‹ Saint-Amant: La solitude: La contemplateur; La jouissance; Le palais de laChapitre 15 sur 46 · PIÈGES VARIÉES H · texte numérisé non relu

PIÈGES VARIÉES H

Pour devenû'plus grand mon cœur j'abaisserai, Bref, ô MELON sucrin, pour t' accabler de gloire, Des faveurs de Margot je perdrai la mémoire, Avant que je t'oublie et que ton goût charmant Soit bi£Fé des cahiers du bon gros Saint- Amant.

LE POÈTE CROTTÉ A Monseigneur le duc de Retz.

FRAGMENT (l)

Ha ! beaux yeux I ha ! docte maîtresse 1 Pour qui mon pied marche en détresse, Gente Perrette, mon souci, A qui, jeunet, d'amour transi, J'abandonnais moi-même en proie Mon cœur, mon poumon et mon foie, Mon corps de l'un à l'autre bout, Trippes, boudins, et merde et tout :

Hélas I fautril que je te quitte 1 Oui, l'ordonnance en est prescrite.

(i) Le poète crotté, Marc de Maillet, cha gage archaïque, imité de Jloasard et de D amours hypothétiques avec M"« de Gouroaj alors fort ridicule. Voyez Tallemant des lection des plas belles page^.

Je voudrais bien que non, mais quoi 1

Nécessité n'a point de loi .

L'horrible misère, laquelle

Oncques ne va sans sa séquelle^

Dueil^ dam^ dol^ peur, mort^ froid, soif, faim,

Honte, chagrin, rancœur, meshain *,

Paresse, désespoir, envie.

Et de tous les maux de la vie.

Malgré moi me contraignent à

Laisser ton œil qui m'empesta.

Au moins, ô ma chère Sybiie 1 N'aie la mémoire labile * :

Remembre-toi de ton côté De ton pauvre rimeur crotté, Et du mien j'aurais pour hôtesse Dans le chef ma haute poétesse.

Dont les écrits, comme mes vers.

Sont les torches de T univers ; Remembre-toi des sérénades Qu'en mes nocturnes promenades, Accompagné d'un vielleur Aveugle, afin que déceleur De nos amours il ne pût être, Discrétion (qui reconnaître Se doit bien) je t'ai si souvent Donnée à la pluie et au vent ; Remémore-toi davantage.

PIÂGBS VARIÉES

Que, quoiqu'en un douzième étage

Tu te gîtes, proche du ciel,

Et c'est pourquoi, mon tout, mon miel,

Ci-devant haute t'ai nommée,

Toutefois, d'une âme charmée

N'ai pas laissé, grimpant en ours,

De te visiter tous les jours.

Item, recorde-toî qu'en somme.

Malgré ce que ce diahle d'homme,

Cette bedaine d'Allemand,

Ce fin railleur, ce faux Normand,

Ce vrai démon de la satire.

Né pour notre commun martyre,

A dit de bouche ou par écrit

De ton corps et de ton esprit.

Tantôt accomparant ta mine

A quelque vache qui rumine,

Tantôt chantant qu'un siècle entier

A grêlé dessus ton quartier ;

Tantôt, t'appelant vieille chatte.

Poil de goret, caboche plate.

Nez roupieux, œil éraillé.

Bec de pivert, teint écaillé.

Menton velu, cou de belette.

Sein de drapeau *, corps de squelette.

Bras d'osier sec, main de guenon.

Jambe de grue et pied d'ânon ;

Tantôt, disant que de Virgile

SAINT AH AMT

Tu honnis Tadarable style, Que son beau sens perverti a^ Avec ton galimatias; Que tu apte n'es ni idoine Qu'à servir de folle à la roine^*, Et qu'en un état bleu réglé Ton cher ponant * serait sanglé.

Recorde^oi, dis -je, 6 ma rose !

Que, quoiqu'en crusse quelque chose.

Je t'ai osbtant mouH bien servi, Et servirai, si plus je vî.

Je te le jure par ta garibe *, Par ton bon demi-pied de barbe.

Par le grand diable de Vauvert, Par ta tête à chaperon vert, Par la mienne à porter marotte, Par les guenilles de ta cotte, Par ton mari, qui fut pendu.

Par ta sœur au groin * morfondu.

Par le gousset de ton haleine, Par le nabotin qui te mène, Par ta guenuche qui le suit.

Par ton bel attiffet de nuit.

Par le grenier où tu demeures.

Par tes dents de couleur de meures*.

