‹ Saint-Amant: La solitude: La contemplateur; La jouissance; Le palais de laChapitre 14 sur 46 · PIÈGES VARIÉES · texte numérisé non relu

PIÈGES VARIÉES

Et d'où sort> quand on le veut boire.

Un air de framboise à la gloire Du bon terroir qui Ta porté Pour notre étemelle santé ?

Non, ce n'est rien d'entre ees choses, Mon penser, que tu me proposes.

Qu'est-ce donc ? Je l'ai découvert Dans ce panier rempli de vert :

C'est un MELON, où la nature.

Par une admirable structure, A voulu graver à l'entour MiUe plaisants 'chiffres d'amour.

Pour claire marque à tout le monde Que d'une amitié sans seconde Elle chérit ce doux manger Et que, d'un souci ménager, Travaillant aux biens de la terre, Dans ce beau fruit seul elle enserre Toutes les aimables vertus Dont les iiutres sont revêtus.

Baillez-le-moi, je vous en prie, Que j'en commette idolâtrie :

Oh 1 quelle odeur ! qu'il est pesant I Et qu'il me charme en le baisant !

Page, un couteau, que je l'entame ; Mais qu'auparavant on réclame.

Par des soins au devoir instruits,

Pomone, qui préside aux fruits.

Afin qu'au goût il se rencontre Aussi bon qull a belle montre, Et qu'on ne trouve point en lui Le défaut des gens d'aujourd'hui.

Notre prière est exaucée»

Elle a reconnu ma pensée :

C'en est fait, le voilà coupé, Et mon espoir n'est point trompé.

dieux ! que l'éclat qu'il me lance.

M'en confirme bien l'excellence !

Qui vit jamais un si beau teint !

D un jaune sanguin il se peint ; Il est massif jusques au centre, Il a peu de grains dans le ventre, Et ce peu-là, je pense encore Que ce soient autant de grains d'or; Il est sec ; son écorce est mince ; Bref, c'est un vrai manger de prince ; Mais, bien que je ne le sois pas.

J'en ferai pourtant un repas.

Ha ! soutenez-moi, je me pâme Ce morceau me chatouille l'âme; Il rend une douce liqueur Qui me va confire le cœur ; Mon appétit se rassasie

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De pure et nouvelle ambroisie, Et mes sens par le goût séduits^ Au nombre d'un sont tous réduits.

Non, le coco, fruit délectable, Qui lui tout seul fournit la table De tous les mets que le désir Puisse imaginer et choisir, Ni les baisers d'une maîtresse.

Quand elle-même nous caresse.

Ni ce qu'on tire des roseaux Que Crète nourrit dans ses eaux, Ni le cher abricot, que j'aime, Ni la fraise avecque la crème.

Ni la manne qui vient du ciel.

Ni le pur aliment du miel, Ni la poire de Tours sacrée.

Ni la verte figue sucrée.

Ni la prune au jus délicat.

Ni même le raisin muscat (Parole pour moi bien étrange).

Ne sont qu'amertume et que fange Au prix de ce melon divin.

Honneur du climat angevin.

Que dis-je, d'Anjou? je m'abuse:

C'est un fruit du crû de ma muse.

Un fruit en Parnasse élevé.

De l'eau d'Hyppocrène abreuvé.

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Mont, qui pour les dieux seuls, rapporte

D'excellents fruits de cette sorte^

Pour être proche du soleil,

D'où leur vient ce goût nonpareil :

Car il ne serait pas croyable

Qu'un lieu commun, quoique a^éable,

Eût pu produire ainsi pour nous

Rien de si bon ni de si doux.

vive source de lumière!

Toi dont la route coutumière Illumine tout l'univers; Phœbus, dieu des fruits et des vers.

Qui tout vois et qui tout embrasses^ Ici je te rends humbles grâces D'un cœur d'ingratitude exempt, De nous avoir fait ce présent; Et veux, pour quelque récompense, Dire en ce lieu ce que je pense Et de ce melon et de toi.

