‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 24 sur 109 · CONQUÊTE DE L’ANGLETERRE. GO · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE L’ANGLETERRE. GO

supérieurs au clergé indigène par l'instruction, par la régularité de la conduite et la douceur des mœurs ; leur piété, plus vraie et plus lettrée, allait mieux à la dévotion cultivée du roi; mais il semblait au peuple que, dans leur bouche, la foi chrétienne n’était plus la religion du pays; les lois elles-mêmes commençaient à être écrites en français; et les pauvres Anglo-Saxons, tandis que la domination étrangère paraissait reculer vers le nord avec l'étendard danois, en voyaient renaître une autre plus habile et non moins redoutable qui envahissait presque sans combat la société, et, comme on dirait aujourd'hui, dénationalisait le gouvernement1. Lorsque, dès 1051, il prit fantaisie à Guillaume le Bâtard de visiter son cousin Edward et de parcourir l’Angleterre, il put croire quelquefois qu’il n’était pas sorti de ses États : dès lors, sans doute, il conçut l’idée de convertir cette illusion en réalité. 11 y réussit quinze ans après.

Harold, fds de Godwin, comte de Kent, désigné pour le trône par Edward au lit de mort, essaya, en faveur de la cause anglo-saxonne, une défense impuissante. Guillaume, se prévalant d’une promesse antérieure d’Edward, de leurs engagements mutuels alors qu’ils étaient élevés ensemble à la cour de Normandie, s’empara en courant de l’héritage de son cousin. Un chef normand fut ainsi donné à la

1 Ingulfi mon. Croyland. Hist., D. Bouquet, t. XI, p. 153.

révolution commencée; il trouva, en prenant la couronne, tous les éléments préparés pour transformer en quelque sorte la société anglaise à l’image de son chef.

Cette transformation laborieuse et longue ne fut jamais si profonde et si complète, que les éléments comprimés n’aient pu réagir à leur tour; et, de leur lutte, il est sorti une transaction admirable, celle qui a été définitivement constituée sous la puissante forme de la société et du gouvernement britanniques. Mais la grande révolution, qui commença vers le milieu du onzième siècle, est un événement connu et compris maintenant; elle a été retracée dans un de ces tableaux que rien n’efface de l’imagination des hommes'.

De cette douloureuse rénovation sociale, celle du clergé ne pouvait être ni la plus prompte, ni la plus facile. Guillaume était impérieux, mais habile, et son caractère était plus absolu que son pouvoir. II se garda de remplacer brusquement le clergé des vaincus par celui des vainqueurs. Dans l’Église, ni les propriétés, ni les personnes ne pouvaient être touchées, déplacées, remaniées avec une liberté sans limites. Les unes et les autres portaient un caractère sacré auquel il n’était ni permis ni sûr d’attenter, et pour consommer l’œuvre d’oppression

• Histoire de la Conquête de l'Angleterre par les Normands, par Augustin Thierry. Cf. dans les Essais de M. Guizot sur {'Histoire de France, l’Essai VI* sur le gouvernement anglo-normand.

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