette explication ne parait pas satisfaisante, il en existe une autre, mais qui s'ecarte notablement du recit de Milon. La tradition du ix e siecle aura oublie Gislebert, dont, en effet, Milon ne paiie pas, et mi aura sub-

Amand. On en trouve simplement une pour un autel de saint Etienne (MGH, Pocfae latini, t. I, p. 3o6). D'autre part, Milon fait transferer directement le corps du Saint de 1'eglise Saint- Pierre dans celle ou il repose maintenant (vers 85o), c'est-a-dire a 1'eglise de Saint-Amand. Le sacramental re de Saint-Amand ne parle pas d'eglise de Saint-Etienne, mais mentionne la Dedicatio eccksiae ipsius (Amandi) (Cfr infra, p. 273). Ajoutons encore que les Annales majeures d'Elnone signalent, en 1088, la Dedicatio eccksiae "beati Stepliani, c'est-a-dire evidemment de 1'eglise de Saint-Amand, incendiee en 1066 (MGH, SS, t. V, p. i3 ; a comparer MGH, SS. t. XIV, p. 3o5). L'oraisoii De sanciis loci, des Saints d'Elnone, est ainsi libellee : Propitiare quaesumus, Domine, nobis famulis tuis per sanctorum tuorum Stephani protomart3Tis atque CjTici necnon et beati Amandi confessoris tui atque pontificis et sanctorum quorum reliquie in present! continentur ecclesia (LEROQUAIS, Les sacramentaires, t. I, p. 258-26o). Les reliques de S. Cyr n'ont ete apportees a Elnone que dans la seconde moitie du ix c - siecle (DEVILVE, De Schola Elnonensi, p. 96), Saint Etienne et saint Atnand etant les Saints dont, le plus anciennement, on possedait les reliques, ou, peut-etre, dont on possedait les reliques les plus insignes, 1'eglise principale du monastere s'appelle indifferemment Saint-Etienne ou Saint-Amand.

(i) MGH, Poetae, t. I, p. 3o6.

stitue Eloi. Ce fait historique d'un abbe d'Elnone, Gislebert, devenu dans la suite eveque de Noyon-Tournai et construisant 1'eglise de Saint-Amand, se sera modifie ainsi : le plus celebre des eveques de Noyon-Tournai, Eloi, a consacre 1'eglise de Saint-Amand. Pour notre part, nous preferons la premiere de ces solutions.

La fete du 26 octobre est attestee comme une translation et comme une dedicace d'eglise, dans le sacramentaire de Saint-Amand, conserve a Stockholm, et decrit par LEOPOLD DELISLE (i). Ce precieux document doit avoir ete compose vers le milieu du ix e siecle. Apres trois autres solennites consacrees au Saint d'Elnone, et dont la premiere est le transitus du 6 fevrier, nous lisons ceci : VIII kal. novembris, Natale sancti Amandi episcopi. Et dedicatio ecclesiae ipsius. Nousnesomm.es pas en etat de decider si cette mention du sacramentaire est anterieure ou posterieure au sermon de Milon.

Un des successeurs de Gislebert a Elnone, Arno (782- 785), chargea le gardien de cette eglise, nomme Lothaire (t 828) (2), d'un travail important, en vue de proteger le tombeau du Saint centre les inondations frequentes de la Scarpe. Sans toucher au sarcophage meme, on eleva et on elargit la crypte ou se trouvait renferme le corps et Ton soutint son toit au moyen de douze arcades. L'archange saint Michel fat choisi comme patron de la crypte et Alcuin fat invite a conserver, par une inscription nouvelle, le souvenir de ces travaux.

(1) Memoires stir d'anciens sacrameniaires, p. 109. Cette fete du 26 octobre, soxis ce titre : "Sanctorum episcoporum Vedasti et Amandi, figure deja dans la recension M du mart3-rologe de Florus de Lj^on, qui doit vraisemblablement etre placee dans la premiere moitie du ix e siecle, d'apres DOM H. QUENTIX, Les martyrologes liistoviques die moyen age, p. 849 ; cfr p. 384. Paris, 1908.

(2) Sur Lothaire, cfr DESILVE, De Schola Elnonensi, p. 78-74 ; KRUSCH, SRM, t. V, p. 477.

Voici ce morceau poetique :

Dum sacra praesentis pervasit limina templi Saepius accrescens cumulatum gurgiteflumen, Non tulit A menus faedari templa sacerdos.

lusserat in melius renovari haec omnia praesul, Latior utfieret crypta et sublimior ista, Supponens tectis firmatos ter qiiater arais, Mysticus nt totam firmaret calculus aulam, Parvula praecelso consecrans tecta ministro Michaeli, caeli Christo qui adsistU in arce ; Atque preces offert sanctorum regi polorum.

Hie quoqne nostra ferat, cogitamus, voce tonanti, Auxilioque pio nosmet defendat iibique.

