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VI. Le vrai et le faux corps de saint Amand

Si Ton excepte son sejour a. 1'abbaye de Saint-Germamdes-Pres, en 884, et les deux voyages qu'on lui fit entreprendre, en 1066 et en 1107, le corps de saint Amand demeura toujours a Elnone. II en disparut malheureusement, a la Revolution francaise, dans des circonstances restees mysterieuses. L'on dit, en general, qu'au jour de 1'envahissenient et du sac du monastere par les bandits, les precieuses reliques furent jetees, avec beaucoup d'autres, dansunbrasierallumesurlagrand'placedelaville. M. 1'abbe MAES, auteur d'une vie populaire de saint Amand, place plutot leur destruction, 1'annee suivante, en 1794, qnand les moines furent defmitivement expulses de leur abbaye.

Depuis 1866, une partie de 1'os de 1'avant bras du Saint est veneree a Saint- Amand. Une r clique semblable se trouve a Flers-en-Escrebieuse, pres de Douai (i).

Au moyen age, on se glorifiait naturellement beaucoup de rinsigne depot confie au monastere de la Scarpe. Lietarde, une femme inconnue, mais charitable, legua, apres la mort de son mari, certains biens a cette abbaye ou lepontife du Christ, Amand, repose corporellement (2).

On n'osa guere disputer a celle-ci son tresor. Cependant, en 1'annee 1267, le bruit se repandit qu'on venait de decouvrir, a Saint-Germain-des-Pres, le veritable corps du saint missionnaire.

Une relation faite par un moine contemporain, nous narre les evenements qui s'etaient passes alors (3). En voici le resume :

Parmi beaucoup d'autres corps saints, celui du bienheureux Amand avait ete porte jadis dans notre eglise. Les

(1) MAES, op. cii., p. 5-7, i83-i88.

(2) DUVIVIER, RechercJtes sur U Hainaut ancien, t. I, p. 335.

(3) Publiee notamment par DOM BOUILLART, Histoire de I'dblaye royals de Saint-Germain-des-Pres, p. LXII-LXV (pieces justificatives). Paris, 1724.. Cfr ce texte, p. i33-i35.

personnes qui 1'y avaient cache etaient mortes depuis longtemps, sans avoir confie leur secret a personne. Cependant, la foule pieuse continuait a venir prier 1'apotre de la Belgique, devant un autel dedie a saint Thuriave, et elle croyait que ses reliques se trouvaient encore tout pres de la. En particulier, les femmes steriles ou craignant de mettre au monde un mort-ne, recouraient a 1'intercession du Saint.

L' autel etait fort vieux. II devint indispensable d'y effectuer certain travaux. Or, la veille de la Pentecote, on decouvrit derriere lui uiie petite armoire. Les rnoines, tres intrigues, la forcerent et y trouverent une chasse de bois couverte d'une etoffe de soie. Dans la chasse, les ossements avaient ete egalement enveloppes d'une etoffe de soie. Les religieux ne savaient trop s'ils avaient affaire a un Saint, quand Ton decouvrit un petit billet, bien cache, sur lequel le prieur dechiffra ces mots : Hie iacet sanctiis Amandiis episcopus. Aussi, sans plus attendre, entonna-t-on le Te Deum et sonna-t-on les cloches.

Une des parois de la chasse manquait. Celle-ci ne portait aucun caractere d'ecriture, elle n'etait pas merne scellee. Le naif auteur de la relation est convaincu que cette pauvrete etait volontaire, car, ainsi, les mechants, c'est-a-dire les Vandales, les Goths, ou d'autres barbares, negligeraient cette depouille mortelle, comme celle d'un homme peu remarquable.

L'abbe de Saint-Germain-des-Pres etait alors absent : car il avait ete invite, par le roi, saint Louis, a une ceremonie solennelle, dans laquelle le jeune Philippe le Hardi devait etre ad oube chevalier (i). Onn'osapasprendre, sans lui, de resolution definitive. La chasse, entouree de soie, puis de rubans munis de sceaux, fut placee sur 1'autel de saint Germain, sous la garde de quelques moines. Le lendemain, 1'abbe, revenu de la fete, convoqua le chapitre ; les moines

(i) Voir dans Receuil des liisioriens des Gcutles et de la France, t. XXI, p. 3g3-3g7. Paris, i855, la liste des depenses faites a cette occasion,

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proposerent unanimement que Ton demandat au legat, Simon de Brie, ce qu'il convenait de faire de ces reliques. Le delegue pontifical ne put venir en personne mais nomma des commissaires, parmi lesquels 1'abbe de Saint-Germain et celui de Sainte-Genevieve.

