LE BAIN DE LA PRINCESSE
AU bord délicieux de l'onde fortunée Qui pour être plus libre était emprisconée.
Qui seule avait l'honiieur, aux doux mois rereous,
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De voir d'un noble corps les chastes membres nus, Finissait une route en beautés incroyable.
Un berceau naturel, sombrement agréable.
Par ee digne sentier la nymphe s'y rendit, Et pour aller au bain de son char descendit.
Telle que le pinceau fabuleux et profane Dépeiut auprès de Tonde une belle Diane, Quand, au retour des bois où ses pas mensongers Suivent les pas craintifs des animaux légers, Elle s'en vient noyer sa chaleur et sa peine Dans l'humide plaiur d'une claire fontaine, Et veut qu'en même temps toutes les vierges sœurs Plongent leur lassitude en ses fraîches douceurs. Telle apparut la nymphe avecque ses pucelles ; Mais c'était une flamme entre des étincelles. Son allure, ses yeux, sa taille et son aspeet Influaient dans le sein l'amour et le respect. Sur la rive superbe elle fut la première.
Et jamais le soleil, le roi de la lumière.
Lorsqu'il sort de la mer, si beau ne se montra Que cette reine fit lorsqu'en Tonde elle entra.
Cent doigts polis et blancs l'avaient déshabillée Sous l'obscure épaisseur de la verte feuillée, Où, bien loin de sa suite, un pavillon tendu En rendait le spectacle aux hommes défendu.
Ses beaux pieds, tout ensemble et hardis et timides. S'abaissent dans le fleuve entre deux pyramides Qui serxùÀeai s'éleva pour dire au firmam^ii
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Leur fortune, leur gloire et leur contentement. Un précieux degré, fait de nacre et d'agate, N*eut pas sitôt senti sa plante délicate Qu'il redoubla son lustre, et par ce vif honneur Prouva de ses baisers l'indicible bonheur.
Mais quelque excès d'appasque je me puisse feindre, A sa description je ne saurais atteindre, Car l'innocente honte et la pudicité Couvraient d'un voile saint sa belle nudité ; Seulement à ma plume il est permis de dire Que le Nil la reçut, qu'un aimable zéphyre.
Dénouant de son chef le mobile trésor.
Semblait faire descendre un noble ruisseau d'or Sur le fluide argent des flamboyantes ondes Où brillaient à Tenvi ses grâces vagabondes, Et que l'astre du jour la prit en même instant Pour de l'ivoire souple et du marbre flottant.
D'abord de la fraîcheur elle est un peu transie ; Mais, la fraîcheur enfin lui semblant adoucie. Elle avance le pied, douteux et retenu, Sur un sable mollet, insensible et menu ; Sa taille se dérobe, elle entre, elle se plonge. Elle se laisse aller, s'abandonne, s'allonge. Nage, ébranle les flots, et les flots agités Pétillent d'allégresse autour de ses beautés. Ceux que de son chemin ses jeunes bras écartent Avec un doux regret de ses bras se départent, Et, comme s'ils sentaient quelque afiPront rigoureux,
moïse sauvé 217
Montrent par leurs bouillons leur dépit amoureux ; Ceux que son pied mîgnard, secousse après secousse, D'une agile façon tout de même repousse, S'émeuvent tout de même, et, n'osant écumer, Dedans leur propre sein tâchent de s'abîmer.
Cependant autour d'elle un beau nombre de filles, En ce bel exercice adroites et gentilles, Déploie au gré de l'œil cent mouvements divers, Sillonnant le canal de long et de travers.
Ici, Tune se dresse et le fleuve resonde ; Là, l'autre s'ôte à l'air pour se donner à l'onde, Submerge en s'égayant ses roses et ses lys, Fait voir au fond de l'eau des feux ensevelis, D'un cristal pur et mol se couronne et se voile, Et, rehaussant enfin et l'une et l'autre étoile Qui perçaient vivement le liquide bandeau, Redonne à l'air ses feux et les tire de l'eau. Celle-ci, tout debout, rit, chante et se promène ; Celle-là, près du bord, rêve et reprend haleine. Et comme elle médite, une autre, front à front. De ses doigts enjoués la mouille et l'interrompt.
Enfin, de ces plaisirs la nymphe satisfaite.
Abandonne les flots, commande la retraite, Refoule du canal le superbe escalier, S'y voit luire en passant de pillier en pillier. En rehausse la pompe et la magnificence.
Puis, rendant ces objets tristes de son absence. Va sous le pavillon s'envelopper soudain
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Et faire boire anx draps les reliques du baîu.
Oh 1 que Ton essuya de richesses fondues I On eût dit, à les voir sur sa gorge épandues, Que de ce double mont, contraint à pantel^, La neige se voulût en perles distiller.
Tandis qu'elle s'habille et qu'on remet en ordre L*or de sa chevelure, où l'ivoire ose mordre, La belliqueuse vierge à l'œil étincelant Amène avecque bruit le beau trône roulant.