Hlotarius custos fecit mandante magistro :

Semper in aeternum Christus conservet iitrosque, Qui legit hos versus, dicat, rogo, pectore puro : Alcuino veniam scelerum, da, Christe, precamuf (i).

L'abbe Arno, devint, en 785, archeveque de Salzbourg. Le lecteur salt deja qu'en cette qualite, il n'oubliani Elnone, ni saint Amand.

Nous avons parle jusqu'ici de deux fetes, le 6 fevrier et le 26 octobre (2). Le sacramentaire de Stockholm en signale deux autres, dont 1'origine remonte au debut du ix e siecle. Elle nous est racontee, encore une Ibis, par Milon, et de la facon suivante.

L'an 809, des pluies extraordinaires firent deborder la Scarpe, laquelle n'est pas distante de vingt pas du tombeau de notre pere. Bientot les eaux penetrerent jusque dans la crypte. Alors, le tres sagace gardien du temple, Lothaire, concut le dessein d'elever le sarcophage , qui n'avait pas ete tire de terre depuis sa premiere elevation, seize annees apres la mort du Saint. On deposa le sepulcre sur la gauche

(1) Poetae latini, t. I, p. 3o6. Voir ibidem, p. 3o8. Cfr supra, p. i5g.

(2) Ces deux fetes seules etaient celebrees avec octave (cfr, par exemple. LEROQUAIS. Lcs sacrameniaires, t. I, p. 258).

et, apres avoir celebre tine messe solennelle, on 1'ouvrit, en presence de quelques temoins, admis par Lothaire. Encore une fois, le cadavre fut trouve intact, semblable a un dormeur, avec les habits pontificaux . Le gardien lui enleva la chasuble, retira des tiges de roseau que Ton avait jadis placees sous le corps pour le preserver de 1'humidite, et coupa les ongles des mains et des pieds, ainsi que la barbe, qui avait, nous raconte-t-on, continue de croitre apres la mort. Bien plus, arm de conserver quelques reliques, il osa meme arracher deux dents au cadavre, mais, pour y arriver, il dut se servir de tenailles. Chose merveilleuse, quelques gouttes de sang s'echapperent de la gencive, et, encore aujourd'hui, leur trace s'apercoit dans la boite d'ivoire, ou les deux dents precieuses furent d'abord deposees. Cependant, les macons executaient le travail qui leur avait ete commande par Lothaire. Le corps sacre, eleve ou tire de terre, leXII des Kalendes d'octobre, c'est-a-dire le 20 septembre, fut restitue , remis en place, leX des Kalendes de novembre, c'est-a-dire le 23 octobre. Neanmoins, 1'urne, au lieu d'etre replacee dans le sol, fut deposee plus haut, de facon a ce qu'on put la voir aisement et faire bruler des lampes en dessous d'elle. Sur la base, on grava ces mots du psalmiste : Plaec requies men in saeculnm saecnli : hie habitabo quoniam elegi earn (i). Ces faits, ajoute enfin Milon, nous ont ete racontespar les temoins oculaires qui restent encore nombreux en vie (2).

Les donnees principales de ce recit concordent avec celui des Annales de Saint- Amand (3). Cette annee (809), y lisons-nous, il y eut une telle inondation qu'on n'en avait jamais vu auparavant de semblable, en ce pays ; elle atteignit son maximum, le 5 des Kalendes de Janvier (28 decembre 808) (4). Et cette annee, le sepulcre de saint

d) Ps. n3. 14.

(2) VA 2 , c. VII, Sermo de ekvatione cohorts "beaii Amandi, SRM, t. V, p. 476-481.

(3) MGH, SS, t. I, p. 14, a. 809.

(4) L'auteur des Aimales suit le style de la Nativite (SRM, t. V, p. 411).

Amand fut eleve , le 12 des Kalendes d'octobre (20 septembre) et restitue a sa place, le 10 des Kalendes de novembre (23 octobre)(i).M. KRUSCH declare que certainement ce passage des Annales fut connu et copie par Milon. Le mot certainement est peut-etre trop categorique.

Quoi qu'il en soit, les deux fetes nouvelles remontent a 809 et la raison de leur creation est indubitable. Mais il ne faudrait pas croire aveuglement a tons les details que Milon, se basant sur le temoignage d'anciens religieux d'Elnone, nous rapporte dans son sermon. Ainsi, 1'elevation des reliques du Saint et 1'amenagement nouveau de la crypte paraissent bien, dans son recit, s'etre faits en pleine inondation. II est peu probable, cependant, que les eaux, dont le maximum fut atteint le 28 decembre 808, aient ete encore menacantes pour la crypte, le 20 septembre 809 (2). Le genre litteraire du sermon permet une certaine dramatisation des episodes et Milon parait avoir sacrifie a ses travers d'orateur et de poete, menie lorsqu'il ecrivait 1'histoire (3).