Suivant les signes que j'en voi.

Mais que tandis, ô dière troupe, Chacun laisse en repos la coupe.

Car ce que je vous vais chanta Vaut bien qu'on daigne l'écouter :

Après que Jupiter, avecque son tonnerre.

Eut fait la pétarade aux enfant* de la ierre.

PlèCES VARIÉES

Et que les dieux, lassés, revinrent du combat Où Pan perdit ses gants, Apollon son rabat, Mars Tun de ses souliers, Pallas une manchette, Hercule, par un trou, l'argent de sa pochette. Mercure une jartière * et Bacchus son cordon^ Pour s'être, dans les coups, jetés à l'abandon ; Après, diô-je, ce choc, où Tâne de Silène Aux plus mauvais garçons fit enfin perdre haleine. Par l'extrême frayeur que sa voix leur donna. De quoi le ciel frémit et l'enfer bourdonna ; On dit qu*il fut conclu qu'en signe de victoire Tout le reste du jour se passerait à boire.

Et que chacun d'entre eux, fournissant au banquet, Apporterait son mets troussé comme un paquet.

Soudain, de tous côtés sur l'Olympe se virent Plats deçà, plats delà, que les Nymphes servîrei Le bras nu jusqu'au coude et le sein découvert, Orné de quelque fleur avec un peu de vert.

Ce dieu qui des premiers autorisa l'inceste, Devant qui les plus grands de la troupe céleste, Plus petits que cirons, de peur de le fâcher. N'oseraient seulement ni tousser ni cracher ; L'audacieux Jupin, pour commencer la danse, Et présenter à l'œil de quoi garnir la panse, Fit apporter pour soi, dans un bassin de prix. Quantité de gibier que son aigle avait pris.

La superbe Junon^ qui dans une charrette Que des paons font rouler, fait souvent sa retraite En l'empire incertain des animaux volants.

Prit de la main d^Iris un bouquet d'ortolans. Qui fleurissait de graisse, et conviait la bouche A lui donner des dents une prompte escarmouche. Durant qu'il était chaud, et qu'il s'en exhalait Un gracieux parfum que le nez avalait.

Le compère Denys *, à la trogne vermeille, Qui veut toujours siffler, même quand il sommeille, Rendant de son pouvoir Ganimède ébahi.

Voulut que le nectar fît place au vin d'Aï, Dont il fit apporter par ses folles Ménades, Qui faisaient en hurlant mille pantalonnades, Cinquante gros flacons remplis jusques aux bords, Pour le plaisir de l'âme, et pour le bien du corps.

La déesse des fours, des moulins et des plaines, Où l'œil du bon pitaud * voit l'espoir de ses peines ; Celle qui, s'éclairant de deux flambeaux de pin, A force de trotter usa maint escarpin En cherchant nuit et jour la donzelle ravie, Cérès au crin doré, le soutien de la vie.

Munit les assistants, au lieu de pain mollet. De biscuits à l'eau rose, et de gâteaux au lait.

Celui qui sur la mer impétueuse et fière, En son humide main porte une fourche fière,

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Dont il rosse les flots quand ils font les mutins, Excités par les vents, qui sont leurs vrais lutins, Fit servir devant lui, par la fille de chambre De madame Thétis, un plat d'huîtres à l'ambre, Que l'un de ses Tritons, non pas sans en goûter, Du fond de l'Océan lui venait d'apporter.

Celle qui sur un mont sa chasteté diffame, La princesse des flots, qui, comme sage-femme, Assiste à ce travail où l'on pisse des os.

Et dont elle délivre en disant certains mots ; Diane, au front cornu, de qui Thumeur sauvage Ne se plaît qu'aux forêts à faire du ravage.

Fit mettre sur la table un faon de daim rôti. Que d'une sauce à Tail on avait assorti.

