‹ Saint-Amant: La solitude: La contemplateur; La jouissance; Le palais de laChapitre 22 sur 46 · L'ETE DE ROME · texte numérisé non relu

L'ETE DE ROME

SONNET

uelle étrange chaleur nous vient ici brûler ? Sommes-nous transportés sous la zone torride,

l38 8A INt-AMAlW

Ou quelque autre imprudent a-t-il lâché la bride Aux lumineux chevaUx qu'on voit étinceht^

La terre, en ce climat, contrainte à panteler, Sous VàrdeuT des rayons s'entre-fend et se ride ; Et tout le champ romain n'est plus qu'un sable aride D'où nulle frafîehe hiimeur ne se peut exhaler.

Les furieux regards de l'âpre canicule Forcent même le Tibre à péi4r eomnie Herouky Desèous l'ombrage sec des joncs et des resefti»<

Sa qualité de dieu ne l'en saurait détendre, Et le vase natal d'où s'écoulent ses eaux Sera l'urne funeste Où l'on mettra sa eeaétet

l^ÂtitOMf^E' CES CANARÎÈS

Voici les seuls coteaux, voici les seuls vallons Où Bacchus et Pomome ont établi leur gloire ; Jamais le riche honneur de ce beau territoire Ne ressentit l'efiFort des t-udes aquilons.

Les figues, les iritiscatâ, lè'd péôbeS^ les meléns Y Couronnent ce dieu qui se déleete à htàte^

PliCES VARIÉES iSq

Et les nobles palmiers, saepés à la victoire,

S'y courbent sous des fruits qu'au miel npus égalons.

Les cannes au doux suc, non dans les marécages, Mais sur les flancs de roche, y forment des bocages Dont For plein d'ambroisie éclate et monte aux cieux.

L'orange en même jour y mûrit et boutonne.

Et durant tous les wois on peut voir en ces lieux Le printemps et Tété confondus en Tautomne.

-JLÎHIVER DES ALPES

SONNET

Ces atomes dç feu, qui sur la neige brillent. Ces étincelles d'or, d*azur et de cristal Dont l'hiver, au soleil, d'un lustre oriental, Pare ses cheveux blancs que les vents éparpillent ;

Ce beau coton du ciel de quoi les monts s'habillent. Ce pavé transparent fait du second métal.

Et cet air net et sain, propre à Tesprit vital. Sont si doux à mes yeux que d'aise ils en pétillent.

CettA saifipn me plaît, j'en aime la froideur; Sa robe d'innocence et de pure candeur Couvre en quelque façon les crimes de la terre.

l40 SAINT-AMANT

Aussi l'Olympien la voit d'un front humain; Sa colère Tépargne, et jamais le tonnerre Pour désoler ses jours ne partit de sa main.

SONNET A Monsieur Des Yveteaux *.

ue]de ton beau jardin les merveilles j*admirel ^ Que tout ce qu'on y voit, que tout ce qu'on y sent A d'aimables rapports avec le doux accent De ce divin oiseau qui chante et qui soupire!

Qu'après ces rares sons dont triomphe ta lyre, Mon oreille se plaît au tonnerre innocent Que Ton oit * dans ta voûte où ravi Ton descend, Pour monter en un lieu que seul tu peux décrire I

Que les trésors feuillus de ces rameaux divers. Formant un beau désordre en leurs ombrages verls, Me charment les esprits et me comblent de joie!

Et combien la nature on me verrait bénir Si par un heureux sort, qu'aux arbres elle octroie, En vieillissant comme eux tu pouvais rajeunir!

PIÈCES VARIÉES l4l

SONNET Sur la moisson d'an lieu proche de Paris»

Plaisirs d'un noble ami qui sait chérir ma veine, Mélange gracieux de prés et de guérets, Rustique amphithéâtre^ où de sombres forêts S'élèvent chef sur chef pour voir couler la Seine.

Délices de la vue, aimable et riche plaine 1 On s'en va mettre à bas les trésors de Gérés, Que Ton voit ondoyer comme un vaste marais Quand il est agité d*une légère haleine.

L'or tombe sous le fer; déjà les moissonneurs, Dépouillant les sillons de leurs jaunes honneurs, La désolation rendent et gaie et belle.

L'utile cruauté travaille au bien de tous.

Et notre œil satisfait semble dire à Cybèle : Plus le ravage est grand, plus je le trouve doux.

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