CONCILES DE BAR1 ET DE ROME
mais l’affliction et la proscription d’un tel homme montrent comme j’ai réussi. Et maintenant, mes frères , que pensez-vous ? que prononcez-vous ? » Les frères répondirent : « La sentence est évidente. Si une fois, si deux fois, si trois fois, vous l’avez appelé, et s’il n’a pas entendu, il résiste à la discipline. Il n’y a plus qu’à le frapper du glaive de saint Pierre, l’anathème ! » A cette parole, Anselme se leva , et se précipitant aux genoux du saint-père menaçant, il le supplia de ne pas prononcer la sentence qui était sur les lèvres de tous, et il eut grand’peine à l’obtenir.
Peu après la clôture du concile , le messager revint d’Angleterre. Il rapportait que Guillaume le Roux avait reçu les lettres pontificales, mais refusé celles d’Anselme, et que même, ayant appris qu’il était un homme de l’archevêque, le roi l’avait menacé par la face de Dieu, s’il ne quittait pas promptement le royaume, de lui faire arracher les yeux.
L’arrivée de ce messager fut suivie de celle de Guillaume de Warlewast, qui venait de la part du roi. 11 apportait la réponse à la lettre du pape. Il se dit chargé de lui déclarer que le roi n’était pas médiocrement étonné qu’on réclamât de lui une restitution générale au profit d’Anselme; qu’il avait sans équivoque menacé celui-ci, en cas de départ, de réunir à son domaine tout le domaine archiépiscopal; que ces menaces ne l’ayant pas retenu, il croyait avoir justement agi , et que l'injustice était
de l’accuser. « Mais, dit le pape, il a donc d’autres reproches à lui faire ? — Non , en vérité ! dit Guillaume. — Mais, c’est inouï, continua le pontife. Quoi ! c’est pour cela qu’il a dépouillé le primat de son royaume ! Quoi ! pour n’avoir pas renoncé à visiter la sainte mère de toutes les Églises! Et toj, c’est pour m’apporter une telle réponse, homme merveilleux, que tu as pris la peine de faire le voyage? Repars, repars au plus vite, et dis-lui bien, de la part de saint Pierre , qu’il ait à restituer intégralement, s’il ne veut pas être excommunié. Qu’il m’en donne avis avant le concile que je célébrerai à Rome même, la troisième semaine de Pâques. Autrement, il peut compter qu’il y subira la sentence de condamnation qu’il a méritée! » L’Anglais ne répondit que ces mots : « Avant de partir, je vous parlerai plus secrètement. »
11 demeura en effet quelques jours. Ce qui se passa dans les conférences secrètes n’est pas connu ; mais il chercha à se faire des amis ; on assure qu’il prodigua les présents et les promesses. « L’argent prévalut, dit nettement Guillaume de Malmesbury. Quelle indignité que le respect de sa réputation fût tombé si bas dans le cœur d’un si grand homme ! Je parle d’Urbain *. » Le fait certain , c’est que le pape s’adoucit, et accorda un délai jusqu’à la Saint-Michel (29 septembre). C’était une trêve de neuf mois , car on célébrait alors les fêtes de Noël (1098).
1 Cc-t ponhf., f, p 22 t.