Le forgeur éclopé qui fait son domicile Parmi les pets flambants que lâche la Sicile, Ce beau fils qui se farde avecque du charbon. Fit porter par Stérope un monstrueux jambon Et six langues de bœuf qui, depuis mainte année. En grand pontificat ornaient sa cheminée.

Où tout expressément ce patron des cocus Les avait fait fîimer pour donner à Bacchus.

La garce qui naquit de l'excrément de Tonde Pour courir l'aiguillette en tous les lieux du monde, Vénus, la bonne cagne * aux paillards appétits. Sachant que ses pigeons avaient eu des petits,

Ed fit faire ui) pâté, que la grosse Ëuphrosioe^ Qui se coûDalt des mieux à ruer en cuisine^ Elle-même apporta plein de culs d'artichaut^ Et de tout ce qui rend celui de l'homme chaud.

Le bouc qui contraignit la nymphe des quenouilles De se précipiter dans les bras des grenouilles Pour sauver son honneur qu'il voulait escroquer, En Tardeur dont Amour Vêtait venu piquer, Pan^ le roi des Auteurs^ de qui dans TArcadie Les troupeaux de brebis suivent la mélodie, Honora le festin d'un agneau bien lardé, Que des pattes du loup son chien avait gardé.

Et, bien que l*on eût cru qu'en cet acte rebelle, La vieille au cul crotté, la terrestre Cybèle, Des orgueilleuses gens eût tenu le parti, Auquel en demeura pourtant le démenti, Elle ne laissa pas, quittant Phlegre à main gauche, Comme mère des dieux d'être de la débauchei Et de leur apporter, se traînant au bâton, Des champignons nouveaux, cuits au jus de mouton, Avecque de leurs sœurs, d'excellentes morilles, Et des truffes encor, ses véritables filles Qu'un porc qu'on mène en laisse,éventant d'assez loin, Fouille pour notre bouche et renverse du groin *.

Le seigneur des jardins, que les herbes révèrent, Et Vertumne et Pomone ensemble s'y irouvèrent.

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D'asperges, de pois verts, de salades pourvus, Et des plus rares fruits que jamais on eût vus. Bref, nul, en ce banquet, hormis le vieux Saturne, Qui, flatté d'un espoir sanglant et taciturne, Du complot de Typhon avait été Tauteur ; Nul, dis-je, hormis Mars, le grand gladiateur ; Nuly hormis le Thébain qui charge son épaule D'un arbre tout entier en guise d'une gaule ; Nul, hormis la pucelle aux doigts laborieux, Qui de ceux d^Arachné furent victorieux ; Et nul, hormis Mercure, en cette illustre bande. Ne vint sans apporter, par manière d'offrande. De quoi faire ripaille, ainsi que l'avait dit Celui qui sur l'Olympe a le plus de crédit.

Encore, entre ceux-là, l'histoire représente Que si de rien fournir Minerve fut exempte.

C'est pour l'amour du soin qu'elle voulut avoir De mettre le couver t,'^où la belle fit voir Mainte œuvre de sa main superbement tissue ; Que quant au bon Hercule avecque sa massue, C'est qu'il était alors, pour garder ses amis. En qualité de suisse à la porte commis ; Que, quant au furibond, au traîneur de rapière, Au soudart thracien, qui d'une âme guerrière Emploie à s'habiller enclumes et marteaux.

C'est qu'il eut le souci d'aiguiser les couteaux ; Et que, pour le causeur à la mine subtile. De qui la vigilance aux festins est utile,

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Et qui n'entreprend rien dont il ne vienne à bout^ C'est qu'il s'était chargé de donner ordre à tout. Or, pour venir au point que je vous veux déduire, Oùjeprieaux bons Dieux qu'ils me veuillent conduire. Vous saurez, compagnons, que parmi tant de mets, Qui furent les meilleurs qu'on mangera jamais, Et parmi tant de fruits, dont, en cette assemblée. Au grand plaisir des sens, la table fut comblée. Il ne se trouva rien à l'égal d'un bcelon Que Thaliel apporta pour son maître Apollon.