Le vendredi apres la fete de sainte Marie- Madeleine, la messe fat celebree, a 1'autel de saint Germain, en 1'honneur de saint Amand. Puis, la chasse fat portee par les commissaires sur 1'autel de saint Vincent. On compta tons les os, qui etaient au grand complet. Nous etions tous presents a cette ceremonie, continue le narrateur, ainsi que les deputes d'un roi d'Espagne (i), qui nous avait envoye une lettre demandant des reliques . Ce souverain ayant defait les Sarrasins, voulait batir des eglises sur le territoire reconquis et, pour cela, il avait besoin de reliques. On lui donna le menton de saint Amand, avec toutes les dents de la machoire infer! eure. La tete futlivree au sacristain, pour la deposer dans le tresor. Les abbes retinrent pour eux quelques cotes, des dents et des doigts. Le reste fat dument enveloppe, scelle et place dans une chasse nouvelle. On dressa proces-verbal de cette ceremonie et il y fut fait mention aussi de la decouverte de la chasse, de la tradition d' apres laquelle le corps de saint Amand avait ete apporte a Paris, au temps des Vandales (!), et du billet trouve pres des reliques (2). Le crane du saint a ete, vers le meme temps, ajoute Dom BOUILLART, historien de Saint-Germamdes-Pres, enchasse dans un chef de vermeil par les soins d'Alexandre, sacristain ou tresorier de 1'abbaye ; comme on le peut voir dans cette inscription qui est sur sa tombe, devant la porte de la grande chapelle de la Vierge, ou il est represente tenant entre ses bras la tete seule d' Amand, telle qu'on la conserve encore aujourd'hui : Ci gist Alexandre

(1) Alphonse de Leon, precise DOM BOUILLART jplutot, Alphonse VIII de Castille (1158-1214).

(2) Voir cette piece, dans DOM BOUILLART, oj>. cii., p. LXV (pieces justificative s).

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moyne de cette eglise, qui fit mettre en argent le menton seint Vincent, et le chef seint Amand, et le pie des Innocens, qui toujours en son vivant fu preudhomme et vaillant. Priez Dieu pour Tame de lui. Amen .

Ainsi, au xvui e siecle, les moines de Saint-Germain croyaient, aussi fermement qu'en 1267, posseder le corps du Saint. Leur persuasion etait loin d'etre partagee d'une maniere generale. On etait d'un autre avis, naturellement, aux bords de la Scarpe. Mais MABILLON est convaincu que les restes de saint Amand se trouvent toujours a Elnone, quoiqu'il s'exprime avec prudence (i). HENSCHENIUS ne daigne pas discuter la tradition de 1'eglise de Saint-Germain.

L'auteur de la relation de 1267 a eu soin de nous donner quelques details de nature a expliquer en grande partie 1'erreur commise par ses confreres et par lui. Saint- Germain-des-Pres a beaucoup souffert, et a differentes epoques, des peuples barbares. De tous cotes, on y amenait des reliques, que Ton croyait plus en lieu sur, pres de la cite que dans les campagnes. Cependant, bien des fois, des tombes furent violees ; bien des fois, des corps entiers furent caches a la hate dans les souterrains ou dans des armoires ; bien des fois, on enleva, avec une precipitation egale, les tresors ou reliques amenes dans 1'abbaye de la Seine. II n'est done pas etonnant que Ton ait cru retrouver, dans ce monastere, un corps qui, reellement, y avait sejourne. La persuasion qu'il s'y trouvait toujours et 1'ardent desir dele decouvrir devaient porter les bons moines de 1267 a ne pas se montrer tres difficiles et a juger bien vite irresistibles des arguments qui ne meritaient point tant d'honneur.

(i) A A. SS. ordiuis S. BenedicU, t. II p. 788.

APPENDICES

Appendice I. Chronologic de saint Amand

A la suite de Milon de Saint-Amand (i), les auteurs du rtioyen age out generalement admis Syi, comme date de la naissance, et 661, comme date de la mort de 1'apotre de la Belgique. C'est le systeme, par exemple, des Annales Elnonenses maiores (2).

Les savants du xvn c et du xvm e siecle qui se sont occupes avec le plus de competence de ces questions, ont etabli que la seconde annee du regne de Thierry III, quand fut signe le testament, se pla9ait, non pas en 661, mais en 675. C'etait la un grand progres. Malheureusement, ils se sont trop attaches a deux donnees de Milon qui peuvent ne pas etre exactes : Amand mourut un dimanche et nonagenaire. De facon a trouver, apres 676, une annee dont le 6 fevrier tombat un dimanche, ils sont descendus jusqu'a 679, pour la mort ; quant a la naissance, elle devait, consequemment, avoir eu lieu, en 58g. Tel est le calcul de LECOINTE et de MABILLON (3). Pour HENSCHENIUS, il croit, lui, que saint Amand est mort dans la nuit du samedi au dimanche 684 et qu'il est ne en 694 (4).

(1) VA=, c. IV, SRM, t. V, p. 4 5 7 .

(2) MGH, SS, t. V, p. ii.

(3) C. LECOINTE, Annales ecdesiastici Francorum, t. II, p. 349, t. Ill, p. 741-742 et 794-796 ; MABILLON, AA. SS. Ordinis sancti Bencdicti, t. II, p. 723, n. et Annales Ordinis scmcti Bentdicti, t. I, p. 543.

(4) Cfr le travail de HENSCHENIUS, dans AA. SS. , Februavii 1. 1, p. 829- 840, qui, cependant, admet encore, en i658, que le testament est de 682 et place la mort en 684 (cfr p. 837). II changea d'avis, sur la date au moins du testament (675). Cfr AA. SS. Belgii, t. IV, p. 176-180.

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Quelques dates, dansla carriere de saint Amand,paraissent incontestables et nous aliens les enumerer tout d'abord :

6 fevrier. Mort.

17 avril 674 ou 676. Testament.

i aout 663. Donation de la villa de Barisis a saint

Amand par Childeric II.

i5 aout 666. Donation de saint Amand au monastere

de Barisis.

(apres octobre) 649. Lettre du pape saint Martin a saint Amand.

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