‹ Saint-Amant: La solitude: La contemplateur; La jouissance; Le palais de laChapitre 39 sur 46 · PAIR DE FRANGE, CHEVALIER DES ORDRES DU ROI · texte numérisé non relu

PAIR DE FRANGE, CHEVALIER DES ORDRES DU ROI

ONSEIGNEUR,

Je me suis souvent étonné comme parmi tant de grands esprits qui ont pris plaisir à tirer de Tancienne poésie des préceptes pour enrichir la philosophie morale, pas un n'ait remarqué ce qui se peut dire de l'aventure de Deucalion et de Pirrhe, lesquels se sauvèrent de l'inondation générale de toute la terre sur le mont Parnasse, qui seul fut respecté du déluge. Cela ne fait-il pas voir clairement, Monseigneur, que ceux qui aiment les lettres ne périssent jamais, et ne semble-t-il pas que ces philosophes, comme envieux de la gloire des poètes, aient eu quelque dessein de leur dérober l'avantage qu'ils ont de pouvoir donner l'immortalité? En effet, qui ne jugera par cet exemple que, si ces deux illustres reliques du genre humain n'eussent été en la protection des Muses, elles n'eussent daigné les recevoir en leur sainte demeure pour les garantir d'un si pitoyable désastre, et conserver en eux la race des hommes, qui s'en allait faire naufrage avec tout le reste de Tunivers? Ce n'est pas. Monseigneur, que

(i) Entête delà première partie des Œuvres (1639).

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je présume rien de mon esprit, ni que je pense que votre nom ait besoin de moi pour se mettre à couvert des outrages que le Temp^ fait aux pljis belles choses. Vos vertus sont trop éclatantes pour emprunter d'ailleurs quelque lumière ; il n'est point d'honnête homme qui ne les estin^ ; at moi, qui me figure les avoir ponnue^ pluç partiçulièrewaept qu'aueun autre, en rhonjieur que vous m'ave» ïaii de me permettre votre familière eouyersation, j'avoue que je me sens ineapahle de les louer as^ez dignement. Aussi, biea loiu de prpire qu^ me« ouvrages puissent rendre votre renompjée plus célè' bre qu'elle n'est, je m'attends plutôt à recevoir de vous ce que je pourrais donner à un autre. Néanmoins, Monseigneur, la vanité dont mes amis me flattent, que mes vers ne mourront pas avec nio),et qui se fprtifie principalement par ^ boqoe opinion que vous m'en avez i^it concevoir, me persuade que j'aurai peut-être la gloire de vivre av^ vous longtemps après que je ne ser^i plus au i^pude, si vous avez agréable que le commm^mm^ 4» ce livre soit honoré de ^otre nom, qui lui doit servir de prot^teur. Je m'en vais en un voyage pu j'aurai loisir de méditer des choses que j'espère qui m$ rendront plus digne que je ne suis à présent de l'amitié doui il vous plaît m'obliger ; &t, bieu que ce soit vers ces pays où l'on va chercher les trésors, j'ose me promettre que nos vaisseaux n'en rapporteront rien de

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plus précieux que ce que mes imaginations y auront produit, pourvu que vous m'en donniez le courage. Mais parmi toutes les agréables rêveries qui entretiendront mon esprit dans l'oisiveté de la mer^ je vous proteste que je n'aurai rien de si cher ni de si doux que le continuel souvenir de vos rares qualité», et du nombre infini des faveurs dont vous m'avez comblé, qui m'obligent à être, Monseigneur,

Votre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur,

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