Par ton vieux chiffon de collet, Par ta coiffe d'un violet *,

PIÈGK8 VARI^BS 133

Par tes souliers d'une coudée,

Par tes grimaces d'ob«édëe,

Par tes gants fourrés de blaireau,

Par ta simarre de bureau *^

Par les vitres de tes lunettes.

Par le tintin de mes sonnettes,

Par ton masque de camelot *,

Par ma taille de Sibîlot,

Par ta cbaise à jambe démise.

Par la foire de ta chemise.

Et par tout ce qu'avons nous deux

De ridicule et de hideux.

Bref, souviens-toi qu'à ton exemple.

Monté sur l'échelle du Temple,

J'ai publiquement défendu

Ains, pieça, los, jaçoit, ardu,

Soûlas, opter, blandice, encombre (1),

Et, m'escrîmant, ainsi qu'une ombre,

Dans mes discours superlatifs.

Pour les mignards diminutifs,

Ai prouvé par raisons notoires

A tous les porteurs d'écritoires,

Que, comme de mil vient millet.

Ainsi de mail vient ton Maillet,

Nom dont, par une prévoyance

(i) Tous ces mots sont expliquéi au Lexique, sons le moi Ains.

De nos amours^ c^est ma croyance, Le fatum exprès m'a pourvu.

Pour que de toi mieux fusse vu.

Ha ! ma vieillottine Perrette !

Que ne te tiens-je ores seulette Près de quelque flot argentin.

Or* que l'archerot enfantin, De ses vo-volantes flammèches, R'innove en mon sang mille brèches.

Et qu'en dépit du froid, du temps.

En songeant à toi je m'étends I Je saurais si hermaphrodite Avec vérité tu es dite.

Obtenant de ta grâce ainsi Ce don d'amoureuse merci, Guerdon * bien dû aux maux prolixes.

Que tes yeux, mes planètes fixes.

Depuis vingt ans fait souffrir m'ont.

Assez pour écacher * un mont.

Hélas I il me souvient encore, douce lampe que j'adore !

D'une chanson dont vis-à-vis De ton guichet, à mon avis, Je te gringottai mon martyre ; La voici, je la veux redire.

Tant afin de ne l'oublier Que pour aux champs la publier :

PIÂGES VARléES 1^5

Belle, qui dans un grabat

Sans rabat, Toute seule et toute nue, Etends à présent ton corps^

Si ne dors, Las! oy* ma déconvenue.

Oy * le triste vercoquin *

D'un mesquin* Sur qui Gupido s'acharne.

Et pour obliger son feu

Tant soit peu, Mets le chef à la lanterne*.

C'est un pauvre adolescent

Innocent^ Féru droit à la poitrine.

Lequel, sous ton bon plaisir,

N'a désir Que d^embrasser ta doctrine.

Les garrots * de tes regards

Doux-hagards, Dans son cœur leurs pointes fichent, Plus avant, las I que dans ton

Peloton Tes épingles ne se nichent.

Les cotrets qu'à la Saint-Jean^

ia6 8AINT-AMANT

D'an en an, Dedans la Grève on allume.

Ne brûlent pas mieux que lui,

Qu'aujourd'hui Ton œil ard, grille et consume.

Et combien qu'il pleuve à flots

Sur son dos, Qui n'en est pas beaucoup aise.

Cet orage dégouttant,

Nonobstant, Ne peut éteindre sa braise.

Combien, dis-je, que la nuit.

Sans nul bruit.

De noires ombres le cerne.

Ce feu fait que pour ses pas.

Il n'a pas Ores besoin de lanterne.

Il est pourtant si secret,

Si discret, Que la clarté l'importune.

Craignant d'être reconnu

Et tenu Pour homme à bonne fortune.

Si dessus le lac amer De la mer

PliCES YARliES

Il était dans un navire, Les rots qu'il lâche pour toi.

Que je croi, Lui serviraient de zéphire.

Aussi les moulins à vent,

Bien souvent, En ont mis le grain en poudre, Et l'eau que pissent ses yeux

En ^mains lieux, D'autres moulins a fait moudre.

Moins de poilsrà ton matou,

Qui dort où Tu te reposes la tête.

Qu'il n'a d*ennuîs au cerveau,

Le bon veau, Tant ta beauté le tempête *.

Las I hélas I ô dur émoi I

C'est de moi.

C'est de moi de qui je parle ; Si tu veux savoir mon nom :

Ma guenon, , Je ne m'appelle point Charle...

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