CHAPITRE PREMIER
Le nom de saint Anselme est bien conifu. Mais la plupart n'ont que des données assez vagues sur sa vie, sa méthode et ses travaux. Il n'est guère cité, même par les gens instruits, qu'à propos de cette preuve de l'existence de Dieu qui devait, dans sa pensée, réduire les athées au silence. Les athées ne se sont pas tus; même de grandes écoles spiritualistes ont repoussé l'argument. Singulière destinée d'un beau génie qui n'est resté célèbre que par son œuvre la plus contestable.
Car saint Anselme fut en réalité un génie d'une hauteur exceptionnelle. Par son caractère et ses talents, il domina tout son siècle. Depuis l'invasion des barbares, on n'avait pas encore rencontré une pensée aussi élevée, une réflexion aussi profonde. Non seulement ses ouvrages de théologie et de philosophie
illuminèrent toutes les controverses contemporaines, mais il exerça une influence décisive sur les grandes affaires de son temps. Les papes réclamaient son aide; les rois comptaient avec lui. Il lutta contre les rois d'Angleterre dans la querelle des investitures et il vainquit. Sa correspondance s'étendait à tous les pays de la chrétienté et les hommes les plus considérables s'honoraient d'un commerce épistolaire avec lui.
Ajoutons qu'il fut un saint, et un grand saint. . Mais un honmie, quelque bien doué qu'il puisse être, n'arrive point à cette position suréminente si le milieu n'aide à son élévation. Un grand homme est le produit de la nature et de son siècle. Il faut que son apparition soit préparée par une culture générale qui facilite ses premiers pas. 11 faut surtout qu'il puisse être compris. Un esprit, même supérieur, si ses tendances natives sont trop en désaccord avec celles de ses contemporains, est frappé de stérilité. Pour qu'un honmie comme saint Anselme fût possible, il fallait qu'il naquit au milieu d'une civilisation déjà puissante. Si nous voulons bien comprendre son génie, nous devons donc examiner l'état de la chrétienté à son époque. Cet état nous expliquera les hautes spéculations du philosophe et aussi les lacunes de son exposition. Car si l'école était déjà pleine d'ardeur et de vie, il lui manquait encore la méthode et la maturité.
LA CIVILISATION GHRÉTIKNNË AU Xl^ SIÈCLE.
Les siècles qui suivirent la destruction de Tempire romain furent une époque de décomposition sociale. Les barbares s'étaient fait des rois qui essayèrent de jouer à Tempereur et qui en eurent toutes les prétentions. Us furent aidés en cela par les évoques, qui ne concevaient d'ordre que dans un grand pays régulièrement administré. Mais comment créer une administration régulière avec la turbulence, la brutalité et l'ignorance des envahisseurs? On ne pouvait se passer d'eux, ils étaient les maîtres. On ne pouvait rien faire avec eux, ils étaient trop inexpérimentés. On maintint, il est vrai, les grandes lignes de l'administration impériale; mais les chefs barbares encadrés dans la hiérarchie ne comprenaient rien à une législation uniforme. Vis-à-vis de leurs inférieurs, ils usaient d'un arbitraire à peine tempéré par l'équité naturelle ; visà-vis de leurs supérieurs, ils se soumettaient quand ils le jugeaient à propos où quand ils ne se sentaient pas les plus forts. En Italie et en Espagne, sous les Goths depuis longtemps frottés à la civilisation romaine, l'administration put conserver jusqu'à un certain point sa marche ordinaire. Mais les Francs, les Lombards, les Anglo-Saxons étaient de vrais barbares. Dans les pays soumis à leur domination, et ce fut bientôt presque tout l'Occident, les idées de gouverne-
ment légal s'effacèrent peu à peu. L'unité ne fut guère maintenue que par le souvenir de la communauté d'origine ou par les nécessités de la lutte contre de nouveaux envahisseurs. Appuyé sur son génie militaire et inspiré par les papes et les évoques, Charlemagne put rétablir un semblant d'empire romain. Ses successeurs furent impuissants à maintenir une centralisation reposant uniquement sur l'ascendant de cet homme exceptionnel.
