SES DIVERS TRAVAUX
retombait lourdement sur le prieur. L’abbé Herluin était vieux; il se reposait sur son lieutenant de mille soins, et il l’envoyait souvent au dehors, quelquefois même pour y donner des leçons. 11 ordonna que les chevaux et tous leurs équipages fussent exclusivement à scs ordres comme s’ils lui appartenaient en propre. Anselme eut horreur de ce mot de propriété ; il voulut que tout ce qu’on lui réservait ainsi fût donné indistinctement à tous ceux qui iraient en voyage; car, suivant une doctrine qu'il est difficile de ne pas admettre comme évangélique, il tenait que toutes les richesses du monde avaient été créées par le père commun des hommes pour l’usage commun des hommes, et que la loi naturelle ne reconnaissait pas de propriété particulière * ; aussi refusait-il tous les présents. Ayant un jour trouvé dans son lit un anneau d’or, il chercha vainement qui l’avait perdu ou déposé, et voulut que la valeur en fût employée au profit du couvent. Plus tard, quand il s’éleva en dignité, on se souvint de l’anneau d’or, et on prétendit y retrouver un présage de son futur épiscopat.
» Vit., I, p. 8.
CONQUÊTE DE l’ ANGLETERRE PAR LE DUC DE NORMANDIE. — ANSELME ABBÉ DU BEC. -«-SON ADMINISTRATION.
Le 27 de septembre 1060, Guillaume le Bâtard était parti avec quatre cents navires et mille bateaux du port de Saint-Valéry, et quinze jours après, la victoire l’avait élu roi d’Angleterre. Ce roi fut conquérant dans toute la force du mot : de saxonne, il rendit l’Angleterre normande.
Edward, dit le Saint ou le Confesseur, qu’une restauration avait rappelé au trône vingt-quatre ans auparavant, était bien le représentant légitime de la dynastie saxonne ; mais il était fils d’une Normande, Emma, sœur du duc Richard le Bon. Exilé de son pays pendant vingt-sept ans par les conquêtes des chefs danois, il avait été élevé à la cour de Rouen, dans sa famille maternelle; ses mœurs, ses souvenirs, son langage le rendaient comme étranger dans sa patrie. A sa suite, des parents, des amis passèrent la mer, et vinrent se partager la faveur royale. Des guerriers normands reçurent en dépôt scs forteresses; des prêtres normands obtinrent des bénéfices, même des évêchés. Ils étaient généralement