LA PÊCHE A LA LIGNE
Comme on voit aux beaux j ours la gentille hirondelle Vers son nid merveilleux voler à tire d'aile, En atteindre les bords, sur les bords trémousser, De gestes et d'accents ses petits caresser.
Puis de l'œil, puis du bec,toujours prompt à repaître Leur innocente faim, qui comme eux vient de naître, Flatter Tun, flatter l'autre, et leur faire sentir De son tardif retour Taimable repentir.
Telle vit-on alors la soigneuse bergère Courir vers le berceau^ d'une plante » légère, Flatter le tendre objet de cent mots enfantins, Sourire à ses appas, bénir ses beaux destins. Et de sa belle bouche, au lieu de nourriture, Avec tous les transports qu'exige la nature, Lui faire ressentir, incroyable douceur 1 Les baisers d'une mère aux baisers d'une sœur !
Cependant à sa voix l'enfant prête l'ouïe ; De revoir ces beaux yeux son âme est réjouie, Et, comme elle s'agite auprès du lit flottant, Lui de ses bras émus tâche d'en faire autant.
Le berger les admire, et d'une ardeur extrême : Veuille le juste Ciel, se dit-il en soi-même. Que celle qu'en espoir je tiens pour ma moitié Se signale en amour ainsi qu'en amitié.
moïse sauvé 2o3
Mais c'est trop désirer, reprend-il tout à l'heure ; II suffit, il suffît que pour elle je meure, Que ma mort elle plaigne et qu'elle honore un jour De larmes d'amitié les feux de mon amour.
Ces mots secrets finis, ces caresses passées, Mérary, dont les mains à la pêche exercées, Pendant leur belle course, avecque l'hameçon, Avaient trompé le temps en trompant le poisson, Les invite tous deux, d'une langue bénigne, A prendre comme lui le plaisir de la ligne; Et tous deux aussitôt, la canne entre les doigts. Répondent sur la rive aux désirs de sa voix.
Muse qui si souvent, sur les bords de la Seine> A l'envi de ses eaux faisant couler ma veine, M'as tenu compagnie en de semblables jeux.
Loin des émotions de ce siècle orageux, Tandis que la trompette alarmera la terre.
Fais sonner à mon luth une plus douce guerre, Une guerre sans coups, sans désordre, sans bruit, £t de qui seulement des muets sont le fruit ; De grâce, accorde-moi qu'en ce lieu solitaire, Comme alors sur le Nil, les vents se puissent taire, Que rien ne m'interrompe, et qu'en esprit sur l'eftu Des trois nobles pêcheurs je fasse le tableau.
Mais dans l'onde déjà cette guerre s'allume, Déjà le crin retors que le plomb et la plume Tire au fond et retient, à l'œil est dérobé, Et déjà sous l'appât le piège recourbé
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Ofitre au poisson béant, mu d'une brusque envie, Sa véritable mort sous une ombre de vie ; Déjà la canne ploie, et, déjà haut en Fair, Le nageur étant pris vole comme un éclair.
Il s'y secoue en vain, de sa chute on s'approche, On y court, on le prend, du fer on le décroche ; Il s'échappe des doigts, tombe, sautille, fuit. Fait voir mille soleils en l'écaille qui luit. Bat l'herbe de sa queue, et, sur la plaine verte. D'une bouche sans cri, de temps en temps ouverte Bâille sans respirer, comme né sans poumon.
Et laisse à qui l'étreint un reste de limon.
Marie, et prompte et simple en sa première épreuve, Jette presque en tremblant la ligne dans le fleuve; Mais en l'espoir conçu trop d'ardeur la déçoit, Car le poisson rusé, qui l'embûche aperçoit, La rongeant tout autour, d'une lèvre avancée. Et trompant par le poids le bras et la pensée. Fait que la belle main, tirant la ligne à faux. Sent que ses premiers coups sont autant de défauts.
Toutefois, à la fin, et par la patience, Qui presque en toute chose est la seule science. Elle opère si bien qu'avec quelque bonheur Ayant fourbe le fourbe, elle prend le preneur .
Se sentant pris au piège, il s'agite dans Tonde, Va deçà va de là, d'une erreur vagabonde.
Tâche à rompre le poil, fait branler le roseau ; Mais enfin de poisson on le change en oiseau.