Depuis longtemps, les chefs militaires exerçaient un pouvoir à peu près sans contrôle. A leur manière de voir, le gouvernement n'était pas une fonction, c'était une propriété dont ils pouvaient user à leur gré. Leurs charges étaient presque toujours héréditaires en fait; ils obtinrent à Kiersy-sur-Oise l'hérédité légale (877). Dès lors, toute unité réelle disparut. Les grands chefs féodaux n'étaient pas plus en état de maintenir Tunité dans leur province que l'Empereur dans l'Empire. L'Europe fut divisée en une multitude de petites sociétés turbulentes dominées par des tyranneaux rançonnant à discrétion leurs sujets et se faisant entre eux une guerre perpétuelle. Les noms de pays, France, Allemagne, Italie, etc., ne furent plus, comme on l'a dit plus tard, que des expressions géographiques.
La disparition de la dynastie carolingienne emporta le dernier vestige d'union. En Allemagne, un empereur fut élu par les grands vassaux, qui le mirent au premier rang pour la forme. En France, un chef qui avait la chance d'englober Paris dans ses domaines.
prît le titre de roi (987). Les autres chefs du territoire français s'en soucièrent si peu, qu'aucun n'eut Fidée de s'y opposer.
Pour comble de malheur, les invasions avaient repris. Refoulés du côté de l'Espagne par Charles Martel et Charlemagne, les Sarrasins étaient revenus par la Sicile et la Provence jusque dans la Bresse et la Franche-Comté. Il faut du moins en croire les romans des troubadours ^ et les traditions locales, car ces temps furent si malheureux qu'ils n'ont même pas laissé d'histoire. Les barbares du Nord, arrêtés par Charlemagne vers la frontière danoise, se faisaient pirates, attaquaient nos côtes de l'ouest et, pénétrant par les fleuves, désolaient nos provinces. Au milieu de tant de calamités, les campagnes devenaient désertes, la culture était néghgée, les famines se succédaient avec une fréquence et une intensité désolante. Ajoutez les terreurs de Tan mille, résultat d'une tradition mal comprise. Beaucoup d'actes de cette époque portent la mention : appropinquante mundi termino. Les maux étaient si grands que la fin du monde n'eût étonné personne. Toute idée d'avenir est abandonnée; tout travail est délaissé. On ne pense plus qu'à se préparer par la pénitence à l'arrivée du juge suprême. On donne ses biens aux églises. On se rend en foule au tombeau du Sauveur, Était-ce donc que le monde physique allait s'é-
1. V. La légende de Guillaume au court nez, trad. par le baron d'Avril, maigon de la Bonne Presse, 20, Cours-la-Reine, Paris.
crouler? Non; mais rhumanité civilisée semblait bien près de disparaître.
La dislocation sociale était en effet à son comble. Il fallait qu'elle s'arrêtât ou que l'Europe retournât tout entière à l'état sauvage.
Heureusement, la Providence divine nous avait ménagé deux ressources : l'Église et les moines. L'Église et les moines nous sauvèrent.
L'Église catholique ne peut marcher sans un minimum de civilisation. Elle ne peut accomplir sa liturgie, administrer ses sacrements, enseigner ses dogmes, sans un certain degré de culture intellectuelle. On a vu dans ces temps malheureux des prêtres sachant à peine lire le latin du missel *; mais une partie du haut clergé conserva toujours une instruction indispensable.
Dans un corps aussi fortement organisé, les traditions de l'empire romain, où il s'était formé, se continuaient au moins d'une manière latente. Chose singulière, malgré quatre cents ans d'empire en fait absolu, ces traditions étaient presque républicaines. Témoin saint Isidore de Séville qui enseignait encore au vu® siècle que la loi est formée par le consentement du sénat et du peuple 2.
1. Rathier, Itinerarium, éd. Ballerini, 1765 ; Patrol, deMigne, t. CXXXVI.
2. Lex est constitutio populi quam majores nalu simul cum plebibus sanxerunt. (Etym, III, ch. x, éd. d'Arevalo, 1796; Patrol. de Migne, t. LXXXI-LXXXIV.)
