M0I8E SAUVÉ A
Il forme un arc en Tair, des ailerons le coupe, Ainsi qu'ont déjà fait les autres de sa troupe ; On le saisit de même, et comme eux sur l'arpent, Si tôt qu'il est lâché, d'oiseau devient serpent.
La pucelle au bel œil, quoiqu'aise de sa proie, Voit avec quelque peur l'incertaine lamproie, Et, remarquant ses plis, qui l'eau semblent chercher Tout à la fois et veut et n'ose la toucher.
Mérary, tout auprès, le pied droit sur la rive, La main droite en avant et la vue attentive.
Prend tant d'autres poissons qu'on dirait à les voir Qu'un miracle nouveau du ciel les fait pleuvoir. Ainsi, non sans plaisir, sur le vaste Neptune, Où j'ai tant éprouvé l'une et l'autre fortune, Ai-je vu mille fois, sous les cercles brûlants. Tomber comme des cieux de vrais poissons volants. Qui, courus dans les flots par des monstres avides. Et mettant leur refuge en leurs ailes timides. Au sein du pin vogueur pleuvaient de tous côtés. Et jonchaient le tillac de leurs corps argentés.
Vile ÉPISODE
TERMUTH, PRINCESSE d'ÉGYPTE
Des gracieux zéphyrs l'haleine fraîche et lente Avait banni de l'air la chaleur violente ; Les sirènes des bois à chanter s'animaient, Et déjà dans les prés les fleurs se refermaient,
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Quand du vieux Pharaon la fille angaste et belle, Et dissemblable en tout k ce père infidèle, A ce cruel tyran qui ne méritait pas L'heur d*avoir engendré ce miracle d'appas ; Quand, dis-je, cette nymphe, aux plaisirs attirée, Ou plutôt par le Ciel saintement inspirée, Voulut aller jouir de la fraîcheur des eaux.
Des beautés de la plaine et du chant des oiseaux.
Mais, ô divine Muse 1 avant que d'entreprendre Le salut de Moïse, où ma plume doit tendre, Disons de cette reine et la vie et les mœurs ; Célébrons ses vertus, décrivons ses humeurs.
Son séjour, ses ébats, ses grâces nonpareilles Et le rare entretien qui charma ses oreilles ; Puis, l'ayant faite ainsi noblement divertir. Je te réclamerai pour la faire sortir.
Assez près de Memphis, et sur le beau rivage De cet immense fleuve utile en son ravage, Qui baigne ses guérets et supplée au défaut De r humide secours qu'ailleurs on a d'en haut, S'élevait la beauté d'un royal édifice Dont l'exquise matière égalait l'artifice.
Et que le grand Joseph, envers qui ses germains Furent, pour son bonheur, autrefois inhumains. Fit richement bâtir pendant l'état auguste De sa haute fortune et si longue et si juste. Afin d'aller parfois y donner à ses sens L'honnête liberté des plaisirs innocents,
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Y goûter le repos, voir son âme allégée
Du grave faix de soins dont elle était chargée, Et pour jouir surtout, en si belle maison, Des rustiques douceurs de la verte saison.
On y voyait des pins se hausser jusqu'aux nues ; Cent files d'orangers fermaient ses avenues, Où les yeux admiraient, sous un ciel pur et beau, Le printemps et Fautomne en un même rameau .
Les charmes des regards, les riantes prairies. Capables d'égayer les mêmes rêveries De Tesprit le plus sombre et le plus languissant ; L'odeur que les zéphirs dérobaient en passant, Les grâces de Tété, les bois et les fontaines,
Y bannissaient des cœurs les soucis et les peines ; Et jamais en ces bords, de verdure embellis, L'hiver ne se montra qu'en la neige des lis. ,
Cette chaste princesse, au monde infortunée De vivre sous le joug d'un ingrat hy menée, Et dolente de voir, en son espoir détruit, Que la fleur de ses ans ne laissait point de fruit, Allait souvent passer en cette solitude Les plus fâcheux moments de son inquiétude, Et même en ce beau lieu par bonheur elle <Jtait Le joiu* que mon héros sur les ondes flottait.
Là tantôt cette nymphe en vertus sans seconde, Pour vaincre les ennuis de sa couche inféconde, Avec ses nobles doigts maniait le pinceau, Ou, prenant les honneurs du riche vermisseau
Dont lui-même en sa mort il fait sa sépulture. Elle rendait de l'art jalouse la nature ; Car, soit qu'avec l'aiguille elle voulût tirer Tout ce qu'en un visage on saurait admirer, Soit qu'elle contrefît les beautés d'un parterrre Où le soleil charmé voit la pompeuse guerre Que Tazur livre au blanc, le vert au nacarat^ Elle trompait toujours la vue ou l'odorat.
Tantôt, pour réveiller une âme par Touïe, Pour de douceur en rendre une autre évanouie. Elle faisait gémir, mais d'un air plus qu'humaîO) Sur l'ébène d'un luth l'ivoire de sa main ; Ëtj joignant aux beaux sons des cordes agitées Les grâces de sa voix, par les vents respectées, Elle avait tant d'appas qu'il n'était point de cœurs Dont ses divins accents ne se fissent vainqueurs.
Tantôt, dans un jardin enrichi de statues.
De grottes, de canaux et de masses pointues, Où l'on voyait l'orgueil d'un porphyre éclatant Dédaigner son pied même et se perdre en montant, L'esprit de cette belle encore plus sublime, Elevant ses pensers au-dessus de leur cime, Et, comme détaché des liens de son corps, Dont il semblait haïr les aimables trésors, S'en allait méditer sur les hautes merveilles Qui servent d'entretien aux studieuses veilles, Et d'objet en objet portant son jugement.
Dans ses propres discours se perdait sagement.