CONCILES DE BAIU ET DE ROME
Le premier mouvement d’Anselme fut de partir.
Il crut que ces remises étaient un abandon déguisé.
Il demanda la permission de retourner à Lyon; mais il ne l'obtint pas, et rien ne parut changé dans les honneurs qu’on lui rendait. Entre Urbain et lui, la vie était, pour ainsi dire, commune. Dans les nobles assemblées, aux professions, aux stations, il occupait la seconde place. Les étrangers cherchaient à le voir et à l’entendre ; les Anglais, que la piété attirait à Rome, voulaient tous embrasser ses genoux, lui baiser les pieds comme au pape ; il s’y refusait et on louait son humilité. On en cite un singulier trait. Voulant accomplir minutieusement le devoir d’obéissance , il aurait demandé au souverain pontife de lui nommer une personne dont les ordres régie- raient sa vie. Urbain lui ayant montré Éadmer, son secrétaire, Anselme aurait pris tellement au sérieux la prescription, qu’à partir de ce jour il ne se serait ni levé, ni couché, ni tourné dans son lit sans le commandement de son serviteur ‘. Aussi les Romains l’appelaient-ils le saint homme. On sait que quelques quartiers de la ville appartenaient aux impériaux : plusieurs fois ils voulurent s’emparer de sa personne, quand il se rendait de Latran à Saint-Pierre, et toujours, jetant leurs armes à sa vue, ils lui demandèrent sa bénédiction. Près de la moitié d’une année s’écoula ainsi.
• Ualmesb., Gest.pont., I, p. 229.
La session du concile s’ouvrit le 1er mai 1099. Cent cinquante évêques étaient arrivés de Gaule et d’Italie. On y distinguait les archevêques de Sens, de Bourges, de Bordeaux ; les évêques de Senlis, d’Arras, d’ Autun, d’Auxerre, de Die et de Maguelone. C’était une nouveauté que la présence d’un primat d’Angleterre dans un concile à Rome. On ne savait quelle place il devait occuper. Le pape le fit asseoir dans l’hémicycle. On siégeait dans l’église de Saint-Pierre ; les assistants étaient si nombreux, et il entrait et sortait tant de monde du côté des reliques du prince des apôtres, que le bruit empêchait d’entendre. Le pape ordonna alors à Reinger, évêque de Lucques, de se placer debout, au milieu de l’assemblée, et comme il avait une haute taille et la voix forte, de proclamer les décisions rendues. En conséquence, il avait commencé à réciter quelques articles, quand tout à coup, à l’étonnement général, son visage, sa voix, son geste, tout changea. Promenant son regard sur ceux qui l’entouraient, il interrompit la lecture des décrets, et, comme ne pouvant contenir les douleurs d’une âme blessée, il s’écria : « Mais, en vérité, que faisons-nous? Nous accablons de prescriptions les dociles, et nous ne résistons pas aux tyrans. Leurs cruautés, leurs actes d’oppression, de spoliation, sont chaque jour dénoncés au saint-siège ; on lui demande, comme au chef universel, conseil et secours. Mais quel en est l’effet? Le monde le sait, et le monde en gémit. Venu des plus loin-