A ces traditions plutôt libérales, les évoques ajoutaient un sentiment de douceur et de respect de Têtre humain puisé dans l'évangile. On vit bien des évoques turbulents et pillards. Tel cet archevêque de Reims, qui trouvait la position assez bonne, sauf la nécessité de dire la messe à certains jours*. Il y eut même des évêques durs et féroces. Mais heureusement, comme on l'a remarqué, réunis en concile, ils condamnaient ce qu'ils se permettaient indi\iduellement.
Ce furent les évêques qui, frappés des maux excessifs qui accablaient leurs peuples, firent établir la trêve de Dieu (1041) ^, assurant au moins quelques jours de sécurité aux cultivateurs. Ce fut sous leur inspiration que se forma la chevalerie, cette garde d'honneur des malheureux, mettant la force au service de la faiblesse, dans un temps qui ne connaissait que la force. Us firent des efforts constants pour rétablir autour d'eux les idées de droit et de justice. Surtout ils s'attachèrent à rendre effective cette royauté dont le nom seul subsistait. C'est à l'influence des évêques, encore plus qu'à leurs talents personnels, que les premiers capétiens ont dû de voir leur prééminence reconnue sur toute terre française.
D'un autre côté, les moines avaient toujours conservé quelque chose de l'ancienne culture romaine. Au milieu de l'anarchie Universelle, les monastères étaient comme
1. Bonus remensis archiepiscopatus si non missas inde cantar ioporteret (Guibertus, De vita sua, chap. ii, éd. d'Achery; Patrol, de Migne, t. CLVL
2. V. Dom Bouquet, Collectio historicorum Gallûe, t. X, p. 59.
des flots où régnait une tranquillité relative. Les moines s'y trouvaient réunis en nombre suffisant pour opposer une sérieuse résistance aux agressions du dehors; ils étaient d'ailleurs respectés le plus souvent en raison de leur caractère religieux. Ce respect s'étendait aux domaines dont ils étaient possesseurs et faisait jouir leurs vassaux de quelque sécurité. Là on défrichait les forêts, on cultivait les terres, on créait des centres de travail et d'industrie. Là se réfugiaient les populations pour échapper à l'excès de leurs maux. Beaucoup de nos villes modernes se sont formées autour d'un monastère.
Là aussi on conservait quelque souvenir des lettres et des sciences. On gardait et on copiait les manuscrits. On rédigeait les annales du temps. Quelques moines mieux doués se livraient à Tétude des auteurs anciens. Sans doute, là comme ailleurs, la barbarie des mœurs se faisait parfois sentir. Tel abbé, issu d'une famUle puissante, conservait sous le froc les mœurs et les idées du châtelain pillard. Raban Maur, écolâtre à Fulda, voyait ses cahiers brûlés par l'ordre de son abbé Ratgaire *. Il fallut l'intervention de l'empereur pour maintenir l'école. Néanmoins de tels faits étaient rares. Presque partout les monastères étaient des centres d'étude : étude incomplète assurément, très élémentaire, très superficielle, suffisante cependant pour conserver le goût et la tradition de la science.
Dès qu'un peu de sécurité fut rétablie, les peuples
1. Hauréau, Hist. de la phil, scoh, toI. I, p. 143. Paris, Durand et Pedone Lauriel, 1872.
LX CIVILISATION CHRÉTIENNE AU Xl'' SIÈCLE. 9
commencèrent à réfléchir sur leur situation et à réclamer leurs droits. Les villes, où la population plus dense offrait une plus grande force de résistance, se lassèrent d'être exploitées. Elles imposèrent à leur maître, évoque ou seigneur, une charte fixant d'une manière précise les conditions de leur soumission. Elles entrèrent ainsi dans la liiérarchie du temps, non plus à titre de sujets taillables à merci, mais à titre de vassaux ayant leurs droits et leurs devoirs parfaitement définis. Qui ferait respecter ces constitutions? Le roi se trouva l'arbitre naturellement désigné, et par là son pouvoir grandit. Ainsi se reconstruisit une société bien différente de la société romaine, ayant une organisation beaucoup plus compliquée, mais toutefois régulière. Le roi à la tète, représentant de Tordre et de la justice, et au-dessous de lui la hiérarchie indéfinie des vassaux et des communes.
