‹ Saint-Amant: La solitude: La contemplateur; La jouissance; Le palais de laChapitre 37 sur 46 · SIEUR DE GREMONVILLE, AMBASSADEUR A VENISE · texte numérisé non relu

SIEUR DE GREMONVILLE, AMBASSADEUR A VENISE

LONSIEUR,

Après vous avoir très humblement remercié de rhonneur que vous m'avez fait de m*écrire deux lettres de Venise, qui, en m*apprenant la mort de mon pauvre frère, m'apprennent avec des circonstances si généreuses que vous me faites toujours la grâce de m'aimer ; je vous dirai que ce qui me rend celte perte d'autant plus sensible, c'est que vous ne me l'avez pu faire savoir sans vous ressouvenir des vôtres. 11 y aurait de l'imprudence et de la cruauté à vous en dire davantai^e, et Dieu veuille que votre digne frère, ce brave Monsieur le chevalier, dont lé

pauvre défunt m'avait écrit tant de merveilles, vous récompense longtemps des trois autres que vous avez perdus, et me venge glorieusement des deux seuls que j'avais et que les bourreaux de Mahométans m'ont ôtés de ce monde, le premier aux Indes Orientales, et le dernier en Candie. Pour ce qui est de mes petits intérêts, dont je n'espère rien sans votre assistance, je remets à vous en^parler quand je serai à Paris, et m'assure, Monsieur, que vous ne m'y dénierez pas votre faveur, ni votre crédit, et que vous me pardonnerez bien la liberté dont j'en use avec vous. Je suis ici dans la belle maison de Prinçay du grand et illustre Monsieur le duc de Retz, qui a toutes les envies du monde que vous fassiez amitié ensemble, et j'y achève ce Moïse dont il est fait tant de bruit. Je vous le porterai à la fin de ce mois, et espère bien vous faire faire raison de votre santé que ce fameux cousin, le très cher Monsieur de Tilly, et moi avons bue et solennisée mille fois à CoUioure. Cependant je vous supplierai de croire qu'il n'y a point d'homme aii monde qui ait tant de passion à vous servir et à vous honorer, ni qui admire davantage votre rare mérite et vos éminentes vertus, que.

Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

De Prinçay, en la duché de Retz, ce i*» avril 1648.

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