Que ne fut-il point dit en célébrant sa gloire Et que ne dirait-on encore à sa mémoire ?

Le Temps, qui fripe tout, ce gourmand immortel. Jure n'avoir rien vu ni rien mangé de tel I Et ce grand repreneur, qui d'une aigre censure Voulait que par un trou l'on nous vît la fressure, Mome* le médisant, fut contraint d'avouer Que sans nulle hyperbole on le pouvait louer.

Dès qu'il fut sur la nappe, un aigu cri de joie Donna son corps de vent aux oreilles en proie ; Le cœur en tressaillit, et les plus friands nez D'une si douce odeur furent tous étonnés ; Mais quand ce vint au goût,ce fut bien autre chose: Aussi d'en discourir la muse 'même n'ose ; Elle dit seulement qu'en ce divin banquet D fit cesser pour l'heure aux femmes le caquet.

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Phœbus, qui le tenait, sentant sa fantaisie D'un désir curieux en cet instant saisie, En coupe la moitié, la creuse proprement ; Bref pour finir le conte, en fait un instrument Dont la forme détruit et renverse la fable De ce qu'on a chanté, que jadis sur le sable Mercure, trouvant mort un certain limaçon.

Qui vît parfois en bête et parfois en poisson, Soudain en ramassa la coque harmonieuse.

Avec quoi, d'une main aux arts ingénieuse Aussi bien qu'aux larcins, tout à Theure qu'il l'eut. Au bord d'une rivière il fit le premier luth. Ainsi, de cette écorce en beauté sans pareille Fut fabriqué là-haut ce charmeur de l'oreille. D'où sortit lors un son, par accents mesuré.

Plus doux que le manger qu'on en avait tiré.

Là maintes cordes d'arc, en grosseur différentes. Sous les doigts d'Apollon chantèrent des courantes; Là mUle traits hardis, entremêlés d'éclats, Firent cabrioler les pintes et les plats ; Le plus grave des Dieux en dansa de la tête, Et le plus beau de tous, pour accomplir la feste, Joignant à ses accords son admirable voix.

Déconfit les Titans une seconde fois.

Voilà, chers auditeurs, l'effet de ma promesse ; Voilà ce qu'au jardin arrosé du Permesse, TherpsicQre au bon bec, pour qui j'ai de l'amour, En voyant des melons me prôna l'autre jour.

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J'ai trouvé qu'à propos je pouvais vous l'apprendre, Pour décharger ma rate et pour vous faire entendre Que je crois que ce fruit, qui possède nos yeux, Provient de celui-là que brifèrent * les dieux ; Car le roi d'Hélicon, le démon de ma veine.

Dans le coin d'un mouchoir en garda de la graine, Afin que tous les ans il en pût replanter, Et d'un soin libéral nous en faire goûter.

manger précieux ! délice de la bouche !

doux reptile herbu, rampant sur une couche !

Oh Ibeaucoup mieux que Tor, chef-d'œuvre d'Apollon! fleur de tous les fruits I ravissant melon !

Les hommes de la cour seront gens de parole, Les bordels de Rouen seront francs de vérole, Sans vermine et sans gale on verra les pédants, Les preneurs de pétun auront de belles dents. Les femmes des badauds ne seront plus coquettes, Les corps pleins de santé se plairont aux cliquettes, Les amoureux transis ne seront plus jaloux, Les paisibles bourgeois hanteront les filons, Les meilleurs cabarets deviendront solitaires, Les chantres du Pont-Neuf diront de hauts mystères, Les pauvres Quinze-Vingts vaudront trois cent argus, Les esprits doux du temps paraîtront fort aigus, Maillet fera des vers aussi bien que Malherbe, Je haïrai Faret, qui se rendra superbe, Pour amasser des biens avare je serai,

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