On l'appela la société féodale, parce que tout y était fondé sur foi et hommage, sur la fidélité à des devoirs acceptés. Elle donna à l'Europe occidentale trois siècles de prospérité.
Toute société qui devient puissante éprouve un besoin d'expansion. De là le grand mouvement des croisades.
Depuis la prédication de Mahomet on peut dire que la guerre était permanente entre les musulmans et les
chrétiens. Elle n'avait jamais cessé en Espagne. Dans le sud-est de laFrance, où leurs établissements étaient moins étendus, et leur recrutement moins facile, les Sarrasins furent peu à peu repoussés par les seigneurs de Provence et de Bourgogne. Au commencement du xi** siècle, les infidèles occupaient encore les Calabres et la Sicile. Us en furent chassés par les aventuriers normands qui, conquis au christianisme, le faisaient profiter de leur intrépide audace.
11 était naturel et juste de reporter à ces ennemis du nom chrétien le fléau de la guerre qu'ils nous avaient imposé. Mais, comme il arrive souvent, ce qui aurait pu être Fœuvre réfléchie des chefs d'État et despoKtiques, fut l'effet d'un sentiment spontané qui ébranla toutes les populations de l'Occident.
Un gentilhomme picard, des plus minces et des moins qualifiés, avait entrepris le pèlerinage de Terre Sainte. On pouvait arriver au tombeau du Sauveur, mais au prix de mille avanies et d'extorsions fantaisistes. 11 revient en Europe, raconte ce qu'il a vu. Dans l'élan de sa piété, il demande la délivrance des Lieux Saints. Ce fut comme une traînée de poudre. Non seulement les papes, les rois, les princes s'engagèrent dans la croisade ; mais les masses de paysans incultes voulurent prendre la croix. On les voyait venir, même du fond de la Norvège, traversant par bandes des pays dont ils ignoraient la langue, montrant par signes qu'ils étaient chrétiens ^ Pierre l'Ermite
1. V. Les Scandinaves aux Croisades, par leC^*P. Riant, p. 62. Paris,
eut la malheureuse idée d'accepter la direction de ces hordes indisciplinées. Le plus grand nombre périrent de misère sur la route. Le reste alla se faire exterminer dans les plaines de Bithynie.
L'armée féodale, formée à la suite du concile de Clermont, était mieux organisée et bien pourvue de ressources. Elle arriva jusqu'à la Terre Sainte et s'empara de Jérusalem, après une marche d'une audace et d'une énergie tout à fait héroïques. Il suffira de dire que les croisés n'étaient guère plus de vingt mille*, quand ils arrivèrent sous leâ murs de la ville sainte, entourés des innombrables armées des sultans d'Egypte et des Turcs seldjoucides.
Les grands mouvements politiques et militaires sont presque toujours accompagnés d'un puissant développement des facultés intellectuelles. Le siècle des croisades fut aussi le point de départ d'un renouvellement des arts et des sciences. A cette époque commença la construction des grandes cathédrales gothiques qui font encore notre admiration. La voûte romane un peu lourde s'élevait peu à peu. Elle ne pouvait être trop haute ; elle figurait le ciel où montaient les pensées et les prières. Il fallait d'aiUeurs de vastes espaces pour assurer les mètres cubes d'air indispensables aux innombrables
1 Vertot, Hist. des chevaliers de Maltey vol. I, ch. i.
fidèles réunis dans les églises. Bientôt apparut Togive accompagnée de ses élégantes colonnettes. On a beaucoup discuté sur l'origine de Togive. Il parait plus probable qu'elle fut une invention indigène. Les architectes y furent peut-être conduits par les nécessités qu'imposait le poids de matériaux portés à une si grande élévation. Voici le moment où, sont commencées Notre-Dame de Chartres, Notre-Dame de Paris, Saint-Ouen de Rouen. Les cloîtres fournissent les premiers architectes ; la population fournit les ouvriers. Les foules s'empressent à cette tâche sans autre but que la gloire de Dieu et le salut des âmes. On ne regarde point d'ailleurs à y mettre des siècles. Telle cathédrale fut en construction pendant trois cents ans. C'est ainsi qu'on arrivait à réaliser ces magnifiques édifices que nous ne savons reproduire aujourd'hui qu'à coups de millions.