Elle monta dessus sitôt qu'elle fut prête, Et,' vers le lit du Nil lui faisant tourner tête, Va passer en ces bords ce qui restait du jour. Et repaître ses yeux des charmes d'alentour.
Une suite de chars que ses filles remplissent, Foulant le vert honneur dont les champs se tapissent, Se promène après elle, et ses Mores armés Piquent à Tenviron leurs chevaux emplumés.
Xe ÉPISODE
MOÏSB SAUVÉ
Quand il (1) voguait ainsi sur la coulante plaine, Tous les vents suspendus retenaient leur haleine, Ou, s'ils soufflaient un peu, c'est que, Toyant gémir, Ils le voulaient bercer afin de Tendormir.
Dès que Tillustre nymphe (2) eut contemplé ses cha^
[mes,
(i| Le berceau où était Moïse, (a) La princesse Termutb.
moïse sauvé
Qu'elle entendit sa voix, qu'elle aperçut ses larmes,
Une vive, une triste et prompte émotion,
Faite d'étonneraent et de compassion.
Tira de ses beaux yeux deux torrents pitoyables,
Fit dans son chaste sein des effets incroyables.
Et ce premier effort, suivi d'un doux progrès.
Disposa sa noble âme à lâcher ses regrets :
« Sans doute cette aimable et tendre créature,
Ce trésor qui sur Fonde errait à l'aventure,
Eprouve Tâpreté du trop cruel édit^
Son geste me le montre et son œil me le dit.
Quelque femme d'Hébreu, quelque chétive mère.
N'ayant pas le courage, en sa douleur amère,
De le meurtrir de coups, de l'éteindre au berceau,
Aura mis tout son bien dans ce frêle vaisseau ;
Et peut-être qu'à l'heure, horriblement touchée
De s'être ainsi soi-même à soi-même arrachée,
La pauvre malheureuse, après lui se jetant,
Aura fait voir l'excès d'un crime repentant.
Mais, qu'elle soit ou non au rang des ombres vaines
Qui ressentent là-bas des plaisirs ou des peines.
Je veux que cet enfant trouve une mère en moi,
Qu'il se voie élever en digne fils de roi,
Et qu'une adoption licite et vertueuse
Console désormais ma couche infructueuse.
Un saint destin me l'offre, et c'est un don du Ciel
Qui de mes longs ennuis adoucira le fiel .
Voilà l'heureux succès de l'étrange et beau songe
Queje pris Tautre jour pour quelque vain mensonge; Voilà le diamant qu'un favorable sort Me fit dans le sommeil rencontrer sur ce bord. Et que par un miracle et prompt et fantastique, Sitôt que de ces lieux le démon aquatique Vint, selon ma croyance, en enrichir ma main, Mon œil vit transformer en un vrai corps humain, Qui gardait toutefois sa nature première, En deux vivants trésors d'amour et de lumière, En deux astres divins, tels que ceux de ce front Par qui le soleil même endure un clair affront rare et bel enfant ! ô céleste visage Où luit de la grandeur Tin faillible présage ! gloire de mon âme ! ô plaisir de mes yeux I bien que de là-haut m'ont envoyé les dieux !
Les flots t'ont épargné : leurs monstres effroyables Sont à l'entour de toi devenus pitoyables ; Et moi, plus monstre qu'eux, sous ombre d'un décret Qu'avec juste raison je déteste en secret, Je voudrai que sur terre, à ma rude parole.
En ma fière présence un barbare t'immole !
J'accourcirai moi-même un si noble destin, Et te ferai trouver ton soir dans ton matin I Ah ! m'arrive plutôt la nuit perpétuelle Qu'à ton beau jour naissant ma main soit si cruelle! Puissé-je plutôt voir tout le monde au trépas Que d'éteindre ta vie et perdre tant d'appas l » Ainsi parlait la nymphe, et montrait en sa plainte
moïse SAUVé
Combien de la pitié son âme était atteinte, Tandis qu'aux environs, pour redonner vigueur A l'enfant qu'à ses cris on jugeait en langueur, D'un sein pourvu de lait on s'était mis en quête, Cîomme si la mort même eût pendu sur sa tête... L'une porte en ses bras le saint et cher enfant. L'autre charge les siens du berceau triomphant... Quand tout fut accompli, les heures ténébreuses Ornaient le firmament de lumières nombreuses : On découvrait la lune, et de feux animés Et les champs et les airs étaient déjà semés. Ces miracles volants, ces astres de la terre, Qui de leurs rayons d'or font aux ombres la guerre, Ces trésors où reluit la divine splendeur Faisaient déjà briller leur flammes sans ardeur; Et déjà quelques-uns, en guise d'escarboucles. Du beau poil de Marie avaient paré les boucles : Déjà les rossignols chantaient sur les buissons ; On oyait dans le Nil retomber les poissons ; Le silence paisible et l'horreur solitaire Contraignaient doucement les hommes à se taire. Taisons-nous donc, ô Muse I et jurons en ce lieu De ne parler jamais qu'à la gloire de Dieu.
A NICOLAS BRETEL