Les fetes de saint Amand se celebraient au milieu du ix e siecle, au temps de Milon, avec la plus graiide solennite. Nous avons resume deja les deux sermons qu'il composa, al'occasion de celles du 26octobre et du2o septembre, c'est-a-dire des deux elevations. Mais celle du 6 fevrier restait la principale. Dans la preface de sa vie metrique de saint Amand, composee alors qu'il n'etait encore que diacre, vers 85o, le poete nous decrit, en distiques faciles et elegants les preparatifs de cette solennite.

(1) C'est avec raison que M. KRUSCH (SRM, t. V, p. 410-411), a la suite de BETHMAXN (MGH, S3, t. XI, p. 410, n. i), mais en se separant, notamment. de MABILLON (A A. SS. ordinis S. Bencdicii, t. II, p. 780, n. et t. IV, p. 5g ss.), distingue deux inondations, celles de 782-780, sous Arno, et celle de 808-809.

(2) Cfr KRUSCH, SRM, t. V, p. 411.

(3) Ch supra, i.

Festa propinqudbant nostri veneranda patroni Instabatque dies terrigenis Celebris.

Ornabat nitidi praecelsa lidbitacula templi Pervigili cura sancta caterva gregis.

Candentes tunicas clique ornamenla per aras Ponebant tecla stamine purpureo.

More parabanhir solito pavimenla decenter Mar more commixtis ordinibus variis.

Pars aliqiia aptabat redolentia lumina ceris Formabalque chorus cantica mellifluus.

Pars et oliviferis appendens nasa corouis Fundcbat lucem corde, maim nttilam (i).

Devenu pretre, Milon se devait de composer aussi un sermon pour la fete du 6 fevrier. II n'y manqua pas et y alia d'un tres long morceau, ou la partie historique, au moins celle qui nous apporte des faits nouveaux, se trouve beaucoup plus reduite que dans les deux premiers. Apres avoir Justine 1'emploi des differents termes usites par

1'Eglise pour designer la mort d'un de ses saints : Natalis, depositio, transitus, 1'orateur s'attache au dernier et montre d'abord d'ou est sorti saint Amand : Unde transient . II est sorti du monde, dont il a foule aux pieds les richesses (2) ; il a repousse aussi et vaincu le serpent par la croix ; il a renonce enfin aux suggestions de son pere, a 1'amour humain, pour se donner a 1'amour de Dieu. Dans la seconde partie du sermon, Milon celebre la Paque du Saint, son transitus , son passage en Jesus : Qua-

(1) Cfr CA, Prooemium, v. 1-12. Poetae, t. Ill, p. 667.

(2) Dans un developpement oratoire, Milon nous dit qu'Amand meprisa les vasa... pretiosa magni ponderis ac decoris quibus epulae potentibus huius saeculi inferuntur , de meme qu'il renonca a 1'or, a 1'argent, aux pierres precieuses, etc. M. KRUSCH met en note, a ce passage (SRM, t. V, p. 464, n. 3) : Cfr V. Amandi c. 6, ubi de vasis quibus utebatur altum est silentium . II ne faudrait pas cependant arracher aux orateurs toutes les ressources du developpement. Voir aussi SRM, t. V, p. 409-410.

liter Pascha suum cum Jesu celebravit. Ici, le developpement manque de richesse. II se borne a nous montrer Amand pres du Christ, de Marie, des anges, des patriarches, etc. etc., a} r ant pris place parmi les senateurs du ciel , revetu des ornements pontificaux. La peroraison a pour but d'augmenter la foi, 1'esperance et la charite des auditeurs (i).

En 855, il se passa a Elnone un fait pretendument merveilleux, dont, encore une fois, Milon nous a laisse un recit circonstancie et poetique, bien que redige en prose.

C'etait le ig septembre, et 1'on se preparait a celebrer la seconde elevation du Saint. Mais, aux vepres de la vigile, les moines furent tres emus de ne pas voir, dans 1'eglise, une plus grande assistance et, pres du tombeau, un luminaire plus important. Complies recitees, les religieux, puis les gardiens eux-memes gagnerent leur couche. Les cierges avaient ete eteints et les lampes de nuit allumees. Cependant, 1'un des sacristains, rentre peu apres dans labasilique ne fut pas mediocrement surpris d'y voir encore un cierge qui brulait. II 1'eteignit. Deux de ses confreres, venus apres lui, trouverent le cierge rallume et 1'eteignirent a leur tour. Quand, a 1'heure de matines, les moines se releverent, un nouveau prodige les attendait : cette fois, ce n'etait plus seulement un cierge, mais trois qui s'etaient allumes d'euxmemes. Aussi, apres Matines, 1' arm.ee monastique, transportee de reconnaissance, se mit-elle a remercier Dieu. Milon composa, de son cote, quelques vers en I'lionneur du saint pontife. On decida de celebrer desormais, le 20 septembre, avec la seconde elevation, le don de la lumiere envo^'ee du ciel (2).

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