La musique suivait l'architecture. Un grand nombre des plus belles mélodies du chant grégorien sont de cette époque. Des princes ne dédaignaient pas d'y consacrer leurs loisirs. On vit Robert le Pieux, roi de France, composer des hymnes et des répons en l'honneur de la Vierge *.
Les littératures nationales se formaient. Les minnesingers en Allemagne reproduisaient les vieilles traditions germaniques. L'empereur Henri VI non seulement les protégeait, mais s'associait à leurs travaux. L'épopée des Niebelungen est encore admirée de nos jours.
1. Dom Guéranger, Inst liturg., toI. I. La Patrologie de Migne reproduit les hymnes attribués au roi Robert, t. CXLI.
En Italie, le mouvement littéraire plus puissant et plus épuré devait aboutir vers la fin du xiii® siècle au chefd'œuvre du Dante.
En France, les troubadours au midi, les trouvères au nord, chantaient les exploits de Charlemagne et de ses preux. Il se formait ainsi les éléments d'une épopée nationale témoignant d'une grande élévation de sentiments, et d'une fécondité inépuisable. Il y manquait malheureusement le goût qui épure, le soin persévérant qui polit, et ce sentiment de la perfection et de la mesure qui marque les œuvres destinées à vivre.
La peinture et la sculpture ne se relevèrent que beaucoup plus tard. On peignit, on sculpta beaucoup au moyen âge; nos vieilles cathédrales étaient peintes à l'intérieur et peuplées de statues. Mais le sentiment de la beauté plastique faisait défaut. Les Grecs semblent le seul peuple qui ait eu l'instinct inné de la beauté de la forme. Les autres peuples ont dû l'apprendre d'eux. Nous pouvons ajouter que les Français, une fois élevés à cette école, ont approché de bien près de leurs maîtres.
Que dirons-nous du mouvement religieux? Là surtout se manifeste l'exubérance de vie qui fermentait dès le XI® siècle. Voici de grands papes : Silvestre II (999-1003), en son nom Gerbert, le savant universel; l'intrépide Grégoire VU (1073-1086) qui imposa de haute lutte le célibat au clergé allemand, qui repoussa la prétention des empereurs d'investir les évoques au spirituel comme au temporel. Les ordres religieux se multiplient ou se
réforment. L'abbaye de Cluny, fondée par Odon en 910, est réformée en 1122 par Pierre le Vénérable. Les Camaldules datent de 1018. Cîteaux est fondé en 1098. Saint Bernard y entre en 1113 et en sort bientôt pour créer la fameuse abbaye de Clairvaux. En 1073, Etienne de Thiers fonde Tordre de Grammont. En 1094, Robert d'Arbrissel établit les religieux de Fontevrault. En 1096, avec Tépidémie du feu Saint-Antoine apparaissent les religieux antonistes. En 1099 se forme Tordre religieux et militaire des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Les Templiers datent de 1127. Bientôt vont naître saint Dominique (1170) et saint François d'Assise (1182), fondateurs des deux grands ordres qui devaient être si longtemps les soutiens de la doctrine catholique et les colonnes de l'Église.
Saint Anselme ne fut donc pas, comme beaucoup semblent le croire, un météore isolé sur Thorizon ténébreux d'une époque barbare. 11 fut au contraire un des premiers et des plus beaux fruits de cette vie intense qui agitait les peuples d'Occident et les portait à toutes les grandes choses. Il fut un des premiers de cette série non interrompue de grands hommes qui, du xi** au xm* siècle, de Gerbert à saint Thomas d'Aquin, créèrent la science chrétienne et renouvelèrent la discipline de l'Église.
Il nous reste à voir en quel état se trouvait la science au temps de saint Anselme , et quels éléments la réflexion philosophique pouvait trouver alors autour d'elle pour se nourrir.